Catégorie:Éveil Psychique : Différence entre versions

De Omnis Bibliotheca
m (Le Bien Suprême)
m (Fil de l'Hostilité)
Ligne 1 199 : Ligne 1 199 :
 
Ce fut une étape importante pour les Dark Angels, car personne ne pouvait plus dire "les couleurs ne font pas un Dark Angel" à tous leurs Frères Primaris. Bien que son corps était neuf, il était toujours le Lazarus qui avait gravi les échelons avec un esprit inébranlable et une dévotion sans faille pour le Chapitre.
 
Ce fut une étape importante pour les Dark Angels, car personne ne pouvait plus dire "les couleurs ne font pas un Dark Angel" à tous leurs Frères Primaris. Bien que son corps était neuf, il était toujours le Lazarus qui avait gravi les échelons avec un esprit inébranlable et une dévotion sans faille pour le Chapitre.
  
Il leva la tête et regarda autour de lui le rassemblement. Des frères de confiance, leurs formes cachées derrière des robes de cérémonie, avaient pris position pour compléter ce Cercle Intérieur. Entre eux, des bougies étaient empilées, leur lumière vacillante illuminant les pierres endommagées, les trous de balles et les marques de brûlures sur l’architecture gothique du sanctuaire. Le [[Déchu#L'Évasion de Luther|siège]] du [[Le Roc|Roc]] par Marbas était un autre souvenir amer, que tous les Dark Angels emportaient maintenant avec eux.
+
Il leva la tête et regarda autour de lui le rassemblement. Des frères de confiance, leurs formes cachées derrière des robes de cérémonie, avaient pris position pour compléter ce Cercle Intérieur. Entre eux, des bougies étaient empilées, leur lumière vacillante illuminant les pierres endommagées, les trous de balles et les marques de brûlures sur l’architecture gothique du sanctuaire. Le [[Déchu#L'Évasion de Luther|siège]] du [[Le Roc|Roc]] par [[Marbas]] était un autre souvenir amer, que tous les Dark Angels emportaient maintenant avec eux.
  
 
''« Frères, »'' commença le Grand Maître Suprême [[Azrael]], ''« des présages inquiétants nous sont parvenus des fils de Titan. Des visions d’un monarque ailé sur un monde dévasté qui renaît. Le Roi Pourpre et ses légions de [[Sorcier]]s se rassemblent. Nous savons peu de choses sur les raisons et les objectifs de leur rassemblement, mais les Chevaliers Gris ont demandé notre aide et nous répondrons à leur appel. »''
 
''« Frères, »'' commença le Grand Maître Suprême [[Azrael]], ''« des présages inquiétants nous sont parvenus des fils de Titan. Des visions d’un monarque ailé sur un monde dévasté qui renaît. Le Roi Pourpre et ses légions de [[Sorcier]]s se rassemblent. Nous savons peu de choses sur les raisons et les objectifs de leur rassemblement, mais les Chevaliers Gris ont demandé notre aide et nous répondrons à leur appel. »''

Version du 23 mai 2020 à 14:10

EveilPsychiqueSymbole.jpg

La Cicatrix Maledictum a déchiré la galaxie en deux, permettant aux énergies corrompues du Warp de bouillir à travers la blessure de la réalité. La présence de tant d’énergie empyréenne brute a créé des ravages incalculables dans tout l’Imperium, rendant certaines populations folles, exacerbant les tensions dans des régions autrement pacifiées et intensifiant les conflits tout au long de la Grande Faille.

Les individus psychiquement sensibles ont ressenti l’impact le plus profondément, mais il y a des conséquences d’une grande portée pour chaque race et faction. Ce phénomène a été surnommé l’Éveil Psychique, et il ne fait qu’augmenter en gravité. Un lieu de perturbation extrême peut être identifié par un tourbillon croissant d’énergies sombres, signalant une terreur et une mort inévitables.[1]

Vous trouverez ici l’ensemble des campagnes, batailles et événements en lien avec l’Éveil Psychique actuellement connues par les différentes institutions de l’Imperium.

L'Essor du Phénix

L’Essor du Phénix.
Bien que les Aeldaris soient une race divisée et au bord de l’extinction, les vestiges de leur glorieuse civilisation se dressent encore fièrement contre leurs innombrables ennemis. Leur histoire est empreinte de tragédie, mais l’espoir demeure, car certains affirment que les Aeldaris peuvent trouver le salut dans la mort.

L’immense tempête Warp de la Cicatrix Maledictum a littéralement déchiré la galaxie. Le domaine de l’Humanité est coupé en deux, et nombre de ses mondes sont coupés du reste de l’Imperium, mais le genre humain n’a pas été le seul à souffrir de l’éclat lugubre de la Grande Faille. Les Aeldaris, un peuple ancien et puissant qui jadis régnait sur la galaxie, ont vu leur lutte pour la survie rendue plus ardue encore par l’abondance d’énergie psychique.

C’est dans cette période d’incertitude qu’apparaissent les Ynnari, disciples du dieu de la mort Ynnead. Ils sont convaincus que leur peuple peut vaincre Slaanesh, et même reprendre le cycle de réincarnations du passé. Mais pour ce faire, ils doivent retrouver les Épées Déchues de Morai-Heg ou, à défaut, offrir leurs âmes au Dieu Qui Murmure jusqu’à ce qu’il soit assez puissant pour réparer les conséquences de la Chute - mais pour cela, tous les Aeldaris devront mourir.

Quelles que soient les méthodes qu’ils emploient pour échapper au fléau de Slaanesh, cette effrayante entité engendrée par leur propre orgueil et les excès du passé, le mode de vie Aeldari a été bouleversé par l’afflux de Chaos qui embrase la galaxie. Ils doivent désormais prendre des mesures drastiques pour garantir leur propre survie.

Les Ynnari sèment les germes de la discorde partout où ils passent, car c’est selon eux le seul moyen de retrouver leur liberté et de renaître de leurs cendres. Ils gagnent chaque jour des partisans chez les Asuryanis, les Arlequins et même les Drukharis, auprès de ceux qui sont convaincus que l’aube succède toujours à la nuit.

La Voie

Arbane s’arrêta dans son travail, sa plume étant posée sur le parchemin. À l’extérieur du dôme, un calme s’était installé. À l’intérieur, le Grand Prophète continuait son monologue passionné, tandis que le reste des dignitaires rassemblés écoutait avec plus ou moins de patience.

« Cette ligne de conduite ne peut être dictée par la conscience. Il y a trop de risques pour embrasser le culte de la mort sans raison. Vous avez tous été témoins du péril de cette voie dans la destruction de Biel-Tan, » entonna le Grand Prophète gravement.

Consciente qu’elle prenait du retard, Arbane grava à la hâte ses mots sur sa toile, ajoutant à ses runes les embellissements qui communiquaient le mieux le zèle du farceur. Dans sa Voie en tant que scribes des runes, elle avait capté les paroles d’innombrables leaders et penseurs, chacun d’eux s’exprimant dans des assemblées comme celle-ci. Mais jamais auparavant elle n’avait ressenti un tel présage dans leurs paroles. Elle sentait que l’histoire était en cours, et elle était l’une de celles qui avaient pour tâche de l’écrire.

Pourtant, malgré la gravité de son devoir, elle s’était retrouvée distraite. Son esprit vagabondait vers ce qui se déroulait au-delà des limites du dôme cristallin. Cette sensation la troublait profondément, car c’était par la pensée et le désir sans entrave que l’on pouvait si facilement tomber dans la dépravation et la folie. Jamais auparavant elle n’avait été tentée de quitter sa Voie, et la pensée de ce destin lui fit graver les mots sur son parchemin avec une détermination renouvelée.

Alors qu’elle écrivait, un frisson est entré dans la chambre, et à travers le mur de cristal opaque, elle vit le ciel s’assombrir à l’extérieur. Arbane frissonnait comme si une main froide l’avait touchée. Quelque chose se préparait.

Bien qu’elle l’ait combattu, elle s’est sentie obligée de sortir. C’était comme si un autre esprit la guidait, les pensées d’un autre divinisant ses actions. Le Grand Prophète parlait encore, mais d’autres membres de l’assemblée avaient remarqué le changement et chuchotaient entre eux. Arbane laissa tomber la plume de sa main, la rune sur laquelle elle travaillait ne sera jamais achevée.

Dehors, les cris des Banshees Huantes déchiraient l’air, suivis rapidement par le bruit caractéristique des lames qui s’entrechoquaient et des morts douloureuses. Les cris et les hurlements perçaient le discours du Grand Prophète, le cri de guerre de ceux qui se délectaient du tourment et de la destruction annonçant l’approche de quelque chose de terrible.

Avant même de savoir ce qu’elle faisait, Arbane s’était levée de l’endroit où elle s’était agenouillée et avait fait un pas vers l’entrée. D’autres s’étaient également déplacés, parmi lesquels des Guerriers Aspects qui avaient rassemblé leurs armes pour se joindre à la bataille.

« Reste à l’intérieur, Arbane, » a dit l’un des autres scribes des runes en lui prenant le bras. « Ce n’est pas ta Voie. »

« Je dois y aller, » dit-elle vaguement. Elle ne pouvait pas expliquer qu’elle était poussée par une force supérieure à elle-même. Elle secoua son compagnon et sortie dans l’obscurité.

Un tourbillon d’activité se déroulait devant elle, une cacophonie de couleurs, de sons et d’odeurs. Les Guerriers Aspects dans leurs vêtements brillants se heurtaient à des bêtes de couleur violette, des figures agiles coupaient des Motojets rapides avec de longues serres noires, alors que l’âcre odeur de parfum se répandait sur le champ de bataille tandis que de nobles créatures huilées se promenaient dans la mêlée.

Les silhouettes qui se battaient dans la bataille étaient brumeuses et nébuleuses. Arbane ne pouvait distinguer que les couleurs et les formes. C’était comme si un voile pendait entre elle et le champ de bataille, l’empêchant de voir clair.

Elle regarda derrière elle et le dôme, lui aussi, semblait briller dans et hors de l’existence. Arbane sentait qu’elle était à la croisée de deux avenirs divergents. Elle pouvait soit revenir en arrière, dans le monde qu’elle connaissait, soit avancer vers autre chose. Les deux voies étaient incertaines, mais elle se sentait attirée par la bataille qui se déroulait devant elle. Une fois de plus, elle sentait que l’histoire s’écrivait, mais maintenant avec des épées au lieu de plumes, et du sang au lieu d’encre.

Tandis qu’Arbane s’efforçait de discerner des détails particuliers dans la scène qui se déroulait devant elle, elle voyait des éclats de couleur partout : le rouge, le noir et le violet des Ynnari ; les rubans cramoisis portés en l’honneur du Dieu de la Mort ; le signe du phénix flamboyant porté en l’air sur des bannières richement décorées, et les roses et lilas charnus des Démons Slaaneshi - les hédonistes lâches de l’Assoiffée.

Les Aeldaris avaient formé un périmètre pour tenir à distance les forces du Chaos, mais la ligne était bouclée, usée par les implacables Démons qui ignoraient même les blessures les plus graves dans leur désespoir de rejoindre la mêlée. Un groupe de bêtes à la peau pâle, vêtues de lanières de cuir sombre, se frayaient un chemin à travers la ligne de bataille à un rythme dévastateur, avec des pinces à griffes relevées et des cris contre nature sur leurs lèvres noires.

Comme auparavant, Arbane senti un point crucial dans le temps, un moment où le destin pivotait entre l’espoir et la désolation. Une fois de plus, elle ressenti l’influence d’un autre esprit qui travaillait sur le sien et guidait ses actions. Elle regarda autour d’elle et vit un poignard sur le sol, dont le Ranger n’avait plus besoin et qui gisait sans vie à ses côtés. Elle le ramassa, sentant son poids dans sa main. Dans ce royaume d’incertitude, elle semblait être la seule chose qui était réelle. Elle jeta un dernier regard sur le dôme derrière elle, puis s’engagea dans le tumulte tourbillonnant.

Des lames virevoltaient tout autour et des tirs de laser brûlaient l’air. Elle pouvait sentir la chair brûlée, la saveur de fer du sang et le parfum écœurant des Démons. C’était la folie qu’elle craignait de voir s’abattre sur elle si elle abandonnait sa Voie, mais elle savait maintenant que ce ne serait pas son destin. Elle était animée par une nouvelle sorte de clarté. Elle sauta sur l’une des créatures à la peau lilas qui se frayait un chemin à travers la ligne Ynnari, la tailladant et la poignardant de son poignard. Elle ne connaissait rien d’autre que le désir de protéger ses proches et l’avenir de sa race. Alors que le Démon tombait sous ses coups furieux, il lui a tendu une griffe d’ébène et lui a tranché la gorge d’un seul geste. La coupure était si nette qu’Arbane la sentit à peine et, alors que sa vision s’estompait, elle vit avec satisfaction la créature morte à ses côtés.

La mort l’a réclamée et elle l’a accueillie, rejoignant d’innombrables autres. Elle pouvait maintenant entendre leurs pensées, et elle comprenait. Cela avait toujours été sa Voie.

+++

Yvraine ouvrit les yeux, le rêve était toujours vivant dans son esprit. C’était l’un des nombreux rêves dont elle avait été témoin dernièrement, et elle était sûre que ce ne serait pas le dernier. Partout dans la galaxie, la voie de la race Aeldari était tracée par ses membres, ceux qui avaient choisi de s’accrocher aux anciennes méthodes et ceux qui étaient poussés à se joindre à sa cause. Le destin était en jeu, et son cours pouvait être modifié par la moindre action. Une seule chose était certaine.

La mort viendra pour eux tous.[2]

Le Don de l'Espoir

Le Commissaire Kalun Dresk faisait les cent pas dans sa cellule. On lui avait enlevé son grand manteau noir, sa casquette à visière et de son Pistolet Bolter. Mais il était persuadé que son port droit et son regard d’acier le distinguaient des autres soldats, même les plus coriaces.

Non pas qu’il y en ait eu pour résister à ce regard maintenant. Ils étaient partis se rassembler pour le rituel près d’une heure plus tôt, et lui avaient dit tout cela avant de partir. Ils s’étaient presque s’excuser. C’était comme s’ils espéraient lui expliquer un manquement au devoir, peut-être pour obtenir sa bénédiction. Si la situation n’avait pas été aussi grave, Dresk aurait peut-être ri sinistrement à l’idée. Au lieu de cela, il a vérifié le chrono de son poignet.

Quelques minutes avant le début.

Il faisait les cent pas dans sa cellule, se creusant la cervelle, mais il ne voyait aucun moyen d’éviter ce qui allait arriver.

« Empereur-Dieu, pardonnez mon échec, » dit-il dans le silence.

Pas le silence. Pas vraiment. Plus jamais. Pas depuis que les monstres sont arrivés. Même maintenant, il pouvait entendre leurs cris et hurlements lointains, leurs rires caquetants et leurs terribles promesses portées par les vents chauds de la fournaise. Il regarda vers la fenêtre à barreaux de fer et fixa en bas depuis la forteresse du Commandant. Il regarda par-dessus les remparts de la courtine, où les légions impures tournoyaient comme une marée cauchemardesque. Les canons explosaient et se fendaient, faisant pleuvoir le feu sur les entités assiégeantes. Des explosions s’élevaient en leur milieu, illuminant les tours de siège en cuivre et les monstres obscènes de métal et de feu qui se dirigeaient vers les murs.

« Au moins, ils ont encore des soldats sur les remparts, » se dit Dresk. « Au moins, nous nous battons encore. »

Mais pour combien de temps encore ?

Dresk secoua la tête. Il s’agenouilla, forma les mains en signe de l’Aquila sur sa poitrine et se mit à parler. Personne ne voulait entendre sa confession, sauf Lui sur Terra.

Comme il se doit.

« Empereur-Dieu, pardonnez-moi. J’ai essayé de leur ouvrir les yeux, » commença Dresk. Il hésita un moment, car un être horrible situé au-delà des murs poussa un cri particulièrement fort, puis il continua malgré tout. Il n’y a peut-être pas beaucoup de temps.

« Ce fut une l’impasse, » dit-il en l’air.

« La corruption, son usure sanglante, la diffusion de sentiments de désespoir et de détresse. Et l’isolement. Après l’arrivée de l’obscurité, beaucoup craignaient que nous soyons isolés, et même que Sainte Terra elle-même ne soit tombée. J’ai tiré sur plusieurs d’entre eux pour de telles déclarations blasphématoires, mais les rumeurs persistaient. Puis… ils sont arrivés. Les hérauts du Chaos… le… » Il ne pouvait pas se résoudre à prononcer le mot à haute voix, même maintenant.

Ce n’est pas le manque de force ou de détermination, ni la peur qui a calmé la langue hésitante de Dresk. C’était la répulsion. Il ne souillerait pas l’air en donnant la parole à leur vérité impie.

« Ils sont venus et la guerre a commencé. Nous avons combattu, oh Empereur-Dieu je prie pour que cela vous ait fait sourire de nous regarder et de voir comment nous avons combattu ! » Dresk a ressenti un coup de poignard de fierté féroce à la mémoire de l’esprit humain indomptable, se tenant fermement face aux horreurs tout droit sorties des pages de l’Écriture. Il a senti son visage se renfrogner en se rappelant les pertes, les défaites, la lente retraite malgré tout ce qu’elles avaient fait. « Alors, nous étions dans une impasse désespérée, » dit-il, et il laissa échapper un long et lent souffle.

Son chrono avançait.

Dresk a senti une agitation, comme si l’air s’épaississait, se chargeait.

Le rituel devait avoir commencé. Il avait peu de temps pour faire la paix.

« Les combats se sont poursuivis cycle après cycle, tournant après tournant, » a-t-il déclaré. « Nous avons continué à nous battre de tout notre cœur, mais les marmonnements ont empiré. Les Astropathes ne pouvaient pas appeler l’Imperium à l’aide, » disait-on. « Les soldats chuchotaient que le Warp faisait rage. Nous sommes abandonnés, » disaient-ils. « Certains affirmaient alors ouvertement que nous étions condamnés, et toutes leurs voix ne pouvaient pas être étouffées. Puis sont venues les manifestations, qui se sont répandues dans nos rangs comme une peste. La mutilation et la folie étaient déjà assez graves, et mon Pistolet Bolter chantait ses hymnes d’obéissance presque aussi souvent que les prêtres du régiment. Pire encore, les sorciers. Comment tant de sorciers pouvaient-ils apparaître en si peu de temps ? Était-ce les… êtres… au-delà des murs ? Est-ce eux qui nous ont fait ça ? Des hommes et des femmes honnêtes, craignant l’Empereur, manifestant des pouvoirs profanes comme s’ils venaient de nulle part. Peu importe qu’ils nous aient donné l’avantage au combat plus d’une fois, c’était une hérésie, et j’ai été forcé de le punir en tant que tel, encore et encore. »

Il entendit une cloche sonner. Le son roulait le long des couloirs de la forteresse, sonnant d’une manière ou d’une autre déformée par la vérité. Cela lui causa des acouphènes aux oreilles qui ne s’estompèrent pas, tandis qu’autour de lui, la pièce semblait plus lumineuse.

Le froncement de sourcils de Dresk s’est accentué.

Qu’était-ce donc ?

Il ferma les yeux et continua à parler, les mots se bousculant les uns les autres dans sa hâte de les faire sortir.

« Quand les alarmes ont retenti ce jour-là, Empereur-Dieu, j’ai couru, pistolet et lame à la main, avec mes guerriers dans le dos, car je croyais vraiment que l’ennemi avait fait une brèche dans les murs. Au lieu de cela, j’ai trouvé les Xenos, déjà entourés de soldats et de la moitié du haut commandement de la forteresse. Personne ne pouvait dire d’où ils venaient, mais ils parlaient le haut gothique avec une clarté remarquable, et ils ont prétendu vouloir discuter. Mince, trop grand et totalement alien, ils portaient d’étranges masques qui semblaient se déplacer quand on les regardait trop longtemps, et s’accrochaient à des combinaisons noires et blanches d’une certaine composition hérétique. Empereur-Dieu, je les aurais bien frappés à ce moment-là et je serais retourné aux murs, mais le Commandant… il a écouté les Xenos. Il a écouté leurs mensonges. Ils parlaient d’un ennemi commun dans le Chaos, et de la façon dont l’étrange malaise psychique qui se répandait dans nos rangs pouvait être exploité, avec leur aide bien sûr, pour concentrer les projections de nos Astropathes et faire passer un message à travers le Warp turbulent. Ils en ont parlé comme d’un Technoprêtre qui pourrait de renforcer le signal d’un réseau-vox défectueux. Ils nous ont offert un cristal de grande taille et ont dit qu’ils nous enseigneraient le rituel de son activation. Ils nous ont dit qu’il concentrerait nos… énergies… et nous permettrait d’appeler à l’aide. Ils nous ont offert de l’espoir. »

Le gémissement des acouphènes se faisait de plus en plus fort. Dresk grimaça au son et fit travailler sa mâchoire dans l’espoir de le faire bouger, mais il persista. L’impression d’une lumière qui gonflait, illuminant sa cellule comme si une éruption avait été déclenchée en son sein, s’accentua également. Il se leva et appuya du bout des doigts sur son philtrum. Ils en sont ressortis ensanglantés.

Il fallait que ce soit ça. Dresk avait averti qu’on ne pouvait pas faire confiance aux Xenos, il avait même dégainé son pistolet et essayé de tirer sur un des intrus masqués dans l’espoir de provoquer une confrontation honnête. Il avait voulu sauver ses supérieurs de la damnation en leur forçant la main mais, avant de pouvoir tirer, il s’était retrouvé perdu au milieu d’un labyrinthe prismatique d’illusions qui avait laissé ses sens en émoi. La dernière chose qu’il avait vu fut un coup Pistolet Laser dans le temple.

Il s’était réveillé dans cette cellule.

« Ils voulaient de l'espoir, » goûtant maintenant le sang et entendant les gémissements se transformer en un mince gémissement de douleur. « L’espoir, je ne pouvais pas le leur donner, ni à moi ni à leurs prêtres. Ils voulaient se sentir puissants face à de telles horreurs, et les Xenos s’en sont servis. Ils les ont utilisés. »

Le hurlement était devenu un cri, non pas d’une seule voix mais de plusieurs, de centaines, un refrain des damnés envahissant son esprit et s’entremêlant à la note de cristal de sciage qui continuait à s’élever et à s’élever. Pendant un instant, Dresk vit comme à travers les yeux d’un autre. Il fut assailli par des images vacillantes de figures enveloppées dans un feu blanc qui jaillissait de leurs yeux et de leur bouche, se déversant dans un cristal frémissant qui brillait plus fort qu’une étoile. Cette lumière les anéantirait tous, avait-t-il compris. Eux. Les Démons. Tous.

Tous sauf les Xenos, qui ont disparu à nouveau aussi soudainement qu’ils étaient venus après avoir transmis leur don.

« Empereur-Dieu, pardonnez-moi, » s’exclamait Dresk, en regardant les vagues de feu blanc qui sortaient des murs de la forteresse pour écumer les Démons de la surface. Il a vu ce même feu danser devant ses lèvres et se répandre le long de ses membres comme une couronne.

« Empereur-Dieu…, » il dut forcé les mots à sortir alors qu’une énergie psychique sans entrave se déversait en lui, le brûlant de l’intérieur aussi sûrement que tout autre être vivant dans la forteresse. Les cris ont rempli son esprit jusqu’à ce qu’il sente qu’il devait sûrement éclater comme un sac de viande humide. Le feu brûlait à travers sa chair, ses os, son âme.

L’Imperium allait entendre leur message, se rendit-il compte en brûlant, alors que le feu psychique blanc emportait tout le reste et qu’une insupportable agonie déchira chaque fibre de son corps.

Tout comme les Xenos l’avaient prévu depuis le début.

L’Imperium entendra une dernière cacophonie de cris de ce monde maudit. Derrière lui, faible mais inéluctable, ils entendraient le rire moqueur que Dresk percevait déjà dans son esprit. Le rire des Xenos qui les avaient tous tués.[3]

Dans le Néant

Une autre explosion secouant le navire, jetant l’équipage à terre.

Le Prince Corsaire cria « Évasion ! » se balançant sur son siège alors que le Lance of Asuryan prenait un autre coup.

Dans la projection d’observation qui se trouvait devant lui, Estelar regarda la vaste bataille se dérouler, alors que deux cuirassés ornementés arrachaient les plus petits vaisseaux de sa flotte comme des requins s’attaquant à un banc de poissons. Les proues des vaisseaux hostiles étaient grossièrement décorées dans des tons violets et dorés - l’artifice caractéristique des adorateurs Slaaneshi.

Des lances d’énergie marquaient le vide, transformant l’espace vide en une hachure de lumière brûlante. De petits feux fleurissaient le long des sombres contreforts des grands navires de guerre, mais leurs attaquants ne montraient aucun signe d’affaiblissement.

Une boule de feu éclata à proximité lorsque le Tempest’s Fury explosa sous une pluie de débris scintillants.

« Amharoc compte sur nous pour ce rendez-vous, » lui dit à l’oreille le Rêveur du Vide, comme si le capitaine n’était pas déjà au courant de leur mission.

« Elle porte maintenant un autre nom, » a répondu Estelar.

« Quel que soit le nom qu’elle choisira, cela n’aura pas d’importance si nous sommes coupés en quatre ici dans le vide, » a souligné son conseiller.

Bien qu’ils soient plus nombreux, sa bande de navires pirates n’était pas à la hauteur du blindage et de la puissance de feu des vastes navires Slaaneshi.

« Contactez-moi Tasar, » ordonna Estelar. « Aujourd’hui, les Corsaires doivent faire ce qu’ils font de mieux. »

+++

Dans le chaos de la bataille qui se déroulait, les deux vaisseaux d’abordage en forme de flèche se glissèrent hors de la baie du Lance of Asuryan, sans être remarqués. Émettant un bruit de capteur, coupant à travers le vide et disparaissant dans l’ombre du vaisseau amiral Slaaneshi. Le premier se dirigea vers la proue, s’attachant au Léviathan comme un insecte parasite.

« Nous avons un verrou, Baron, » dit le pilote alors que, d’une légère secousse, le navire Corsaire s’accrochait à la coque de l’ennemi avec sa pince d’abordage.

« Commencez à couper. Nous n’avons pas beaucoup de temps, » dit le Baron Tasar, debout à l’écoutille, les pistolets à la main.

Des étincelles jaillissaient alors que la lame monomoléculaire brûlait à travers la coque sombre, jusqu’à ce qu’une entrée ronde soit découpée.

« Avec moi, » dit Tasar à ses gardes assemblés, en passant par le tube d’abordage et en s’engageant dans la forteresse ennemie.

Les Corsaires ont avançé dans les couloirs faiblement éclairés du navire amiral ennemi. L’intérieur était encore plus répugnant que la coque extérieure, décorée de cruelles pointes et de sculptures obscènes. Des cris incohérents résonnaient de tous côtés, et Tasar ne pouvait pas déterminer s’il s’agissait de cris d’agonie ou d’exaltation - ou des deux.

De temps à autre, le grand croiseur frissonnait alors qu’un navire Corsaire faisait son apparition, presque comme si le navire lui-même prenait plaisir à sa douleur. Pourtant, c’était comme si des moucherons essayaient de pénétrer dans la peau d’une bête saurienne. Les Corsaires ne pourraient jamais gagner cette bataille par la seule puissance de feu.

Une lumière s’alluma à l’avant du couloir, révélant un groupe d’Astartes Hérétiques en armure, chacun portant le sigle des Emperor's Children. Aucun ne portait de casque, leur visage était affreusement marqué de cicatrices rouges vives.

Les Corsaires se sont cachés dans l’ombre jusqu’à ce que les Space Marines soient presque sur eux, puis ils ont sauté, les lames courbes scintillant. Sur un pied d’égalité, les guerriers renforcés auraient facilement écrasés les Aeldaris, légèrement protégés, mais ils ne s’étaient pas attendu à un combat. Les épées virèrent au rouge dans l’obscurité alors que les Astartes Hérétiques tombaient, de nouvelles blessures s’ajoutant à leurs visages ruinés.

« C’est par ici, » dit Tasar, se fiant à son instinct pour lui dire où ils devaient aller. Il avait passé toute sa vie sur des navires spatiaux et, bien qu’il n’ait jamais été à bord d’un tel navire, tous les navires ont une certaine logique pour eux. Il commençait à s’amuser lorsqu’une alarme assourdissante a retentit, un hurlement agonisant qui obligea les Aeldaris à se serrer les mains sur les oreilles. Leur présence avait été découverte.

« Allons-y, » signala psychiquement Tasar, en s’enfuyant. Toute furtivité oubliée, les autres le suivaient au pas de course, tirant sur les ennemis qui tentaient de les intercepter. Certains des Corsaires furent abattus, mais la plupart étaient trop rapides pour que les Astartes Hérétiques encombrants puissent les attraper. Alors qu’ils s’approchaient du pont, le pas des pieds blindés annonçait l’arrivée d’une importante escouade de Space Marines du Chaos derrière eux. Asar leva son bouclier de protection juste à temps pour dévier une salve d’Armes Soniques, alors que ses Corsaires se dirigeaient vers le pont de contrôle du navire.

Deux douzaines de Space Marines du Chaos, dont le commandant du vaisseau, avec une armure plus hideuse que celui des autres, se sont dressés face à eux. Plongeant derrière les consoles de contrôle, les Corsaires ont échappé à la première vague de tirs, mais ensuite les Noises Marines qui les suivaient firent irruption dans la chambre, leurs armes déclenchant une cacophonie à couper le souffle. Cinq Corsaires périrent instantanément, tombant au sol avec le sang qui coulait de leurs oreilles. Les autres sont revenus avec leurs armes, crachant un ouragan de lames monomoléculaires. Un des Noise Marines tomba, déchiré comme dévoré par un million de petits insectes.

Mais il y avait maintenant trop d’ennemis contre les Corsaires, et Tasar savait que leur temps était presque écoulé.

« N’ayez pas peur, » dit-il à voix haute. « La mort vient pour nous tous. »

+++

Le deuxième navire d’arraisonnement des Corsaires n’avait pas suivi le même itinéraire que le premier. Au lieu de cela, il s’était accroché au ventre de la bête Slaaneshi, en relâchant un petit groupe de figures sombres dans les salles obscures. En traversant le navire à toute vitesse et sans bruit, ils n’ont rencontré que peu de résistance, car la quasi-totalité de l’équipage s’était empressée de se joindre à l’incursion sur le pont - comme l’avait prédit Tasar. Lorsque les Corsaires atteignirent les rouages vulnérables du navire, ils y ont planté des centaines de petites sphères opalescentes, les dissimulant sous des enchevêtrements de câbles et une décoration ostentatoire.

Puis, aussi vite qu’ils étaient venus, ils disparurent. Rien de plus que des fantômes.

+++

Le pont était une tempête de feu, les consoles s’enflammaient alors qu’elles étaient déchirées par des balles explosives, et des nids de câbles encore vivants et étincelants, serpentaient sur le sol. D’autres croiseurs tombèrent alors que les Space Marines du Chaos s’amassaient sur leurs intrus, se délectant de leur massacre gratuit.

Un grondement faible et fort se répercutait à travers le navire. Puis, les secousses ont commencé, beaucoup plus violentes que celles causées par les petits vaisseaux Corsaires dans le vide. Des sections de la coque se fissurèrent et s’éclatèrent, s’écrasant sur les Space Marines du Chaos, déconcertés. Un incendie se déclara sur le pont, consumant une grande partie des Astartes Hérétiques, qui se sont écrasés sur le sol en brûlant. Les Corsaires ont ouvert le feu à nouveau, profitant de leur sursis. Leur sortie étant dégagée, ils ont laissé le pont dans le chaos, des jets de flammes jaillissant de tuyaux de carburant brisés pour consumer ceux qui restaient en vie.

Tasar ramena son groupe dans le labyrinthe des couloirs, où le désordre avait éclaté. Une partie du plafond s’était effondrée, une poutre tordue embrochant un Astartes Hérétique dans l’abdomen. D’autres gisaient sous les décombres, le visage déformé par une agonie rageuse. Tasar les surveillait avec dégoût.

Une clameur attira son attention, et il s’est retourné pour voir un groupe de Cultistes humains se frayer un chemin à travers les débris vers les nacelles de sauvetage. Il était sur le point d’ordonner leur exécution quand quelque chose à propos des hérétiques l’a fait réfléchir. Ils étaient humains, et pourtant ils n’étaient pas tout à fait humains. Ils avaient l’apparence des singes, et pourtant…

Il vit une étrange silhouette les rejoindre. Avec une peau si pâle qu’elle ressemblait à un fantôme, elle flottait hors des flammes comme si elle chevauchait la fumée qui roulait. Un Tourmenteur de Commorragh.

Tasar a à peine eu le temps de s’interroger sur ce que faisait un Tourmenteur sur un navire de guerre des Astartes Hérétiques qu’il senti le navire se déformer une fois de plus, entrant dans ses derniers instants. Il se retourna dans le couloir, mais ne pouvait plus voir que de la fumée et des cendres.

Une ruse de l’esprit, conclut-il, et il ramena ses Corsaires à leur embarcation.

+++

Sur le pont du Lance of Asuryan, le Prince Estelar se permis un sourire sinistre. Le plus grand des navires de guerre Slaaneshi gîtait dangereusement, le feu jaillissant de ses contreforts. En se brisant, il s’écrasa sur son navire jumeau, dont la proue se détacha, éparpillant des dizaines de corps dans le vide.

« Reprenez la route, » dit-il, et les rapides vaisseaux Corsaires s’éloignèrent à toute vitesse, ne laissant que la mort sur leur passage.[4]

Une Épreuve de Foi

« Le premier principe de la douleur est la peur. »

Dhorael fixait son tortionnaire avec des yeux embués. Le Tourmenteur avait une expression patiente, comme un professeur qui attend qu’un élève léthargique s’en aperçoive.

« Le premier principe de la douleur- »

« C’est la peur, » déclara Dhorael. Sa langue se sentait étrangère dans sa bouche.

« C’est bien ça, » dit Karzarvash avec un regard complaisant.

Dhorael se demandait comment il pouvait lire aussi clairement le visage de son tortionnaire.

Le Tourmenteur avait six yeux, disposés en trois paires latérales. Sa bouche était encadrée par une paire de membres minuscules, qui s’arrachaient à ses lèvres pour former des expressions. Néanmoins, Dhorael était sûr qu’il souriait.

« La peur, comme les anciens nous l’ont enseigné, est la plus proche consort de la douleur. Sans peur, la douleur est simplement… une fonction corporelle, une condition de vie. Et si facilement évitée. La douleur sans peur n’est pas du tout de la douleur - une ébauche insipide et sans goût, comparée au riche nectar avec lequel je survis. »

Karzarvash s’approcha de l’appareil qui tenait Dhorael et tendit un doigt tranchant pour gratter une marque dans la chair osseuse du bras. L’Asuryani remarqua une odeur aigre autour du tortionnaire, comme de l’eau stagnante.

« Et que craignez-vous, fils d’Alaitoc ? » Le Tourmenteur avait la voix d’un enfant malade. « Quelles horreurs traversent vos rêves ? Qu’est-ce qui vous est le plus précieux ? Que voulez-vous me cacher ? » Les mâchoires de Karzarvash formèrent sur son visage un rictus tendu, révélant des rangées de dents en métal poli. « Nous allons découvrir les réponses ensemble, bien sûr. Nous avons beaucoup à nous apprendre, vous et moi. Le neuvième principe de la douleur… »

« C’est la compréhension. »

« Bien, Dhorael - compréhension. Et nous nous comprenons, n’est-ce pas ? »

Dhorael fixa son ravisseur. En se concentrant sur la figure imposante, ses yeux brûlaient de douleur, mais il ne pouvait pas se résoudre à détourner le regard.

Le Tourmenteur se dressait contre un mur d’étagères encombrées. À cette extrémité de la chambre, il n’y avait pas d’instruments de torture. Au contraire, ces étagères étaient lourdes de bocaux, d’alambics et de boîtes à serrure. Des tuyaux traînaient de certains, courant vers des machines complexes que Karzarvash surveillait et entretenait. Les appareils gargouillaient et sifflaient, rompant le silence de la chambre.

« Je vous ai parlé de ma bibliothèque, n’est-ce pas ? Et vous avez parlé de votre Vaisseau-Monde. De votre chemin. De votre famille. » Karzarvash se leva pour poser une main à doigts de lame sur l’un des bocaux givrés. Les yeux du tortionnaire se fermèrent. « J’ai partagé mes plus grands trésors avec vous, Dhorael. Ma collection comprend des morceaux de nombreux chefs-d’œuvre de Commorragh. Chacun d’eux est une garantie contre le malheur du bienfaiteur… Par exemple, si le Seigneur esclavagiste Equathex devait être abattu par l’un de ses nombreux rivaux, j’ai ici un os de doigt qui contient un peu de son essence. Cela prendrait du temps, mais je pourrais faire grandir le Seigneur esclavagiste à nouveau, pour qu’il puisse se venger de son assassin. »

Le Tourmenteur tremblait, les côtes greffées ondulaient le long de son dos avec un mouvement péristaltique. Dhorael savait que Karzarvash riait. Mais comment ? Avait-il déjà vu cela auparavant ? L’Asuryani réalisa qu’il ne se souvenait pas de la durée de sa captivité.

« Equathex pourrait en venir à regretter l’ambiguïté de notre accord, » poursuivit le tortionnaire, « s’il se réveillait ici… mais je m’écarte du sujet. » Le Tourmenteur se redressa, ses yeux s’ouvrirent alors qu’il se concentrait à nouveau sur sa victime. « Il y a aussi un peu de vous dans ma collection, et un peu de moi. »

Dhorael s’est efforcé de vérifier ses propres doigts, mais ses mains étaient liées de gants de synthétiseur noirs, parsemés de récepteurs de douleur. Qu’avait pris Karzarvash ?

« Par mon art, je peux commander à la vie et à la mort, » dit le Tourmenteur. « Mes invités n’échappent jamais à mon attention, sauf si je le veux. Ils peuvent mourir mille fois, mais ils sont toujours à moi. C’est pourquoi je parle de compréhension, Dhorael. Comprendre - j’ai partagé beaucoup de choses avec vous, mais vous m’avez caché quelque chose. Je ne laisserai pas passer ça. Le dix-septième principe de la douleur… »

« L’espoir ! Le dix-septième principe est l’espoir ! » Dhorael sanglota. Ses paroles étaient mal articulées. Sa langue semblait former des syllabes avant que son esprit ne puisse les former.

« Oui ! Oui. Et à quel espoir vous accrochez-vous ? »

Dhorael avait envie de détourner le regard, mais le Tourmenteur lui avait depuis longtemps enlevé les paupières, et la contention l’empêchait de tourner la tête.

« Votre foi ? Vous vous croyez intelligent, mais je vous connais de l’intérieur et de l’extérieur. Vous vous êtes donné à Ynnead, le grand unificateur. » Le mépris de la voix de Karzarvash piqua les oreilles de Dhorael. Le sang coulait le long de sa mâchoire et s’écoulait sur sa poitrine.

Dhorael fixa son ravisseur, sans rien dire. Les sutures du front du tortionnaire se tendaient alors que ses sourcils primaires se soulevaient par surprise.

« Vous pensez ! Vous pensez que votre esprit est le sien. Vous croyez qu’il vous prendra, qu’il prendra votre être en lui quand votre temps ici sera terminé. » Le Tourmenteur rit une fois de plus, des acides s’écoulant de sa bouche relâchée en secouant la tête. « Quel fragile espoir ! Vous êtes certainement en train de mourir, Ynnari, mais vous êtes à moi maintenant et pour toujours. »

« Non, » dit Dhorael, autour de la ruine de ses dents. « Je lui ai juré mon âme. Dans la mort, je rejoindrai l’unité, l’esprit infini, et ce qui reste de mon corps deviendra autant de poussière. Le trophée effroyable que vous m’avez pris ne sera plus que cendres. Je vous aurai échappé, marchand de chair, et je servirai Ynnead dans la mort. »

Le tortionnaire s’avança, la tête inclinée sur le côté. Les yeux de Karzarvash clignotèrent successivement, tandis qu’il soulevait une lame maillée de venin, et sa voix d’enfant était empreinte de colère. « Voyons donc. Votre vie s’arrête ici, Dhorael - votre douleur ne s’arrêtera pas. »

« Tu me libères, tortionnaire ! Grand Ynnead, prends-moi- »

« Le premier principe de la douleur est la peur. »

Dhorael regarda son bourreau, clignant des paupières brutes pour dissiper ses yeux embués. La créature souriait, mais il ne pouvait pas dire comment il avait pu lire son expression. Depuis combien de temps était-il là ? Il allait sûrement mourir bientôt. Ynnead réclamerait son âme, et il ne connaîtrait plus la douleur.

Karzarvash se pencha en avant et ajouta une entaille supplémentaire dans la chair du bras de Dhorael, une surface marquée par des dizaines de coupures peu profondes. En revanche, l’Asuryani remarqua que son propre bras était de nouveau entier, la peau était rouge et sans marques.

« Le premier principe de la douleur… »

« C’est la peur, » dit Dhorael.[5]

Foi et Fureur

Foi et Fureur.
La galaxie est dans la tourmente. La moitié de l’Imperium de l’Humanité est engloutie dans l’obscurité et la terreur, et les forces des Dieux Sombres ravagent le domaine de l’Humanité. Dans le système Talledus, une guerre féroce oppose les rangs de l’Empereur-Dieu et les serviteurs des Puissances de la Ruine.

L’immense tempête Warp appelée Cicatrix Maledictum a fendu l’Imperium en deux. Assaillis de toutes parts, les défenseurs de l’Humanité, dont les puissants Space Marines de l’Adeptus Astartes, s’efforcent de repousser les assauts des serviteurs du Chaos et des pillards Xenos opportunistes. L’anarchie et la terreur règnent partout, même au centre du royaume de l’Empereur, près de la Sainte Terra. Les seigneurs de guerre renégats Astartes Hérétiques lancent leurs croisades haineuses en toute impunité afin de déchiqueter le cœur de l’Imperium qu’ils servaient autrefois et répandre la vénération insidieuse des Dieux Sombres parmi la population terrifiée.

Le système Talledus fait partie de ce domaine ravagé. Cet ancien bastion du Credo Impérial a été réduit à un théâtre de guerre que se disputent les adeptes de l’Empereur de l’Humanité et les serviteurs du Panthéon du Chaos. Alors que le massacre s’intensifie, le trauma psychique généré par la Cicatrix Maledictum donne naissance à des miracles et à des manifestations psychiques d’une ampleur et d’une puissance sans précédent. Pour certains, ces occurrences terrifiantes sont une nouvelle preuve que la fin de la galaxie est proche. Pour d’autres, ces événements sont une manifestation de la volonté divine de l’Empereur-Dieu, incarnée par Ses loyaux serviteurs.

Quelle que soit la vérité, cette vague de perturbation empyréenne effilochera la trame du 41e Millénaire à jamais et donnera naissance à une nouvelle ère d’éveil psychique.

Maintenir l'Ordre

DATE D’ENTRÉE : Talledus Standard 99-44-9/00cycle4
LIEU : Arsenal Orbital de Satrapol // Quartier Corminius
JOURNAL DES RAPPORTS : 846>3
OFFICIER RAPPORTEUR : Luminaire de Deuxième Classe Leandra Payce, 86e Ghreddask Illuminators
Le rapport commence. Par le Trône, il y en a beaucoup qui arrivent en ce moment. Quatre autres navires de pèlerinage au cours des trois derniers jours. Comme si nous n’avions pas assez à faire avec les dix-huit qui sont actuellement à quai. Dix-huit ! On voit la peur sur tous les visages. C’est la… chose… le trou dans l’espace. La faille, ou peu importe comment ils l’appellent. Les têtes encapuchonnées ont un nom fantaisiste en haut gothique pour ça, mais la faille fera l’affaire pour les grognons comme nous.

Quel que soit le nom qu’on lui donne, c’est ce qu’ils fuient, comme si l’on pouvait d’une certaine manière fuir une étrangeté vide qui s’étend de… enfin, d’ici jusqu’aux portes sanglantes de l’éternité, aussi loin que je puisse voir. Idiots. Lâches.

La foi en l’Empereur n’est pas un lieu, ce ne sont pas des paroles dites ou des indulgences offertes en cadeau. C’est ce qui est dans votre cœur. Soit vous avez la foi, soit vous ne l’avez pas, et seuls ceux qui l’ont vont survivre. Des gens comme les Illuminators. Nous avons assez de foi pour eux tous, et l’Empereur le voit. Pourtant… ils sont peut-être idiots, mais ce sont des idiots qui ont du mérite. Les coffres ne seront pas secs avant un moment, c’est sûr. De toute façon. Longue garde et assez peu d’heures avant que je ne doive tout refaire, donc… fin du rapport.

DATE D’ENTRÉE : Talledus Standard 99-45-8/01cycle1
LIEU : Arsenal Orbital de Satrapol // Quartier Corminius
JOURNAL DES RAPPORTS : 846>8
OFFICIER RAPPORTEUR : Luminaire de Deuxième Classe Leandra Payce, 86e Ghreddask Illuminators
Le rapport commence. Violence aujourd’hui, une altercation dans les salles des pénitents entre une file de pèlerins et le culte du Tourment de l’Empereur. D’après ce que je comprends, avant notre arrivée, les sectes avaient semé le trouble en haranguant les nouveaux arrivants. Ils les affligeaient de ce qu’ils appelaient le "péché corporel", de ce qu’aucun d’entre eux ne portait "les marques de la pureté" et de ce qu’ils devaient tous tomber à genoux et se repentir parce que "les pèlerins portaient en eux des germes d’anéantissement". Une charge d’alarmisme pseudo-hérétique.

Le Tourment de l’Empereur est un véritable casse-tête depuis des mois maintenant - nous harceler, harceler les pèlerins, lancer des avertissements de malheur et de damnation. Comme si nous ne pouvions pas tous voir la brèche, éveillés ou endormis ! Comme si nous ne pensions pas tous que la fin pourrait bien être proche. Mais qu’est-ce que ça peut faire de remuer les gens comme ça, de les attaquer ? Je vais vous dire qui cela n’a pas aidé, un pèlerin qui fut agressé a sorti une lame pour les repousser. Pour protéger sa famille. Il s’est avéré plus tard, mais cela n’a aucun poids pour les Exécutants et cela n’a aucun poids pour nous. Les lames nues ne sont pas autorisées à traverser les docks sans permis. Il avait passé assez de panneaux de commandement pour le savoir. C’était donc ça. On a dû l’abattre. J’ai fait l’acte moi-même. Il est dommage que le Premier Luminaire Janss ne nous ait pas laissé mettre quelques balles dans les mains des cultistes pour avoir perturbé la paix de l’Empereur. J’aurais pu faire un exemple, les calmer, mais… Je vais devoir faire la paix avec ça, hein ? Fin du rapport.

DATE D’ENTRÉE : Talledus Standard 99-46-2/03cycle1
LIEU : Arsenal Orbital de Satrapol // Quartier Corminius
JOURNAL DES RAPPORTS : 847>2
OFFICIER RAPPORTEUR : Luminaire de Deuxième Classe Leandra Payce, 86e Ghreddask Illuminators
Le rapport commence. Six autres navires. Six. Nous sommes éparpillés, les Exécutants et les Maîtres de Dîme sont moins nombreux. Bien sûr, cela ne fait que ralentir encore plus les choses, créent de l’agitation, laisse des espaces pour que les problèmes se glissent. Les oisifs sont méchants et les méchants ne sont jamais oisifs, comme on dit. Hah, ça fait de nous les plus méchants de tous, nous sommes si occupés. Je prends des stimulants pour continuer à fonctionner. Je prends une bouteille de shocc pour m’endormir à la fin de mon quart de travail, et il n’y a pas assez d’heures pour que tout recommence. Ce que je donnerais pour une bonne rotation de repos, mais aucun signe de cela de sitôt. Et là-dessus, il est temps de passer quelques heures dans l’oubli béni. Fin du rapport.

DATE D’ENTRÉE : Talledus Standard 99-46-5/03cycle9
LIEU : Arsenal Orbital de Satrapol // Quartier Corminius
JOURNAL DES RAPPORTS : 847>4
OFFICIER RAPPORTEUR : Luminaire de Deuxième Classe Leandra Payce, 86e Ghreddask Illuminators
Le rapport commence. Par les os de l’Empereur, ce n’est pas une bonne rotation. La compresse enroulée autour de mon bras raconte cette histoire toute seule et je vais être honnête, je suis en colère. C’était encore les maudits cultes. La Miséricorde de l’Empereur, je m’y attendais, mais cette fois-ci, ils ont entraîné l’Église de l’Espoir Radieux dans tout ça. Ou du moins, les deux étaient impliqués.

Lorsque nous sommes arrivés à le Hall des Pénitents de Septiam, c’était le chaos. Nous nous y sommes mis, les fusils et les Lance-Flammes ont été déchargés… J’ai pris une balle dans la chair de mon bras droit avant que tout ne se calme. Par le Trône, les Exécutants ont beaucoup d’arrestations à traiter après tout-çà. Autant qu’on puisse en juger, tout a commencé avec la Miséricorde de l’Empereur prêchant à nouveau leur bile et leur soufre aux pèlerins. Puis l’Espoir Radieux arriva et commença son propre sermon, un message complètement différent de celui de la Miséricorde de l’Empereur, mais non moins sombre.

On dirait que les adeptes du culte ont perdu patience les uns envers les autres. Des lames ont été tirées, des choses ont été jetées. Puis on déchargeait les armes à feu et cela devenait très vite beaucoup plus grave. Les gens ont couru se mettre à l’abri, d’autres se sont impliqués… Des combats acharnés, sur nos quais, sous notre nez ! Peu importe qui a commencé ou pourquoi, je le dis. Les Illuminators ont été blessés, les Exécutants aussi. Personne n’est dans le droit une fois que ça arrive, personne d’autre que nous. Je surveillerai attentivement les sectes à partir de maintenant, marquez-moi ça ! Fin du rapport

DATE D’ENTRÉE : Talledus Standard 99-47-1/05cycle1
LIEU : Arsenal Orbital de Satrapol // Quartier Corminius
JOURNAL DES RAPPORTS : 847>7
OFFICIER RAPPORTEUR : Luminaire de Deuxième Classe Leandra Payce, 86e Illuminateurs Ghreddask
Le rapport commence. La Miséricorde de l’Empereur et l’Espoir Radieux se sont à nouveau affrontés, cette fois dans le sanctuaire des mendiants sur le pont 4-18. Les salauds, tous autant qu’ils sont. Il y a une foi impériale, une croyance, pas des douzaines. La parole de l’Empereur ne peut pas être interprétée ! Ils devraient tous être purgés. Mon bras me fait encore mal, aussi. Pourtant, ces épreuves sont envoyées pour nous apprendre la valeur de la souffrance, comme on dit. Fin du rapport.

DATE D’ENTRÉE : Talledus Standard 99-48-3/05cycle7
LIEU : Arsenal Orbital de Satrapol // Quartier Corminius
JOURNAL DES RAPPORTS : 849>1
OFFICIER RAPPORTEUR : Luminaire de Deuxième Classe Leandra Payce, 86e Ghreddask Illuminators
Le rapport commence. J’ai l’impression qu’il y a une tempête dans l’air. C’est comme l’étanchéité qui s’installe sur la toundra juste avant que les maelströms ne déferlent au-dessus des colporteurs. Ghreddask me manque parfois - les grands espaces, les chasses. Au moins, ce sont des choses honnêtes et directes, une fin sanglante et la garantie d’une simple aube le lendemain. Autant souhaiter un chargement d’amasec, hein ? Les vœux sont la promesse de l’hérétique.

En bref, les pèlerins sont déstabilisés et cela rend le travail de chacun plus difficile. Ils sont obstrués, anxieux, méfiants… et on se méfie d’eux ! Il y a eu des arrestations, bien plus que d’habitude, même avec tous ces navires. Des signes bizarres barbouillés… eh bien, seul le Trône sait quoi… sur les murs des couloirs arrière et des servo-oubliettes. Des combats éclatent partout. Des proclamations hérétiques épinglées sur les cloisons.

Cela ne peut plus durer, je le sais, nous le savons tous. Mais qu’est-ce qu’il faut faire ? Je n’en ai aucune idée. Des exécutions punitives peut-être ? Une purge ? L’Empereur nous guidera dans cette démarche, comme Il le fait en toutes choses, j’en suis sûr. Fin du rapport.

DATE D’ENTRÉE : Talledus Standard 99-48-8/06cycle8
LIEU : Arsenal Orbital de Satrapol // Quartier Corminius
JOURNAL DES RAPPORTS : 849>8
OFFICIER RAPPORTEUR : Luminaire de Deuxième Classe Leandra Payce, 86e Ghreddask Illuminators

Censure ! Moi ! Je ne peux pas… oh… le rapport commence et tout part à volo ! J’agis avec la propre autorité de l’Empereur alors que ces fanatiques de la secte ne font que porter Sa sainteté comme un maudit déguisement. Se cachant derrière comme un bouclier ! Oui, vous avez sacrément raison, j’ai tué cet hérétique et non, je me fiche qu’un fanatique du Trône soit armé ou non. Purgez-les tous pour les maux qu’ils répandent. Les justes récoltent leur récompense au-delà du voile, c’est ce qu’on dit. Eh bien, s’ils sont si foutus, qu’ils aillent réclamer leur récompense et qu’on en finisse avec ça, hein ?

Je sais que je bois trop, mais rien d’autre ne me soulage. Le bras me fait encore mal, il guérit avec une vilaine cicatrice. Demain, ça ira mieux. Oui. Bien sûr. Fin du rapport.

DATE D’ENTRÉE : Talledus Standard 99-49-9/06cycle9
LIEU : Arsenal Orbital de Satrapol // Quartier Corminius
JOURNAL DES RAPPORTS : 849>9
OFFICIER RAPPORTEUR : Luminaire de Deuxième Classe Leandra Payce, 86e Ghreddask Illuminators
Le rapport commence. La foule s’est écrasée aujourd’hui, la panique s’est emparée de le Hall des Pénitents de Novemnus. Des dizaines de morts, des centaines d’autres blessés. Nous avons dû fermer les cloisons et laisser les choses s’épuiser, sinon ils auraient envahi les Halls Octis et Decimal et cela aurait signifié beaucoup plus de morts. J’ai tiré le levier moi-même. Que le Trône me vienne en aide, il y avait de la satisfaction à cela, de voir leurs visages de bovins se transformer en choc et en terreur. Oui, c’est vrai, vous les idiots, vous récoltez les fruits de votre propre stupidité. La récompense de l’hérétique est d’être écrasé par les engrenages impitoyables de son propre artifice impur, comme on dit.

Une partie de moi a peur que je ressente… quelque chose… de les envoyer à la mort comme ça. Une partie de moi ne ressent rien du tout. La plupart du temps, je suis juste en colère. Juste… en colère. Ils ont dit après coup que c’était une hallucination qui avait tout déclenché. Une vision collective, une manifestation, mais seul le Trône sait ce qui a provoqué la panique. Fin du rapport.

DATE D’ENTRÉE : Talledus Standard 99-50-02/07cycle2
LIEU : Arsenal Orbital de Satrapol // Quartier Corminius
JOURNAL DES RAPPORTS : 850>3
OFFICIER RAPPORTEUR : Luminaire de Deuxième Classe Leandra Payce, 86e Ghreddask Illuminators
Le rapport commence. Cela ne peut plus durer. Absolument pas. Soit nous interdisons les fausses croyances sur les quais, soit… eh bien… ça va finir dans le sang, je le dis. J’espère presque que cela arrive.

La Miséricorde de l’Empereur et l’Espoir Radieux sont déjà en guerre. Escarmouches dans les réseaux de conduites et les ponts de maintenance. Les cultes envoient des processions à travers les salles des pénitents et demandent aux pèlerins de choisir entre un credo et un autre. Comme s’ils ne s’acharnaient pas tous les deux sur l’hérésie et la damnation de leur propre personne. Nous le brisons où nous le pouvons, et les Exécutants ont doublé leurs gardes autour des Maîtres de Dîmes mais quand même… Seul le Trône le sait… ah… le rapport se termine.

DATE D’ENTRÉE : Talledus Standard 99-52-03/07cycle9
LIEU : Arsenal Orbital de Satrapol // Quartier Corminius
JOURNAL DES RAPPORTS : 851>1
OFFICIER RAPPORTEUR : Luminaire de Deuxième Classe Leandra Payce, 86e Ghreddask Illuminators
Rapport… umm… c’est…

…je ne veux faire de mal à personne. Vous le savez, n’est-ce pas ? Empereur ? Vous entendez ma vérité ? Je ne fais que mon devoir. Bon sang… trop boire encore… ces maudits rêves… Je ne veux blesser personne, pas vraiment. Ils me rendent juste tellement… en colère… que je veux faire… des choses… que je suis loyal, vous m’entendez ? Je suis loyal envers… l’Empereur et c’est… la foi qui me donne envie de… de m’énerver contre ces… foutus hérétiques… ça… peu importe, en purgeant celui-ci. Purger… Purger ! Oh par le Trône et… les saints os… de Lui…

DATE D’ENTRÉE : Talledus Standard 99-52-06/08cycle3
LIEU : Arsenal orbital de Satrapol // Quartier Corminius
JOURNAL DES RAPPORTS : 851>7
OFFICIER RAPPORTEUR : Luminaire de Deuxième Classe Leandra Payce, 86e Ghreddask Illuminators
Le rapport commence. Cela va trop loin. Nous ne devons pas rester les bras croisés et laisser l’hérésie et la sédition prospérer plus longtemps ! Il y a eu une émeute, qui s’est répandue comme une traînée de poudre parmi les pèlerins et qui est toujours réprimée par nos soldats et les forces de l’ordre. Nous le voyons maintenant. Des informateurs sont venus nous voir, ont confirmé les conclusions des Exécutants… Je suis en colère, car nous avons été aveugles.

Le culte de la Miséricorde de l’Empereur. Comment n’a-t-on pas vu plus tôt ce qu’ils étaient ? Ils ont déclenché cette émeute, décriant l’Espoir Radieux comme des hérétiques, demandant l’aide du peuple pour purger leurs rivaux. La colère et la peur ont engendré la violence comme ils le savaient, et lorsque la tempête s’est calmée, même si elle a duré plusieurs heures, des centaines de personnes étaient mortes. Des pèlerins, des sectes, des Exécutants… mais ce n’était pas la croisade sacrée qu’ils revendiquaient, n’est-ce pas ? Comment cela aurait-il pu être le cas, quand nous avons trouvé huit des nôtres massacrés dans une sorte de cercle rituel avec des runes, leurs corps traînés de leurs postes et déposés dans le cathédrale primus des docks.

Cela a dû être l’œuvre de la Miséricorde de l’Empereur. Ils se sont servis de la faible foi des pèlerins comme d’un prétexte pour commettre leurs propres méfaits. Leur propre meurtre. Ils découvriront bien assez tôt que notre fureur ne connaît pas de limites, et que l’Empereur n’a aucune pitié pour eux, quel que soit leur nom. Je m’en vais maintenant. La purge commence. Le rapport se termine.

DATE D’ENTRÉE : Le Moment de l’Enlèvement
LOCALISATION : Les cieux sacrés, louez la lumière pourpre de l’Empereur
JOURNAL DES RAPPORTS : 888
OFFICIER RAPPORTEUR : Leandra Payce l’Éclairée, Ghreddask Illuminée
Louange à l’Empereur, car nous sommes enfin délivrés alors que le Culte de la Miséricorde de l’Empereur n’existe plus ! Il nous a fallu des jours pour les purger, des jours après qu’ils aient appris notre arrivée et se soient enfuis dans les ponts de maintenance. Sans l’aide de la lumière rayonnante, nous n’aurions peut-être jamais pu acculer et massacrer notre secteur comme nous l’avons fait.

Oh, le sang coulait des deux côtés mais alors, comme le disent les Prêcheurs de la Lumière Radieuse, toute effusion de sang plaît à l’Empereur - car elle est toute sainte, peu importe d’où elle coule. Comment se fait-il que j’aie mis autant de temps à voir ? Je remercie l’Empereur du fond du cœur que nous ayons entendu le message de la Lumière Radieuse alors que le sang coulait et que la bataille sainte se déroulait. Je suis honteux que, pendant si longtemps, j’ai cru qu’ils ne valaient pas mieux que la vermine récidiviste de la Miséricorde de l’Empereur. Mais je suis éclairé, maintenant. Ceux qui pratiquent la miséricorde, la tolérance et la tempérance, ce sont des hérétiques.

Ce n’est pas un âge pour les actes de miséricorde, mais pour la guerre sans fin au nom de l’Empereur. Il est assis sur Son Trône d’Or au sommet d’une montagne de crânes hérétiques et il voit nos actes. Il pousse Son appel à la guerre sans fin. Oh et il peut y avoir une récompense, pour ceux qui ont la vraie foi. Je le vois maintenant, et je ne suis pas seul. Nous allons diffuser ce message dans les rangs, oh Trône, vous pouvez en être sûr.

Nous sommes peut-être les premiers à rejoindre la Lumière Radieuse mais nous ne serons pas les derniers. Et ceux qui s’opposent à nous ? Eh bien, l’Empereur crie depuis Sainte Terra, non pas pour la paix, mais pour une bataille sans fin. Nous lui donnerons cela. Fin du rapport.[6]

Le Pouvoir de la Foi

Renneck regardait fixement l’étendue scintillante de l’horizon de Benediction. Les édifices pierre sable des différents édifices de l’Ecclésiarchie captaient la lumière mourante du soleil couchant, faisant rebondir ses tons chauds d’une structure à l’autre. Malgré son état de fatigue, Renneck est resté debout, captivé par l’incroyable beauté qui s’offrait à lui.

Originaire de la planète, comme tant de membres de la main-d’œuvre du Monde-Chapelle, Renneck était né sur Benediction et avait passé toute sa vie à se creuser une existence parmi les rebuts qui évoluait autour du clergé du Ministorum. Et pourtant, il chérissait de tels moments, aussi rares soient-ils.

L’un des nombreux réseau-vox qui se trouvaient dans toutes les rues et à tous les carrefours de la ville a fait retentir sa sirène, brisant sa brève rêverie et ramenant l’ouvrier fatigué au présent. Reprenant ses pieds lourds, Renneck se dirigea vers ses quartiers, redoutant presque les heures de sommeil fugitives qui allaient se terminer trop tôt. Alors qu’il atteignait le grand escalier qui descendait dans l’ombre, Renneck sentait le froid revenir dans ses os.

+++

Les chauds rayons du soleil frappaient leurs formes en sueur, brisant la légère couverture nuageuse tandis que Renneck et le reste de son équipe de travail tiraient sur leurs poulies. Lentement mais inexorablement, ils soulevèrent la palette de panneaux épais et blindés sur le côté du bâtiment bas de l’Administratum sur lequel ils se tenaient. Les hommes grognaient bruyamment alors qu’ils se débattaient avec la lourde charge, leurs mouvements étant synchronisés entre eux après des années de travail côte à côte.

Un fort crépitement a émané du mât de ventilation du bâtiment alors qu’il se remettait en marche. Une sorte de perturbation atmosphérique avait perturbé les émissions ces deux derniers jours, du moins c’est ce qu’on leur avait dit, et le flot habituel de cantiques et d’écritures saintes qui formaient le bourdonnement de fond toujours présent de la capitale avait été interrompu.

« En ce jour, ce n’est pas les guerriers indomptables de l’Adeptus Astartes, la véritable incarnation de la volonté de l’Empereur-Dieu, ni les Sœurs de l’Ordre de Notre Dame des Martyrs, les plus pieuses de toutes, qui s’est avéré être la plus grande force contre l’hérétique. Non, c’étaient les pieux et les fidèles eux-mêmes ! » La délivrance fervente du réseau-vox a dérivé à travers la ligne d’horizon, trouvant son chemin dans les cœurs et les âmes de chaque homme qui l’entendait.

« Les humbles Saints ont flambé avec la gloire de l’Empereur, chacun se sacrifiant volontairement pour servir de vaisseau à Sa puissance. Car face au plus sombre des maux, nul ne peut se tenir devant la lumière du vrai pénitent et du vrai dévot. » Renneck sourit aux paroles du lointain prédicateur, sa détermination se renforçant à mesure qu’il tirait plus fort sur ses cordes, savourant le fardeau qui lui avait été confié.« Et c’est par la servitude et la vénération de Sa volonté, mes frères, que vous pouvez vous aussi espérer atteindre une telle bienveillance divine ! »

Renneck s’abaissa sur une des palettes, sa lourde carcasse jouissant du confort que lui procurait le sursis momentané. Ces collègues de travail lui emboîtèrent le pas, le groupe entier ressentant l’effort d’avoir transporté des piles de munitions toute la matinée. Ils regardaient avec un intérêt incompréhensible les nombreux soldats qui se pressaient d’aller et venir. Personne ne s’est arrêté pour les presser de retourner au travail ; de toute évidence, ce qui se passait était bien trop urgent pour s’inquiéter de quelques travailleurs désœuvrés et de leurs quotas de munitions.

D’après les discussions qui s’étaient déroulées autour des chariots à viande, il semblait que la mobilisation militaire à laquelle ils assistaient avait eu lieu à travers la planète, mais peu de personnes étaient concernés. Les prières et les offrandes continuaient d’être faites, le saint credo de l’Ecclésiarchie était religieusement défendu et les pieux comme les justes dormaient profondément dans leur lit. Néanmoins, les réseaux-vox s’étaient de plus en plus éteints au cours de la semaine précédente, les sermons quotidiens étant fréquemment interrompus par des sons étranges et des intonations criardes.

Le pylône le plus proche s’est soudainement remis à vivre, sa présence normalement apaisante et rassurante faisant sursauter Renneck avec surprise.

« Et ils se sont sacrifiés sur les bûchers de la dévotion. Car nous, les misérables et les impurs, ne pouvons espérer grand-chose de plus, » poursuit le lointain prédicateur. « C’est seulement en nous donnant entièrement à Lui que nous pouvons être sûrs de transcender nos faiblesses et nos limites. Laissez-moi vous demander : qu’est-ce qu’un homme sans son maître ? Qu’est-ce qu’un fanatique sans son dieu ? » La voix beuglait avec une ferveur religieuse, faisant craquer et éclater le haut-parleur avec le son dur. « N’oubliez jamais que c’est ce qui nous détruit qui donne finalement raison à notre être ! »

L’ouvrier pouvait sentir les poils de la nuque se dresser sur le bout de son corps et remarquait une inquiétude similaire chez ses compagnons alors qu’ils s’accrochaient à leur salopette et se relevaient pour retourner au travail. Les paroles du prédicateur lui pesaient, son esprit se frayant un chemin à travers les sermons-vox de plus en plus étranges et énigmatiques de ces derniers temps. Alors qu’il se levait de sa position assise, le travailleur ne pouvait s’empêcher de ressentir un sentiment croissant d’inquiétude face à ce qui se passait sur sa planète.

Fatigué et épuisé, Renneck tendit les muscles du bas de son dos, soutenant sa colonne vertébrale pendant qu’il mettait en place le sac de sable lourd. La sueur coulait sur toutes les parties du corps douloureux du travailleur, ses membres surmenés craquant sous la pression de ce labeur apparemment sans fin. Personne ne semblait plus savoir ce qui se passait. Des ordres contradictoires venaient de toutes les branches de l’Administratum. Au milieu du chaos et de la confusion, il semblait que lui et son peuple atteignaient leur point de rupture.

Soudain, Renneck fut arraché à son malaise par le bruit fort et perçant de plusieurs aéronefs à grande vitesse qui s’approchaient. Il leva les yeux dans le ciel couvert juste à temps pour apercevoir deux aéronefs allongés à l’allure déchiquetée qui perçaient la couverture nuageuse. Presque immédiatement, de multiples batteries Hydra stationnées autour du quartier du temple se sont mises à tirer, lacérant le ciel d’un barrage de tirs s’entrecroisant. Malgré la grêle de tirs meurtriers, les aéronefs ennemis percèrent, se sont stabilisés avant de bombarder l’un des complexes voisins avec un barrage d’explosions, le réduisant à un peu plus que des décombres et des cendres. Puis, aussi vite qu’ils étaient apparus, les deux bombardiers ont disparu, disparaissant à nouveau dans le ciel gris tout en haut.

L’ouvrier resta immobile, engourdi par le choc des événements qui se déroulaient devant lui. Plusieurs pâtés de maisons plus loin, il vit une colonnade ornée éclater dans un nuage de débris alors que plusieurs engins d’invasion d’apparence brutale s’écroulaient parmi les portiques et les statues qui bordaient la rue. En quelques instants, leurs hautes portes se sont écroulées, dégorgeant de redoutables guerriers vêtus d’une armure rouge et noire, leurs fusils faisant immédiatement feu. Renneck regarda avec horreur pendant qu’ils fauchaient la milice non préparée qui tentait désespérément d’organiser une "action de maintien face à l’attaque surprise."

Dans la peur et la panique, il se tourna vers la seule chose qui avait été une source constante de réconfort dans sa vie, la direction toujours présente de l’Ecclesiarchie. S’efforçant d’entendre les mots du prêtre à propos des coups de feu et des explosions, il se souvint des enseignements du Ministorum, de l’histoire des Humbles Saints et de la façon dont ils s’étaient opposés au plus sombre des ennemis.

À ce moment-là, le travailleur est devenu inébranlable dans ses convictions, car aucun autre peuple de l’Imperium ne pouvait prétendre être aussi pur et fidèle que le sien. L’Empereur-Dieu, par la manifestation de Sa volonté, repousserait les agresseurs haineux, et Renneck et ses compagnons de travail seraient des outils à cette fin. Peu de temps après cette révélation, Renneck s’est rendu compte qu’un vol d’aéronefs en forme de poignard était apparu à l’horizon. Son esprit restait cependant inébranlable, car leurs armes ne pouvaient pas faire grand-chose contre l’armure de la véritable piété.

C’est lorsque l’impact des balles incendiaires du vaisseau frappa le bâtiment autour de lui, vaporisant instantanément beaucoup de ses amis et faisant s’écrouler la structure sur lui-même et le reste des survivants, que Renneck a pris conscience de la situation. Ce n’est pas ainsi que les événements devaient se dérouler. Les enseignements et les sermons des prêtres du Ministorum avaient été clairs à ce sujet.

Alors qu’il gisait parmi les décombres, son corps se décomposant lentement, Renneck a finalement pu déchiffrer les paroles du prédicateur parmi le chaos et la mort qui l’entouraient. La voix du prêtre était la même que celle dont il se souvenait, mais elle avait développé un écho maladif, comme si une myriade de versions subtilement différentes de l’orateur essayaient de se parler les unes aux autres, leur cadence et leur intonation étant toutes légèrement décalées.

« Réjouissez-vous, mes misérables frères, car votre délivrance est là ! » Tout sens de la raison avait quitté le prêcheur alors qu’il s’enflammait, ses mots étant presque indéchiffrables à travers la distorsion crépitante. « Prosternez-vous devant vos divinités légitimes et donnez vos âmes, de sorte que vous puissiez enrichir leurs êtres divins ! »

C’est alors que Renneck s’est rendu compte qu’il était vraiment damné. Quelle que soit la maladie qui s’était abattue sur sa planète, elle avait déjà commencé à répandre son influence corruptrice. Sa foi avait été mise à mal, ce qui signifiait que tout espoir de salut était hors de portée et, alors qu’il trépassait, le travailleur connaissait la véritable signification du désespoir.[7]

Chassez le Vent

La réalité s’est déchirée comme une lésion dans la chair. Devant les yeux du Lieutenant Takhar, trois lames dentelées ont poussées dans la salle de l’enginarium, alors que quelque chose se frayait un chemin dans le monde matériel. Pendant un instant, les réflexes surhumains du White Scar lui ont fait défaut, et il s’est figé alors que l’horreur devant lui prenait forme.

Puis il sauta instinctivement pour éviter ses griffes tranchantes. Une Serre du Warp, pensait-il, à mesure que son entraînement le guidait. Le guerrier portait le bleu de minuit des Night Lords, et la foudre crépitait sur les bords aiguisés de son armure.

Les Carabines Bolters de l’Escouade Infiltrator Suzhak se mirent à tirer alors que d’autres Astartes Hérétiques se frayaient un chemin dans la réalité, des échos de commotion retentissant dans le voisinage immédiat. Takhar portait son arme à l’épaule et tira une courte salve sur son ennemi alors que la Serre du Warp s’approchait. Des fragments de céramite s’envolèrent de l’épaulière de sa cible, mais le guerrier ne fut guère ralenti par les impacts. La parade désespérée de Takhar lui évita d’être éviscéré par la charge de la Serre du Warp, mais l’élan l’a néanmoins porté jusqu’au pont. Des étincelles s’envolèrent alors que les griffes de l’ennemi découpaient l’armure au niveau de ses flancs. Il s’empara d’une lame de combat et l’enfouit entre les plaques qui protégeaient les entrailles du guerrier. Alors que la Serre du Warp convulsait, Takhar poussa l’attaquant blessé sur le côté et roula sur ses pieds. Il fit pivoter sa carabine et plaça deux Bolts dans le heaume du Space Marine du Chaos qui éclata en une fleur cramoisie.

Devant lui, il y avait une scène d’horreur. Les assassins du Warp avaient abattu plusieurs membres de l’Escouade Suzhak, et des corps en armures blanches gisaient déchirés et éparpillés sur le pont. Le reste des Infiltrators battait en retraite, reculant dans le couloir qui menait au réacteur principal du navire. Leurs tirs étaient disciplinée, mais les Serres du Warp étaient trop rapides. Avant que Takhar ne puisse réagir, un autre des guerriers des Night Lords tira brièvement sur son Réacteur Dorsal, s’élançant vers l’avant pour empaler Frère Joghun sur ses griffes.

« Des troupes d’assaut ennemies sur le pont de l’enginarium quatre, la cloison arrière seize, » déclara Takhar aux autres forces White Scars à bord du Warhawk. « De lourdes pertes, évitez de vous engager à portée de lame. »

Ignorant ses propres conseils, le Lieutenant se précipita vers le monstre qui se penchait sur Frère Joghun. Cet ennemi ne portait pas de casque, et son visage pâle avait un sourire grimaçant lorsqu’il posa les yeux sur sa victime.

« Vos frères sont bien mauvais, White Scar, » siffla le Space Marine du Chaos, retirant ses griffes du torse de Joghun dans un bain de sang. Alors que Takhar rugissait et dégainait le couteau qui lui restait, il vit le bras du guerrier mourant se contracter. Puis la Grenade Krak dans la main de Joghun explosa et la Serre du Warp et sa victime furent perdus dans une explosion aveuglante.

+++

« Tu t’es bien battu, tuslakh. Assieds-toi. » Jodagha Khan était assis sur une chaise basse dans son cabinet personnel. De la fumée s’échappait d’un bol d’encens posé sur la table devant lui.

Takhar avait réparé le pire des dégâts sur son armure, mais ses servosmoteurs grinçaient lorsqu’il prit le siège indiqué. Il étudia le visage de son commandant. Le Maître des Recrues avait déjà porté les cicatrices d’une centaine de batailles lorsque Takhar avait réussit le Test de Trempe et avait rejoint le Chapitre proprement dit, mais le voyage des Whie Scars dans le champ de débris connu sous le nom de Larmes de l’Empereur semblait l’avoir encore vieilli. Takhar comprenait - le navire qu’ils poursuivaient, le détestable Nightmare of Celyx, diffusait les cris torturés des Astropathes capturés par les Night Lords dans un flot quasi constant. Ce barrage déchirant portait sur tous les fils du Grand Khan.

« Tu crois que les traîtres nous ont surpassés, Takhar, » a poursuivi le Khan, regardant fixement les braises de l’encens.

« Trois autres frères sont tombés aujourd’hui, mon Khan. Les Night Lords nous attaquent à chaque tournant. Ils envoient à chaque fois une poignée de guerriers contre une Confrérie, et quand nous stoppons la prochaine attaque, ils s’enfuient. Il n’y a pas de victoire ! »

« On a l’impression que chaque coupure est traitée comme si elle était taillée dans sa propre peau, » a répondu Jodagha. « C’est bien. Mais parfois, le chasseur doit continuer malgré ses blessures. »

« Bien sûr… mais nous ne sommes pas près de trouver notre proie. Ils nous ont attirés dans ce champ d’astéroïdes, et maintenant les seules traces que nous trouvons de leur parcours sont celles qu’ils ont choisi de nous montrer. Avec les conseils de Sulanhi, nous aurions pu les mener à terre, mais seuls… » Le Prophète des Tempêtes Sulanhi était confiné dans son sanctorum depuis le début de la chasse des White Scars. Les cris psychiques du Nightmare of Celyx avaient déchiré l’esprit du zadyin arga, et il lui a fallu toute sa volonté pour s’accrocher à sa conscience.

Jodagha leva les yeux, rencontrant le regard de Takhar à travers la fumée qui s’enroulait. « Notre chemin n’est pas facile, tuslakh, » dit-il avec franchise, « mais nous ne sommes pas faits pour les chemins faciles. Moi aussi, je ressens vivement l’absence de notre Prophète, mais je sais ce qu’il dirait s’il était avec nous. Nous sommes le vent, mon frère. Ces Traîtres pensent briser notre volonté, mais personne ne peut contrôler le vent. »

+++

Takhar évita le coup venant de la masse du Terminator, tranchant les câbles sous sa cuirasse. Il s’éloigna de la barre à défenses du guerrier, couvrant sa retraite de coups de Carabine Bolter. Contre combien d’autres embuscades de ce type la Force de Frappe pourrait-elle survivre ? La plaque de minuit du Terminator était à peine marquée par les Bolts réactifs à la masse, et le guerrier s’élança vers lui, implacable.

Derrière lui, quatre autres mastodontes ont avancé pour l’encercler.

En faisant un pas en arrière, le Lieutenant trébucha sur le corps d’un Infiltrator paralysé. Le Terminator souleva sa masse, et l’énergie crépita autour de la tête de l’arme tandis que Takhar tâtonnait pour trouver les grenades à sa ceinture. Puis, un Bolt explosive s’est brisée dans le cristallin de l’œil du Terminator, pulvérisant la matière cérébrale sur la visière de Takhar. L’imposante Space Marine du Chaos s’est affaissée, glissant sur ses genoux. Takhar sauta sur le côté avant qu’il ne s’écrase sur le pont, puis jeta un coup d’œil à sa gauche dans le couloir d’accès mal éclairé. Son optique lui permettait de distinguer trois Eliminators à son extrémité, accroupis dans l’ombre. Un autre tir se fit entendre, et un autre des Night Lords tomba.

« Frappez, fils de Chogoris ! » déclama Jodagha, alors que le Capitaine sautait d’un portique aérien pour se heurter à un Terminator en mouvement. Son épée a jailli et le sang coula abondement du torse de sa cible. Les Reivers de l’Escouade Borhtal étaient avec lui, des Bolters aboyant à bout portant. En quelques instants, les Terminators restants tombèrent, et Takhar s’est joint aux acclamations de ses frères.

Jodagha Khan se tourna vers son Lieutenant. Le chignon du Khan était couvert de sang de traître jusqu’au cuir chevelu, et ses yeux brillaient. « Ces serpents pensaient pouvoir échapper au vent, Takhar, mais quelle que soit la vitesse à laquelle tu cours, le vent sera toujours devant toi ! »[8]

Le Sang de Baal

Le Sang de Baal.
La Cicatrix Maledictum pulse férocement. La moitié de l’Imperium de l’Humanité est coupée de la lumière salvatrice de Terra. Dans les ombres de l’Imperium Nihilus, les Blood Angels et leurs Chapitres Successeurs combattent pour survivre contre des hordes de Xenos, car les Tyranides sont implacables.

La région spatiale de la Balafre Rouge est un ensemble de nébuleuses de gaz et de systèmes stellaires irradiés par une lumière rougeâtre. Une vrille de la Flotte-Ruche Léviathan s’est insinuée dans ses sous-secteurs riches en biomasse. Des millions de Biovaisseaux grouillants d’horreurs ont envahi les Mondes-Boucliers de Cryptus. Ces monstres à l’évolution rapide ont submergé les défenses impériales en quelques jours à peine, si bien qu’un unique appel à l’aide a pu passer outre l’Ombre dans le Warp. Il a été intercepté par les Blood Angels, dont le Monde Chapitral de Baal se trouve directement sur la trajectoire des Tyranides.

L’appel aux armes du Maître de Chapitre Dante a été entendu par de nombreux successeurs des Blood Angels. Alors que les Tyranides s’infiltrent dans le Système Baal, ils sont si nombreux qu’ils voilent les étoiles. Des spores bouffies de guerriers Xenos tombent à la surface de Baal et de ses lunes. Les pertes s’accumulent rapidement dans les deux camps, cependant celles des Tyranides sont aussitôt remplacées, et sur tous les fronts, les Space Marines sont forcés de céder du terrain. Les Fils de Sanguinius sont menacés d’extinction quand la Grande Faille s’ouvre et engloutit l’essentiel du Système Baal dans une tempête d’énergie empyréenne.

Grâce aux dégâts qu’elle causa à la flotte de Biovaisseaux, la Cicatrix Maledictum fut tout d’abord une bénédiction pour Baal. Cependant, désormais, ses effets psychiques insidieux se font ressentir. Alors que l’ombre s’étend, les habitants de cette région spatiale sentent une présence ignoble s’insinuer dans leurs esprits…

Les Faibles et les Forts

Fenton s’était placé derrière les membres de tête de son équipe, les trois s’étant rapprochés du bâtiment administratif bombardé. Le Sergent Caphorien senti l’adrénaline monter en lui, sa concentration se resserrant alors que la vision en tunnel commençait à se faire sentir. Pour certains, la précipitation du combat les rendait nerveux et irascible, mais Fenton avait toujours trouvé que cela lui donnait une incroyable sensation de clarté, comme si la bataille le rapprochait de l’Empereur. Le Sergent enfonça son fusil de chasse dans l’épaule, ajusta sa position et tapa sur le dos du soldat qui se trouvait devant lui.

En quelques secondes, le groupe se déplaçait, passant rapidement à travers la porte de la structure soufflée, leurs mouvements étant serrés et synchronisés les uns avec les autres. Dès que la meneuse eut franchi le seuil, elle s’est tournée sur le côté, dirigeant son attention vers le coin caché de la pièce. Le soldat continua à bouger, ouvrant la voie à l’autre derrière elle pour qu’il puisse entrer. Le second Caphorien fit de même, rompant dans la direction opposée et couvrant l’autre côté de la pièce.

Les oreilles de Fenton résonnaient du cliquetis des tirs d’Autocanon, le bruit bien trop assourdissant dans les environs immédiats pour que l’on puisse se rendre compte de son emplacement. Faisant confiance à ses camarades pour nettoyer leurs secteurs, le Sergent garda son attention sur la vue qui s’offrait à lui et s’est avancé dans l’espace. Tout en gardant la visée de son arme verrouillée sur ses mouvements oculaires, il balaya le couloir qui menait au reste des quartiers administratifs.

Quelque part au fond de son cœur, Fenton a ressenti une force curieuse qui l’obligeait à avancer dans le passage obscurci, et il s’est vite retrouvé à mettre lentement un pied devant l’autre. Un des autres soldats de son escouade le rejoignit, pressant son corps contre l’autre côté du couloir et correspondant à l’avance régulière de son Sergent.

Malgré son ouïe étouffée, le Sergent pouvait à peine distinguer le bruit des bottes qui frappaient le plancher au-dessus de lui lorsque les autres escouades prenaient d’assaut les niveaux supérieurs. Mais il avait du mal à entendre quoi que ce soit dans les pièces qui s’ouvraient sur le passage devant lui. L’air commençait à être chaud et étouffant et il s’agitait nerveusement, ajustant sa position pour essayer de se remettre dans le champ de vision de son arme.

« Sergent…, » commença le soldat à côté de lui, une note d’inquiétude se faisant entendre dans sa voix.

Soudain, Fenton a eu l’impression de se trouver sous la menace, et il tourna sur ses talons, ramenant son Fusil Laser dans la direction de sa coéquipière. « Baissez-vous ! »

Alors que l’autre soldat se jetait sur le pont, le Sergent tira, lacérant le mur derrière elle avec des tirs de lasers et perçant des trous brûlés dans le matériau fragile. Sans réfléchir, Fenton était déjà en mouvement, poussant sur la porte qui menait à la pièce adjacente et passant sans attendre que l’autre Garde Impérial se mette en position.

Il s’arrêta lorsqu’il vit le corps froissé étendu sur le sol, mais il garda son arme levée, cherchant le moindre signe de mouvement. L’apparence maladive de la chose pouvait passer pour un humain à distance, mais le front laid et strié et la peau décolorée l’indiquaient clairement comme l’un des sycophages dégénérés des Xenos.

Sa coéquipière entra en trombe dans la pièce. Elle s’était éloignée, s’approchant lentement du corps pour examiner de plus près la forme du ventre. « Sergent, vous l’avez en plein dans la tête ! » Le soldat regarda avec étonnement entre le mur endommagé et Fenton. « Comment, sur Terra, avez-vous su que cette chose était là ? »

Fenton, perturbé et tout aussi déconcerté, a simplement regardé la créature sans vie, avant de répondre sans conviction : « J’ai entendu un bruit… »

Alors que Fenton et son équipe sortaient du bâtiment dégagé, une agitation couvait entre le commandant de leur peloton et le nouveau Commissaire qui avait été affecté à leur division, un homme du nom de Krenlan. L’officier politique était un individu aux épaules larges, un homme corpulent qui se portait avec un air de contrôle constant qui laissait présager une brutalité refoulée qui couvait sous la surface.

« Commandant, vous auriez dû faire des incursions dans le district de manufactorum il y a quelques jours. Vos ordres sont clairs ! » Le Commissaire criait pratiquement au visage de leur commandant, provoquant des regards inquiets chez les soldats.

« Oui, ils le sont ! » L’officier impérial tenait bon avant l’assaut verbal. « Nos instructions sont de sécuriser cette ville, c’est-à-dire d’aller de bâtiment en bâtiment et de s’assurer que nous éliminons toutes ces ordures. »

Krenlan était plein de fureur à peine refoulée. « Vous n’êtes pas… »

« Ce que je ne fais pas, c’est recevoir des ordres d’un politicien de haut rang, » déclara le chef du peloton. « Laissez-moi vous rappeler, Commissaire, que vous n’avez pas le pouvoir de vous substituer à mes ordres dans cette affaire. Je ne mettrai pas en danger la sécurité de mes soldats en laissant les forces ennemies sur notre dos. Maintenant, dégagez de mon chemin ! »

Avant que l’homme n’ait fait plus que quelques pas, le Commissaire s’est retourné vers lui, sortant le Pistolet Bolter qu’il gardait dans son gilet pare-balles. Le chef de peloton a à peine eu le temps de réagir que le canon fut pointé vers sa direction et que l’arme s’est violemment déformée en tirant une balle.

Fenton regarda avec horreur le corps de son commandant toucher le sol. Krenlan s’est retourné et s’est adressé aux soldats qui bordaient la rue, un feu froid brûlant dans ses yeux. « Laissez-moi être clair, la lâcheté n’a qu’une seule récompense dans l’Astra Militarum ! Jusqu’à présent, vous avez fait preuve de laxisme dans l’accomplissement de vos tâches, et le temps pour cela est maintenant passé. Vous allez suivre mes ordres, est-ce clair ? »

Fenton attira le regard de Krenlan alors que l’homme terminait son discours. La folie qu’il y vit le refroidit jusqu’à l’os.

+++

Cette nuit-là, Fenton et son équipe se sont réfugiés dans les restes d’un complexe de manufactorum encore largement intact. Un petit feu brûlait au milieu du groupe assemblé, sa puanteur nauséabonde se répandant dans leur environnement clos, mais tout le monde était reconnaissant de la chaleur qu’il procurait. Les soldats étaient assis tranquillement, chacun perdu dans ses propres pensées de la journée.

Finalement, l’un d’entre eux a parlé. « Vous savez, j’ai entendu dire qu’ils avaient perdu le contact avec un certain nombre d’orbites au-delà du bord… »

L’ambiance s’est assombrie. Ils savaient tous ce que cela signifiait.

« Il pourrait s’agir d’une nouvelle éruption de radiations, » proposa une autre personne, même si elle semblait douter de la plausibilité de ses propres paroles.

L’orateur d’origine jeta un coup d’œil. « Vous pensez vraiment que c’est vrai ? »

L’autre soldat a simplement haussé les épaules en réponse.

Une voix froide traversa l’air au-delà de la périphérie de leur petit cercle. « Je vous suggère, Sergent, de ne pas laisser vos hommes s’engager dans des conversations aussi inutiles et potentiellement subversives. »

Krenlan s’avança dans le rassemblement, la lumière vacillante du feu lui donnant des traits déjà très durs et un penchant encore plus cruel.

« J’ai entendu dire que vous avez eu un coup dur aujourd’hui, Fenton. » Ce regard froid et calculateur était de retour dans les yeux du commissaire. « Sauvé par des réactions presque prescientes de votre part, me dit-on. »

Fenton pouvait sentir les yeux cliniques de l’homme qui l’évaluait, lui perçaient le cœur et le pesaient. En vérité, le Sergent ne pouvait pas plus que les autres expliquer ce qui s’était passé. Les sensations qui l’avaient traversé à ce moment ne ressemblaient à rien de ce qu’il avait pu ressentir auparavant. Il avait également la forte impression que, s’il révélait des détails sur ce qu’il avait vécu, les événements pourraient mal tourner pour lui aux mains de leur impitoyable Commissaire. Mais Krenlan l’observait toujours, attendant avec impatience une réponse, et Fenton pouvait sentir la chaleur monter en lui à nouveau, la pièce se refermant autour de lui alors que son cerveau se mettait à bourdonner.

Il commençait à se sentir perdre le contrôle lorsqu’un membre de son équipe, sentant les problèmes qui se préparaient, s’est interposé. « C’est la chance de l’Empereur, monsieur. Le Sergent a toujours eu cette chance. »

D’autres hochaient la tête en signe d’accord, mais le regard du Commissaire ne s’éloignait jamais de celui de Fenton. « C’est ainsi ? »

Krenlan se retourna pour partir, mais s’arrêta brièvement pour jeter un dernier regard en arrière dans la direction du Sergent.

« Je vais vous surveiller, Sergent. Je suis impatient de voir votre performance sur le champ de bataille, surtout à la lumière des récents événements. » Et avec ces mots d’adieu, le Commissaire parti.

Fenton laissa échapper une longue respiration en sentant son corps se détendre, soudainement épuisé au-delà de toute mesure. « Je vais me coucher. »

Il s’est éloigné du groupe, un sentiment de crainte froide lui remplissant les tripes alors que le son des conversations calmes des soldats s’éloignait.

La sensation de chute était palpable. L’obscurité totale de son environnement ne permettait pas de savoir où il se trouvait, mais l’air chaud et puant qui passait devant son visage indiquait la vitesse effrayante à laquelle il plongeait vers le bas. La première réaction de Fenton avait été de paniquer, s’agitant futilement pour tenter de ralentir sa descente. Au milieu de ce brouillard de terreur qui l’obscurcissait, il n’avait guère l’occasion de se demander comment il en était arrivé là. Il ne pensait qu’à la possibilité de toucher le fond en premier, ou à la possibilité que ce soit la collision avec le côté de la structure dont il avait été éjecté qui mettrait fin à son existence agitée.

Lentement, la partie rationnelle de son cerveau commença à se réaffirmer. Le corps de Fenton était encore inondé d’un mélange enivrant de peur et de confusion imprégnée d’adrénaline, mais il commença à remarquer davantage son environnement immédiat.

Ce qu’il avait d’abord pris pour des courants d’air fouettés semblait avoir un flux et un reflux à leur passage, ce qui n’avait aucun sens s’il tombait. Il se serait plutôt attendu à ce que la férocité de son passage augmente régulièrement à mesure qu’il prenait de la vitesse, mais le soldat avait commencé à remarquer un semblant de rythme aux rafales qui secouaient son corps comme un ragdoll.

On aurait presque dit le souffle fétide d’un vil charognard, son souffle géant et rageur l’engloutissant par vagues successives de nausées. Mais cela n’expliquait pas l’apesanteur qu’il ressentait, ni le fait que ses vêtements semblaient immobiles, malgré le sens du mouvement. Rien dans cet endroit n’avait de sens.

Soudain, Fenton sentit ses bras et ses jambes tirés violemment vers l’extérieur, les muscles de ses membres ayant des spasmes pour protester contre la force soudaine et inattendue qui leur était appliquée. Il sentait les ligaments se tendre dans l’effort de maintenir son corps uni alors que sa forme était tordue et étirée, et il fermait instinctivement les yeux, malgré l’obscurité, pour laisser échapper un cri de douleur abject et déchirant face aux immenses contraintes qui pesaient sur son corps.

Apparemment, en réponse, une pléthore de fouets sont sorti de l’obscurité et se sont enroulés autour de lui, d’abord son torse, puis le reste de son corps. Des ardillons et des crochets tranchants alignés sur la face interne des vrilles vicieuses, creusaient leur chemin à travers ses vêtements et mordaient profondément dans la chair tendre qui se trouvait en dessous. Ils enveloppèrent son visage et sa tête, écrasant l’air de ses poumons alors qu’ils se resserraient de plus en plus, creusant au plus profond de lui et laissant des stries brûlantes le long de chaque fibre musculaire exposée.

L’esprit de Fenton explosa de douleur. D’une certaine manière, il était encore conscient, mais tout son être était rempli d’un misérable sentiment de terreur qui était presque pire que la panique étouffante qui l’avait englouti quelques instants auparavant. Il essaya de se défouler, de se libérer, mais ses membres se sentaient faibles et inefficaces, leurs mouvements lents et non coordonnés.

Alors qu’il était certain qu’il allait succomber aux tourments qui lui étaient infligés, Fenton sentit un soudain courant d’air remplir ses poumons. Sa vision est lentement revenue et il réalisa qu’il pouvait à nouveau bouger en regardant autour de lui, étourdi et confus.

C’était la nuit et son équipe l’entourait, tous profondément endormis. Ses poumons étaient encore en train d’atteler désespérément de haut en bas, essayant de pomper l’oxygène vers le reste de son corps. Le Sergent essaya de reconstituer ce qui s’était passé. Sa tête lui faisait terriblement mal, et dans ces moments d’éveil, l’horreur du rêve lui semblait toujours aussi réelle que lorsqu’il était prisonnier de son subconscient.

Fenton fit disparaître la fatigue en clignant des yeux et essaya de se lever, une étrange démangeaison lui grattant l’esprit. Le soldat se releva en titubant et se sentit aiguisé, des douleurs lancinantes le piquant de tout son corps. Prudemment, ne sachant pas ce qu’il espérait trouver, il défit sa veste et regarda sa poitrine en ruine en dessous. Il s’arrêta brusquement et, en voyant ce qu’il y avait en dessous, commença immédiatement à hyperventiler à nouveau.

Disposées à des intervalles très irréguliers, un réseau de lacérations s’entrecroisent et se frayent un chemin à travers sa peau. Le long de ces plaies hémorragiques se trouvaient des marques de déchirure irrégulières où des sortes de crochet vicieux s’étaient manifestement enfoncées dans la chair.

Fenton a réussi à sortir du bâtiment délabré et à s’éloigner suffisamment loin des autres pour vomir ses tripes dans la rue de la ville. Il était allongé là, tremblant, l’air froid lui soulevant les poils de la nuque à l’approche du bruit lent et régulier des pas bottés.

« Eh bien, qu’avons-nous là ? » demanda Krenlan d’un ton suffisant.

« Ne vous approchez pas de moi ! » Fenton se mis debout, en tirant rapidement sur sa veste pour cacher les marques qui bordaient son corps, sa tête palpitant au fur et à mesure que la pression augmentait. « Savez-vous ce que je pense, Sergent ? » Les yeux du Commissaire scintillent au clair de lune. « Je pense que vous avez gardé un secret. »

Krenlan commença à tourner calmement autour de Fenton qui remarqua qu’il avait laissé son arme de poing à l’arrière avec le reste de cet équipement,. Il se sentait soudain comme une proie prise dans le piège d’un prédateur beaucoup plus dangereux.

« Les secrets peuvent être dangereux. » Le Sergent regarda le Commissaire doigter la poignée de son Épée Énergétique. « Pour tous ceux qui sont impliqués. » « Je ne sais pas ce que vous voulez dire, » s’exclame Fenton.

« Oh, je crois que si. » Krenlan poussa un soupir de résignation, puis s’arrêta et regarda le Sergent avec un intérêt sincère. « Pensiez-vous être le seul ? » Fenton pouvait sentir ce bourdonnement nauséabond remonter dans sa tête, l’air autour de lui commençant à crépiter avec une énergie à peine contrôlée.

« Nous l’avons beaucoup vu avec la récente incursion de la Flotte-Ruche, » poursuivit le Commissaire. « De plus en plus, les faibles et les corrompus, comme vous, sont de plus en plus nombreux. » Ce sourire froid était de retour. « Perdant le contrôle du peu de maîtrise qu’ils ont sur leurs capacités perverses. »

« Qu’est-ce que vous dites ? » Le Sergent senti sa peur se transformer en quelque chose de dur et de fort. « Vous savez ce que j’ai à faire, » répondit le Commissaire, serrant sa main autour de la poignée de son Épée Énergétique.

Fenton s’est précipité vers Krenlan, son cerveau brûlant de douleur et le monde autour de lui explosant en une grande boule de lumière. Il était faiblement conscient de son corps qui volait à reculons, de sa conscience qui s’évanouissait - dans ce qu’il n’imaginait pas - et des chuchotements, la folie bruyante qui s’élevait en lui, pour effacer toute conscience de soi qu’il avait pu avoir autrefois.[9]

L'Ombre

Le Capitaine Olson regarda avec horreur les grandes formes pâles dégorger des milliers d’éclats dans le vide. Alors que les adeptes-Auspex essayaient sans succès de les suivre, il vit que chacun d’eux était une miniature de son vaisseau-mère, semblable à un insecte et totalement étranger. Des plaques de matière sombre et osseuse étaient maintenues ensemble par des étendues sinueuses de fibres musculaires pâles et des feuilles de chair, sous lesquelles se trouvaient des organes roses pulsés dont Olson craignait de deviner le but. Ils se faufilaient à travers les lances du feu impérial avec une facilité peu naturelle.

Il hurla « Impact ! » alors qu’une douzaine d’échardes qui avaient échappé aux canons de l’Horizon perçaient les capteurs de périmètre du navire, provoquant des gémissements d’alarmes et des éclairs sur le pont de contrôle. Un instant plus tard, l’Horizon frissonna violemment lorsque les créatures-navires heurtèrent la coque. Les équipages furent projetés en travers de leurs terminaux alors que les cloisons endommagées provoquaient des éruptions de feu.

Les lumens s’éteignirent, les plongeant une seconde dans l’obscurité totale, puis l’illumination rouge des électroscopes de secours éclaira la scène du chaos. Olson étudia les dégâts. Des blessés gisaient à travers la pièce, certains criaient, d’autres étaient mortellement silencieux. Le Lieutenant Madden arrosait un feu avec un répulsif provenant d’une autopompe.

Olson regarda ses mains, serrant la barre devant lui. Ses articulations étaient blanches, mais il savait que s’il lâchait prise, il ne pourrait pas contrôler les tremblements. Les tremblements s’étaient aggravés depuis qu’ils avaient trouvé le Navigator en train de se peler les doigts il y a trois jours. Ils ne savaient pas alors ce qui avait causé la folie du misérable, mais ils le savaient maintenant.

Les deux vaisseaux jumeaux pâles remplissaient le pont d’observation et Olson sentit un esprit malveillant qui le regardait fixement en arrière, le sondant.

« Nous avons été abordés ! »

Le cri coupa sa rêverie involontaire. Depuis le panneau d’affichage, il pouvait entendre des rapports de créatures dans les couloirs, chaque message étant interrompu par un cri violent. Avant qu’il ne puisse agir, les portes du pont furent violemment ouvertes, comme si elles n’étaient que des feuilles. Olson ne pouvait pas dire si les terribles cris provenaient du métal qui se déformait ou de la misérable créature elle-même.

Elle s’est introduite dans la pièce, mesurant au moins deux mètres de haut, le visage fendu par une bouche aux dents acérées et la tête couronnée d’une haute carapace cornue. Dans l’une de ses trois paires de membres, elle tenait quelque chose qui ressemblait à un fusil, une arme qui semblait être formée de la même matière organique que la créature elle-même. Les griffes noires qui inclinaient ses membres supérieurs articulés brillaient cruellement dans la lumière rouge.

« Par le Trône… » souffla Olson.

Pendant une fraction de seconde, personne ne bougea. Les membres survivants de l’équipage de la passerelle fixèrent la créature comme si elle venait de se manifester à la suite de leurs cauchemars, puis le Lieutenant Madden cria quelque chose d’incohérent et ouvrit le feu avec son Pistolet Laser. Ceux qui ont pu se libérer de leur crainte suivirent son exemple.

Olson lâcha la barre et retira son arme de son étui en tremblant. Il tira un barrage sur la créature, qui se tenait au centre du feu concentré comme si elle s’y prélassait. Puis elle se déplaça, apparemment sans dommage, sur le côté avec une grâce surprenante pour tirer avec sa propre arme.

Olson lutta contre ses nausées en regardant son équipage se réduire, se tordant dans une sorte de fluide organique qui faisait fondre les vêtements et la chair. Il tira à nouveau, mais la chose était en mouvement maintenant, dressant des murs et fauchant à travers les débris pour échapper à son assaut.

Le Capitaine regarda à bout de souffle autour de la pièce, faisant le point sur les morts et les mourants. Madden était encore en vie, accroupi derrière un terminal, son arme tirant toujours, bien qu’il avait une méchante brûlure sur sa jambe. La créature longeait maintenant l’avant du pont près du port d’observation, laissant les portes en ruine du reste du navire dégagées. L’armurerie du pont était à deux pas.

« Retenez-le ici ! » cria Olson à Madden en entendant le cri des armes, avant de franchir les portes et de se précipiter dans le couloir.

La lumière d’urgence pulsait, donnant l’impression que la scène qui se déroulait devant lui était à l’arrêt. Le couloir était rempli de corps, certains immobiles, d’autres se tordant comme s’ils étaient en feu. Les morts n’étaient pas tous humains ; parmi eux, quelques Xenos plus petits étaient immobiles, ce qui lui donnait l’espoir que l’Empereur était toujours avec eux. Les membres de l’équipage qui avaient survécu à l’attaque initiale utilisaient les cadavres comme couverture pendant qu’ils tiraient sur les horreurs qui venaient.

Une douzaine de créatures ou plus se faufilaient dans les ombre, les lumières ondulantes illuminants des dents grinçantes, des griffes polies, des langues fouettantes et des abdominaux pâles et côtelés. Ces créatures étaient toutes plus petites que la bête qui avait envahi le pont, mais elles étaient nombreuses et se déplaçaient presque trop vite pour que l’œil puisse les suivre.

Olson pris position aux côtés d’une femme qui était accroupi derrière un cadavre chitineux et ajouta son pistolet à la tempête de feu.

Il cria « Quel est ton nom, soldat ? » au milieu du vacarme.

Elle regarda autour d’elle, surpris de voir son Capitaine soudainement à ses côtés.

« Sims, monsieur, » cria-t-elle en retour.

Olson fit un geste derrière lui en direction du pont.

« N’allez pas par là, » dit-il. « Nous avons besoin d’une plus grande puissance de feu. Je vais chercher les armure dans l’armurerie. Couvrez-moi ! »

Sims acquiesça d’un signe de tête sinistre et reprit son tir tandis qu’Olson sautait par-dessus la barrière de cadavres et courait à toute allure dans le couloir, en abattant de son pistolet des créatures. Il s’agissait sans aucun doute de Bioformes de moindre importance, capables de ne prendre que quelques balles avant de s’effondrer. Cependant, de plus en plus de créatures se déversaient dans le couloir à partir de points d’entrée situés plus bas, et seul le feu constant de l’équipage les empêchait d’envahir entièrement le pont.

Olson avait la porte de l’armurerie dans sa ligne de mire lorsque quelque chose le heurta par la droite, le projetant contre la cloison. Il était cloué sur place et pouvait sentir le froid, l’os dur de la créature se presser contre lui. Il lui grinçait des dents et il fallait toute la force d’Olson pour maintenir sa tête à quelques centimètres de la sienne. Il s’étouffait avec l’odeur alors qu’elle s’arrachait la poitrine avec ses griffes. C’était la puanteur de quelque chose de véritablement Xenos, d’un autre endroit, d’un autre monde si lointain et si étrange qu’il ne pouvait l’imaginer.

Puis sa tête explosa dans un nuage d’ichor et elle tomba en se tortillant sur le sol. Sims se tenait au-dessus d’elle, son fusil fumant.

Le Capitaine fit un signe de tête de remerciement.

« Monsieur, vous êtes blessé. » Sims pointa sa poitrine.

Sa chemise était en miettes et la chair en dessous était marquée de profondes lacérations.

« Je vais m’en sortir, » dit-il, en pressant une main contre les blessures. « Retenez-les. »

Sims se retourna, s’agenouillant derrière sa dernière victime pour abattre une autre bête de somme qui s’attaquait au couloir.

Olson entra son code et la porte de l’armurerie s’ouvrit. C’était un casier annexe, juste assez grand pour qu’une personne puisse s’y tenir, mais il contenait une petite collection d’armes lourdes. Il choisi un Lance-Flammes. Vérifiant que le bidon de carburant était plein et marmonnant une rapide prière d’armement, il s’est retourné dans le couloir et déclencha une nappe de feu sur une bande de Xenos qui était sur le point de submerger la tête de pont de l’équipage. Les créatures crièrent alors qu’elles étaient enveloppées de flammes, et coururent en désordre vers les canons de l’équipage qui les attendait.

Après quelques secondes de tirs frénétiques, l’équipage fut taire ses armes. Rien ne bougeait dans le couloir. Tout était calme, sauf les nuages de poussière qui descendaient du plafond.

Puis il y eut un cri perçant derrière eux.

Olson se retourna pour voir Madden sortir de la brume. Il semblait flotter pendant un moment, mais le Capitaine vit alors, à son grand effroi, que le Lieutenant était empalé sur la griffe de la monstrueuse créature qui le tenait en l’air comme un horrible trophée. Madden était mort, son visage exprimant une image de pure terreur.

Olson grogna, enterrant sa culpabilité sous une vague de colère. Il se précipita dans le couloir vers son ennemi, laissant le Lance-Flammes déverser sa vengeance. Il pouvait sentir l’Esprit de la Machine de l’arme se déchaîner et il n’essaya pas de l’apaiser. La créature poussa un cri contre nature, enveloppée dans un feu sacré. Elle tituba vers l’avant de quelques mètres, et pendant un moment Olson craignit qu’elle ne l’atteigne, mais elle se replia alors vers l’avant, tombant au sol dans un tas de chitine noircie et de chair brûlée. Olson cracha sur son cadavre grésillant alors qu’il marchait dessus en revenant vers le pont.

La bataille était terminée. Sur les vingt Frégates Impériales qui avaient formé la flotte, seules deux restaient intactes. Les autres étaient des épaves fumantes, ouvertes sur le vide et éventrées, mais ils étaient victorieux. Les deux Biovaisseaux Xenos étaient en fragments, leur cargaison immonde livrée sans cérémonie dans le vide. Olson, dont les blessures avaient été pansées à la hâte, regardait à travers le hublot, tandis que les restes de l’escarmouche pendaient silencieusement dans l’obscurité.

« Je reçois une missive de l’Atlas, Capitaine, » annonça la nouvelle adepte-vox. Son prédécesseur faisait partie des centaines de cadavres d’humains et de Xenos gisant dans la soute.

Olson fit un signe de tête et pris la relève.

« L’Atlas, ici le Capitaine Olson de l’Horizon. Quel est votre statut ? »

« Ici le Sous-Officier Huber, monsieur, » la voix se fit entendre avec un grésillement. Olson pouvait entendre le vacillement. « Je dois vous annoncer que l’Amiral Winters est mort, monsieur, comme tous les officiers supérieurs. Nous avons subi de lourds dégâts, mais les Technoprêtres ont reconstitué les principaux systèmes, l’Empereur soit loué. Les pertes… trop nombreuses pour être comptées. »

« Compris, Sous-Officier. Nous sommes dans une situation similaire ici. Avec la mort de l’Amiral Winters, je vais m'occuper de… ce qui reste de la flotte. Je veux un rapport horaire sur toutes les réparations et… »

« Capitaine, » interrompit l’adepte-Auspex, sa voix basse mais son ton assez grave pour l’interrompre.

« Qu’est-ce qui a ? »

« Sous-Officier, » dit-elle encore, comme si elle luttait pour le mot suivant. Elle était penchée sur l’Auspex, le regard incrédule.

« Capitaine, au rapport. »

« Une ombre massive sur l’Auspex, monsieur. Des centaines de signaux. Tous venant par ici… » Elle se tut.

Il s’est rendu à son poste et chercha. Elle avait raison. Une énorme masse de navires Xenos était en route.

« C’était juste l’avant-garde, » chuchota t-il. Pendant un instant, il ne put que fixer le vide, et en réponse, il sentit leur présence, une vaste intelligence extraterrestre qui cherchait à le trouver. Il s’est secoué et a rouvert la vox.

« Huber, nous avons d’autres Xenos qui arrivent, pouvez-vous confirmer ? »

Il y a eu une pause, puis, d’une voix tremblante, « Confirmé, Capitaine. »

« Nous devons avertir le commandement, » dit Olson. « Ils vont envahir tout le système. »

« Mais comment, monsieur ? » demanda Huber. « Nous ne pouvons pas leur envoyer de signal, nous sommes trop loin. Et le Warp… » Il hésita, sa voix remplie d’horreur.

« Nous n’avons pas le choix. Nous devons tenter notre chance. »

« Par le Warp, Capitaine ? » demanda Huber, incrédule. « Mais l’ombre… la Cicatrix Maledictum… les Navigators… » Il murmura une prière de mise en garde. « Il y a trop de dangers. Nous n’y arriverons jamais. »

« Nous mourrons si nous restons ici, tout comme les autres âmes vivantes du système. Qu’est-ce qui pourrait être pire ? »

Huber ne donna aucune réponse, ce dont Olson lui fut reconnaissant. Beaucoup de choses pourraient être pires, mais il n’y a pas lieu de s’attarder sur ce fait.

« Sous-Officier, préparez l’Atlas pour le voyage Warp, » ordonna Olson, en régimentant sa voix sur le ton le plus autoritaire qu’il puisse trouver. Puis, à son propre Techno-Magos, « Réveillez le Navigator. Calculer les coordonnées pour le saut. »

Le Capitaine jeta un dernier regard sur la dévastation qui l’attendait. Il l’imaginait s’étendre à tout le système, des flottes et des planètes entières réduites en poussière. Il pouvait sentir un grattement au fond de son esprit, un murmure sans paroles, une menace insondable juste au-delà de la limite de la compréhension.

« L’Empereur nous guide, » dit-il, alors que les sirènes du navire résonnaient et que les lumens commençaient à clignoter. Les gémissements du Navigator sur le vox étaient un son impie, et Olson fit un signe d’avertissement avec ses mains alors qu’il regardait les visages pâles de son équipage. Les horreurs qu’ils avaient affronté aujourd’hui n’étaient rien comparées à celles qui se trouvaient dans le royaume de la terreur dans lequel ils s’apprêtent à entrer. Mais ils devaient y entrer.

+++

Le Sergent Copeland tapa sur l’épaule de son chauffeur et le véhicule s’arrêta en tremblant.

« Là-bas, » dit Copeland, en pointant l’Auspex. « Quelque chose… je ne peux pas le distinguer. Nous allons changer de direction pour enquêter. »

La caravane des Taurox s’élança à travers les sables blancs vers la coque noire de l’Horizon. Alors qu’ils s’approchaient, Copeland regardait à travers les points de vue. C’était une Frégate Impériale, enterrée en grande partie dans le sable, avec une seule partie de sa cloison inclinée qui dépassait de la dune. Elle avait subi de nombreux dégâts, et d’étranges enveloppes blanches s’accrochaient à sa coque comme des tiques dans la peau.

Les Taurox s’arrêtèrent à côté de l’épave et Copeland débarqua.

« Avec moi, » dit-il à l’escouade de Gardes Impériaux qui le suivit. « Procédez avec prudence. L’Empereur veille sur nous. »

Ils avancèrent en formation, les Fusils Laser levés, s’approchant lentement du navire. Derrière eux, les autres escouades sortirent de leurs véhicules pour former un périmètre.

Copeland trouva une trappe accessible et l’ouvrit au moyen d’une clé. Les mécanismes du navire étaient grillés, les lumières s’allumant et s’éteignant de manière spasmodique. Ses hommes l’ont suivi dans le couloir, qui était incliné en raison de la position du navire, les obligeant à enjamber mur et sol en marchant. Il n’y avait aucun signe de vie.

« Nous nous dirigerons vers le pont, » annonça Copeland en ouvrant la voie.

En s’approchant, ils virent que les portes du pont avaient été déchirées par quelque chose. Il y avait des débris partout - des câbles pendaient, des trous se fendaient dans la cloison, des marques de griffes sur le sol.

Un Garde murmura : « Que s’est-il passé ici ? »

« Silence, » s’écria Copeland. « J’entends quelque chose. »

C’était une voix. Une voix humaine, pensait-il. Elle murmurait de façon monotone, bien qu’il ne pouvait pas en distinguer les mots, et elle venait d’au-delà des portes en ruine. Du pont.

Il la traversa et s’arrêta pour regarder la scène. Les corps étaient éparpillés partout, le sang faisant coller ses bottes au sol. Certains étaient allongés sur leurs terminaux, d’autres étaient effondrés en tas près du mur. Beaucoup étaient partiellement écorchés, leurs peaux se trouvant dans leurs propres mains maculées de sang.

Le Capitaine, qui se distinguait par son uniforme en lambeaux, était assis dans le fauteuil de commandement, les yeux arrachés.

Copeland fixa la scène sinistre devant lui, avalant sa bile, puis fit un bond en arrière lorsque le Capitaine bougea soudainement, le fixant du regard.

« L’ombre intérieure et l’ombre extérieure, toujours affamée, déchirante, » chuchota l’officier de la Marine. « La première, la dernière, la plus grande, la plus ancienne des ombres, ancienne, au-delà… »

« Que le Trône nous vienne en aide, » murmura le Sergent. « Comment ce misérable avait-t-il survécu à cette horreur ? »

« L’esprit, l’œil, toujours à l’affût, toujours affamé…, » dit le Capitaine. « Je dois transmettre… je dois dire… je dois les avertir… des mots… pas de mots… je n’ai pas de mots ! » Le dernier son fut crié avec une telle force qu’elle fit sursauter Copeland.

« Il faut les avertir, » répétait le Sergent. « Les avertir de quoi ? »

Mais le Capitaine du navire ne semblait pas savoir qu’on lui parlait.

Il murmura : « Griffes, grattage, passage. L’esprit, l’œil, l’ombre… »

« Je crains qu’il n’ait perdu l’esprit, » déclara Copeland. « Il ne dit rien d’autre que de la folie. Nous devons signaler cette hérésie au commandement. »

Alors que l’escouade quittait le navire et revenait vers ses transports, Copeland sentit une étrange égratignure à l’arrière de son crâne, comme si mille griffes s’enfonçaient dans son cerveau. Il crut entendre à nouveau la voix du Capitaine, chuchotant de manière inintelligible, et se retourna même, s’attendant à moitié à le voir se tenir dans le sable derrière lui.

Mais il n’y avait là rien d’autre que sa propre ombre.[10]

Sanguine

On dit qu’un Space Marine ne connaît pas la peur.

Frère Achilleo y pensait alors qu’il s’agenouillait dans la boue tandis que des torrents de pluie acide se déversaient sur lui, ternissant son armure dorée. Il y pensait en respirant lourdement, non seulement à cause des blessures qu’il avait subi, mais aussi parce que ses poumons coagulaient avec des spores et des toxines Xenos. Les deux se révéleront mortels même pour son métabolisme avancé.

Il allait mourir, il savait qu’il allait mourir et il pensa à la peur. Il savait aussi que les Xenos l’observaient depuis les ombres. Des milliers et des milliers d’yeux scintillant entre les colonnes brisées de la cathédrale impériale en ruine, se fixant sur le Garde Sanguinien avec un seul esprit.

La Garde Sanguinienne… aussi exaltée par rapport à ses Frères de Bataille inférieurs qu’ils le sont pour les Humains normaux. Achilleo a été témoin des deux guerres cataclysmiques sur Armageddon et y a vu mourir le grand Erasmus Tycho. Il a combattu la traîtresse Alpha Legion dans les profondeurs de la Nébuleuse de Sinfall et usée sa lame contre la menace Nécron sur Galterian Prime. Il était là lorsque les Tyranides sont tombés sur le système de Baal, il a vu l’espoir presque disparaître puis renaître lorsque le Seigneur Guilliman a offert aux Blood Angels leurs nouveaux Frères de Bataille Primaris.

Et pourtant, le voilà à genoux. Des centaines d’années de service étant sur le point de s’achever. Son Réacteur Dorsal ne fonctionnait plus depuis quelques jours. Ses magnifiques ailes reposaient maintenant dans la terre à côté de lui, mutilées, éclaboussées du sang des Xenos de sa dernière rencontre. Sa lame encarmine, un travail d’artisan forgé il y a des milliers d’années sur Baal Secundus, était brisée. La moitié supérieure de la lame était manquante. Son Bolter, l’arme emblématique d’un Space Marine, était à sec, et n’était plus qu’un poids inutile pour lui maintenant. Son Armure d'Artificier était déchirée. Son sang empoisonné coulait de dizaines de blessures.

C’était la fin. Les créatures étaient tout autour de lui, se rapprochant, impatientes de tuer pour la dernière fois. Il le savait. Il pouvait entendre la pluie ruisseler sur des milliers de carapaces chitineuses, dégoulinant des dents nues. Achilleo pensa à la peur et ferma les yeux.

Des nuages noir violacé obscurcissent le ciel de Calata VI. Le Monde-Paradis impérial, autrefois magnifique, était en train de mourir. C’était un endroit paisible, une oasis dans une galaxie de folie - pour les quelques citoyens impériaux qui pouvaient se permettre de venir ici. Mais lorsque l’essaim était descendu, le monde était rapidement devenu un piège mortel. Les Forces de Défense Planétaire avaient été anéanties en quelques jours, les parcs et les jardins d’agrément soigneusement entretenus qui s’étendaient sur la planète devenant des champs de bataille envahis par des créatures cauchemardesques. Les Blood Angels avaient répondu à l’appel à l’aide, bien qu’ils aient déjà été dispersés, essayant de repousser les Tyranides sur plus de fronts que jamais auparavant. Eux aussi ne pouvaient pas arrêter le raz-de-marée d’horreurs à multiples facettes qui se déchaînait sur le monde verdoyant et luxuriant.

Tant de Frères de Bataille étaient tombés, mais Achilleo et ses hommes continuaient à se battre. Ils étaient tout ce qui restait de la Force de Frappe des Blood Angels - le Frère Gianluca, le Frère Vasco et lui-même. Trois hommes de la Garde Sanguinienne, les meilleurs guerriers que les Blood Angels avaient à offrir. Ils n’ont pas voulu céder.

« Ce monde se meurt, et nous mourrons avec lui, mes frères. » Gianluca a fléchi le poing en regardant fixement les nuages au loin. De temps en temps, un flash vert écœurant illuminait la scène, soulignant avec précision les innombrables formes ailées et les Tours Capillaires des Tyranides. Elles aspiraient toute la force vitale nutritive de ce monde pour nourrir les gigantesques vaisseaux vivants en orbite.

« C’est vrai, » répondit Achilleo, « mais chaque créature que nous tuons coûte encore à l’essaim. Chaque citoyen que nous pourrions encore réussir à évacuer le fait encore plus. »

Gianluca renifla. Il n’avait jamais eu le caractère d’un guerrier de la Garde Sanguinienne. « Regarde autour de toi, mon frère. Il n’y a plus de citoyens à évacuer. Il n’y a que nous. »

« Contacts multiples, » dit Vasco, son ton calme interrompant ses frères.«  Ils se rapprochent de la cathédrale au sud d’ici. » Il leva les yeux. Son visage n’avait pas révélé ses pensées. Il n’avait pas à le faire. « Par multiples, je veux dire des milliers. Je suppose que c’est un essaim nourricier. »

Achilleo acquiesce. C’est ainsi que tout se termine « Combien de temps avant qu’ils n’arrivent ? »

« Une heure. Peut-être moins. »

Gianluca a une fois de plus fléchi son Gantelet Énergétique. Les engrenages et les servomoteurs gémissaient, encombrés de sang et de viscères extraterrestres provenant de jours de combats quasi permanents. « Très bien alors. Un essaim nourricier, » dit-il. « J’ai toujours voulu chasser un de ces Haruspex. »

Vasco était sur le point de répondre lorsqu’une forme explosa d’un liquide visqueux d’une fontaine autrefois délicate derrière lui. D’énormes serres s’abattirent sur lui et le saisirent par les bras. Des tentacules humides s’enroulèrent autour de sa tête et s’introduisirent violemment dans chaque ouverture. Tout s’est passé en une fraction de seconde.

« Lictor ! » Gianluca s’empressa d’aider son frère, mais Vasco avait déjà expiré. Le Lictor écarta le corps du fier guerrier et siffla lorsque Gianluca s’approcha, ses griffes maculées de sang au-dessus de sa tête, s’ouvrant et se refermant par anticipation.

Achilleo s’écrasa sur le flanc de la bête, la renversant. Son épée s’abattit d’un coup dévastateur, mais la créature était trop rapide, bondissant hors du chemin et le frappant d’une de ses griffes. La chitine tranchante lui mordit profondément la poitrine et l’envoya en l’air.

En tombant contre la fontaine, Achilleo vit le Lictor tourbillonner pour accueillir Gianluca. Les serres de la bête se déchaînèrent, mais elles frappèrent l’air, car Gianluca utilisa le dernier reste de carburant de son Réacteur Dorsal pour se propulser vers le haut. La Garde Sanguinien serra son Gantelet Énergétique, rugissant de colère alors qu’il descendait sur le Tyranide. Comme une comète dorée, il s’écrasa sur la bête, la force de son impact étouffant momentanément le tonnerre lointain.

Le Lictor était prêt à le recevoir, connaissant déjà tous ses mouvements grâce aux informations aspirées dans le crâne de Vasco. Quelques instants avant que le Gantelet Énergétique n’atteigne son but, la bête de chasse Xenos évita le coup. Ce qui aurait dû être un coup mortel s’est plutôt écrasé sur le sol, le champ de perturbation du poing faisant exploser un cratère noirci. En sifflant, la bête a saisi Gianluca par son Réacteur Dorsal et le décapita d’un grand coup de griffe.

Achilleo regarda le casque d’or de son Frère de Bataille tomber. D’un léger bruit sourd, il se posa sur le sol boueux et roula vers lui. Le Lictor grogna et lâcha le corps du Space Marine alors que le sang jaillissait encore du cou coupé.

En quelques secondes, deux héros de l’Imperium étaient morts, mais le troisième respirait encore. Achilleo se releva, ignorant la douleur de sa blessure à la poitrine. Il souleva son Bolter Angelus et tira une rapide salve de Bolts, mais ne toucha rien. La créature blessée s’était enfuie. Avec un sentiment de désespoir, Achilleo réalisa qu’il était seul. Alors qu’il regardait les corps mutilés de ses Frères de Bataille, un autre coup de tonnerre retentit d’en haut.

Ses cœurs battaient la chamade alors qu’il luttait contre la colère qui montait en lui. Lentement, il se dirigea vers le dernier endroit où il avait vu le Lictor avant qu’il ne disparaisse. D’épaisses flaques de sang de Xenos se déversaient dans l’ombre. Au sud. Les yeux d’Achilleo se rétrécirent. « Tu vas payer, » chuchota-t-il, se dirigeant vers la cathédrale au loin qu’il soupçonnait être l’antre de la créature.

Une demi-heure plus tard, le guerrier doré a franchi une porte imposante pour pénétrer dans l’obscurité humide de la cathédrale. Il faisait peut-être jour ou nuit, cela ne faisait plus de différence ; le toit du bâtiment avait été déchiré par le bombardement continu des Spores Mines, mais le ciel était rempli d’ombres et d’horreur immenses, effaçant toute lumière du soleil.

Achilleo toussa en regardant autour de lui. Sa blessure ne se refermait pas correctement, et d’étranges spores et poisons des Tyranides remplissaient l’air, changeant et affaiblissant chaque forme de vie sur la planète pour une absorption finale. Achilleo estima que la planète serait morte en quelques heures.

Des cliquetis et des bruits de claquements l’entouraient. Il avait vu des tapis d’essaims de Voraces sur son chemin, les organismes d’avant-garde de l’essaim nourricier. Ils l’ignoraient, possédés par le besoin de dévorer et d’absorber, dépouillant la terre de toute matière organique qui ne se débattrait pas. Achilleo pensa au corps de ses Frères de Bataille avalés. Perdu à jamais.

Il y avait des centaines de créatures dans l’obscurité qui l’entourait, s’amassant à chaque seconde qui passait, observant et attendant. Comme il l’avait espéré, l’Esprit-Ruche essayait de minimiser les pertes. Peut-être ne voulait-il pas gaspiller de précieuses ressources, c’est pourquoi il a envoyé la seule bête qui savait exactement comment Achilleo allait se battre. C’était la créature qu’il avait suivie jusqu’ici. Celle qu’il était venu tuer.

Le Lictor a surgi de l’ombre entre une rangée de colonnes ornées au-dessus d’Achilleo, essayant de l’abattre comme Vasco. Mais lui aussi avait appris.

Achilleo se retourna pour parer le coup des serres de la faucheuse, sa lame encarmine résonnant de la puissance de la frappe. Il recula et tira une rafale de balles d’assaut qui frappa la jambe gauche du Lictor. Un coup, deux coups, click, click, click… l’Esprit de la Machine de l’arme était épuisé.

Pourtant, d’énormes morceaux de chair avaient explosé de la jambe du Lictor au moment où les balles d’assaut l’ont touché. La bête rugit et se propulsa vers Achilleo. Ses griffes déchirantes s’emparèrent des ailes qui embrasaient son armure et les arrachèrent dans une rafale d’étincelles de colère. Alors qu’Achilleo et le Lictor tombaient, il enfonça sa lame profondément dans la poitrine blessée de la bête, élargissant la blessure que son frère avait faite.

Lorsque les deux guerriers tombèrent, l’épée glissa dans la chair du Tyranide, s’enfouissant jusqu’à la poignée. Le monstre continua à se battre. L’une de ses griffes arracha le casque d’Achilleo et ses tentacules torsadées lui tâtonnèrent le visage, leurs excroissances osseuses déchirant sa chair.

« Allons, mettons fin à tout cela, » grogna la Space Marine.

Leurs pas étant instables, les deux combattants saignants s’approchèrent l’un de l’autre en titubant. Un éclair déchira le ciel au-dessus d’eux, illuminant la scène pendant une fraction de seconde. Les ruines autour d’eux grouillaient de milliers de créatures Tyranides.

Lorsque Achilleo et le Lictor se rencontrèrent, un coup de tonnerre a suivi l’éclair et la pluie commença à tomber.

On dit qu’un Space Marine ne connaît pas la peur.

C’est vrai.

Achilleo ouvrit les yeux. Le Lictor immobile était couché à côté de lui. Il était vaincu. Mort.

Utilisant sa lame cassée comme support, Achilleo se releva une dernière fois. Ses lèvres ensanglantées se fendaient en un sourire de défi alors qu’il leva la tête pour regarder l’essaim de créatures qui s’approchaient et qui jaillissaient de l’ombre, hurlant sa haine aux extraterrestres. Ses yeux rencontraient ceux d’un énorme Guerrier Tyranide, et il sentit l’Esprit-Ruche le fixer, au plus profond de son âme. S’il espérait voir la peur, il fut déçu.

Il ne vit que l’obscurité. Alors que la fin approchait, Achilleo se réjouissait de l’obscurité totale qui agitait son sang, de la terrible rage qu’il a retenue toute sa vie. Dans son dernier moment, la malédiction de Sanguinius lui donnera la force de mourir debout.

Le Guerrier Tyranide poussa un cri de prédateur et faisait appel à son ost d’horreurs chitineuses pour l’attaquer. Achilleo ria quand ils arrivèrent, en préparant son épée brisée. Il ria parce qu’il savait ce que son ennemi inhumain voyait.

Un Space Marine ne connaît pas la peur. Les Tyranides l’apprendront aujourd’hui, ou aussi près qu’ils peuvent le savoir, et ils ne trouveront aucune victoire dans sa mort.[11]

Le Rituel des Damnés

Rituel des Damnés.
Magnus le Rouge est de retour. Ce demi-dieu perclus d’amertume voit les vents de la destinée balayer l’Imperium. Il pense que l’Humanité doit atteindre son véritable potentiel à tout prix. Reclus dans son repaire, il fomente d’effroyables complots, mais les serviteurs de l’Empereur sont déterminés à contrecarrer ses funestes projets.

Désormais fendu en deux, le domaine de l’Empereur est plongé dans un état d’anarchie d’une ampleur inédite. Une ceinture mouvante de tempêtes Warp lacère la galaxie, au point de la faire ressembler aux entrailles éparpillées d’une proie éviscérée. Si la Grande Faille suscite la terreur chez la plupart des humains, d’autres y voient l’occasion de combler leurs désirs de vengeance et de pouvoir, et de mettre en œuvre de sinistres complots ourdis depuis des milliers d’années.

Après avoir dévasté le système Fenris, foyer de ses ennemis Space Wolves, Magnus le Rouge a transféré la Planète des Sorciers dans l’espace réel. Comble de malheur pour l’Imperium, Magnus a également reconquis son monde natal, Prospero, ravagé des millénaires plus tôt par Leman Russ et ses fils.

Les Space Wolves n’étaient pas les seuls à combattre Magnus et ses Thousand Sons. Ils étaient appuyés par les Chapitres des Chevalier Gris et des Dark Angels, même si de vieilles rancœurs avaient failli les amener à s’entre-tuer.

Malgré leurs différences, les défenseurs de l’Humanité empêchèrent la destruction de Fenris, et à présent que la main de Magnus a été révélée, l’Imperium assiégé ne peut plus ignorer sa menace. Les Chevalier Gris et les Dark Angels sont prêts à contrer ses moindres actes. Après avoir payé un lourd tribut face aux serviteurs de Tzeentch, les Dark Angels ont soif de vengeance. Les Chevalier Gris, quant à eux, demeurent vigilants, conscients que le Roi Pourpre ne reculera devant rien pour mettre en œuvre ses visions démentes du futur de l’Humanité.

Une Meilleure Place

Cheng se dépêche de descendre la ruelle, Siana se rapprochait derrière lui. L’air de la ruelle était chaud comme le sang et proche. Il conspirait avec des fumées à la dérive pour étouffer chaque respiration alors qu’il l’aspirait, et transformer chaque expiration en une respiration humide. L’allée descendait entre les flancs de deux colossales reliquaires de processeurs, avec des arcs de lumière longtemps négligés qui pétillaient et vacillaient sur leurs niveaux supérieurs. Peu de cette lumière atteignait la ruelle. Alors qu’il suivait la descente abrupte dans l’obscurité, Cheng eut l’impression de conduire Siana dans une sorte de monde souterrain styrien. L’Empereur ne peut pas nous voir ici-bas, pensait-il, mais il ne pouvait pas décider si cette notion était réconfortante ou terrifiante. 

« Combien de temps encore ? » demanda Siana, dans un murmure. 

« Tu n’as pas besoin de me demander, n’est-ce pas ? » répondit-il, en gardant la voix basse et en se frayant un chemin dans un tas de caisses en métal renversé. 

« Cheng… » commença-t-elle, avec reproche. 

« Mais c’est vrai, n’est-ce pas ? Tu vaux mieux que ça, Sia, » a-t-il insista t-il. « Mieux qu’eux tous. » 

Sa main tomba sur son épaule, le tournant doucement mais fermement pour lui faire face. Elle se tenait debout avec la faible lumière des processeurs dans le dos, ses traits effrayés presque perdus dans la pénombre des ombres plus profondes qui l’attendaient. 

Cheng, nous en avons déjà parlé. Ce que nous pouvons faire. Ce qui nous est arrivé. » 

« Sia- »

« Ce n’est pas un don ! » 

Cheng s’est rappelé de sa fureur soudaine, bien qu’elle ait réussi à garder sa voix à un sifflement étranglé. Dans les sous-Ruches de Teschor, la peur d'attirer l’attention des Arbitrators était un instinct appris dès la naissance. 

« Et alors ? » demanda-t-il. « Sia, tu peux lire dans les pensées ! Qui peut te mentir ? Qui peut encore te tromper ou t’abuser ? » 

« Ce n’est pas naturel, » déclara Siana, hantée. Elle tordit ses mains. « C’est de la sorcellerie. C’est un péché. C’est une hérésie, Cheng ! Et c’est aussi… » 

Il termina pour elle, le ton est aigre. « Tu ne peux pas te résoudre à le dire, n’est-ce pas ? »  

« Nous ne savons pas pourquoi cela nous est arrivé, » déclara t-elle. Ses yeux étaient grands et brillaient dans la pénombre, le suppliant de comprendre. « L’Ecclesiarchie dit que des malédictions comme celles-ci sont des marques d’hérésie ! De Démons ! Nous devrions prier pour le pardon. Nous devrions aller voir un prêtre, pas… pas ça. » 

« Les Démons, les prêtres, » se moqua Cheng. « Les contes pour enfants et leurs colporteurs. Tu sais quel serait notre destin. Ils auraient un bûcher bien chaud tout prêt pour nous sur la Place des Pénitents, tout comme Rennj et Yaekob. »

« Rennj était fou, » dit Siana d’une petite voix hantée. 

« Et Yaekob ? » demanda Cheng. Elle secoua la tête. 

« Il est allé voir les prêtres en toute bonne foi et ils l’ont brûlé, » dit Cheng, et il constata que la colère et l’horreur de ce jour terrible étaient encore à vif. Siana était sur le point de répondre lorsqu’ils entendirent un bruit sourd venant d’en haut. Des échos se firent entendre le long de la ruelle. Ils se regardèrent avec effroi, pensant tous deux à la même chose. 

Dehors après le couvre-feu. Pas de papiers pour ce niveau. 

Cheng et Siana se sont serrés les bras l’un contre l’autre au milieu des ombres. Ils se regardaient comme des proies, effrayés jusqu’à la paralysie. Le cœur de Cheng se cogna contre ses côtes. Malgré lui, il chercha à atteindre la puissance qui avait fleuri dans son esprit au cours des derniers mois. Il le ressentait, un sentiment de chaleur écœurant qui s’agitait quelque part entre son esprit et son âme. Il essaya de le rassembler, de le préparer pour qu’il puisse effectuer le rituel d’armement d’un pistolet à bout portant. Cela s’éloigna comme si elle avait une vie propre, et dans son esprit, il l’atteignit avec un désespoir croissant. La peau de Cheng était piquée par la chaleur, comme s’il se tenait près d’un fourneau ouvert. Il goûta la saveur cuivrée du sang.

« Rien, » dit Siana en le tirant de sa rêverie. Cheng abandonna sa tentative d’enfermer ses nouvelles capacités, bien qu’il sentait toujours le picotement lorsque l’enroulement s’est calmé. 

« Écoute, Sia, tu voulais le faire autant que moi. Le message disait que si nous voulons que le Sauveur nous emmène vers un endroit meilleur, c’est ça ou rien. Ce soir. Les puisards de vidange entre les processeurs des sanctuaires 9 et 10. »

« Je le sais, » murmura-t-elle, hésitante. « Je le sais, mais… et si c’est mal ? Et s’ils nous brûlaient ? Nous sommes des sorciers, Cheng. » 

« Nous ne sommes pas des sorcières, » déclara t-il avec fermeté. « Ce n’est pas notre faute. Nous n’avons pas fait exprès. Mais ça ne va pas disparaître, et si nous restons ici, ils vont nous trouver et nous tuer. Je ne veux pas mourir pour quelque chose qui n’est pas de mon fait, Sia. Je ne veux pas que cela t’arrive non plus. »

Ils sont restés un moment de plus, figés dans le décor, à se regarder. Puis elle a fait un signe de tête. 

« Dépêchons-nous, avant qu’ils ne nous trouvent vraiment. »  

Ils se sont précipités dans la ruelle jusqu’à ce qu’ils se frayent un chemin dans l’obscurité presque totale. Seule une fine bande de lumière grise restait au-dessus d’eux, lointaine et sombre. Les choses bruissaient et se déplaçaient dans l’obscurité - des quêtes, des éraflures et des cliquetis instables que Cheng n’aimait pas du tout.

Alors qu’il commençait à craindre qu’ils ne finissent la nuit en étant dévorés par des cafards, Cheng aperçut une lueur cramoisie émanant du sol devant lui. Il s’est précipité vers elle et a vu que c’était un œil, d’un mètre de diamètre, peint en pigment rouge en deux volumes. L’œil brillait sinistrement à côté d’un couvercle d’égout qui avait été laissé de travers. 

« Ici, » murmura-t-il. « Aidez moi. »

Les deux mirent leurs doigts sous le métal du couvercle de l’égout et l’ont traîné sur le côté. Le grattage du métal sur la pierre semblait assourdissant.

« Toi d’abord, » dit Siana.

« Non, vas-y, » répondit Cheng, tentant à nouveau de trouver son talent caché alors que les cliquetis et le bruissement continuaient. Elle se glissa devant lui, trouva les barreaux à peine visibles de l’échelle et se précipita vers le bas. Cheng la suivit, remettant la couverture en place au fur et à mesure qu’il avançait. Le bruit du solide cliquetis de métal le remplit de soulagement. 

Il fut de courte durée. 

« Cheng…, » c’était la voix méfiante de Siana qui venait d’en bas. Il entendit un mouvement dans l’obscurité, le bruit caractéristique d’un fusil de chasse. L’image des Arbites remplissait son esprit, attendant dans ce tunnel de tendre une embuscade aux mutants

« Descends, mon garçon, lentement et sûrement, » dit une voix rauque. Cheng se détendit un peu. Ce n’était pas le son amplifié du vox des Arbites. Il descendit aussi vite qu’il le pouvait, en se sentant seul, et s’enfonça à côté de Siana. Il pouvait sentir les gens autour d’eux, sentir leur sueur et entendre leur respiration. 

« Qui êtes-vous ? » demanda-il, en essayant de ne pas faire entendre la note plaintive. « Où est le Sauveur ? » 

Il y a eu un bourdonnement mécanique. Une étrange sensation de rampement caressa la peau de Cheng, lui donnant la chair de poule. Il sentit la chose enroulée se contracter sur lui, puis s’affaisser. 

« Rouge de Psyocculum, » vint une voix. « Ce sont des Psykers bien, tous les deux."

« Merveilleux, » reprenait la première voix rauque. Cheng fut forcé de lever les mains pour se protéger le visage alors que la lumière s’épanouissait dans le couloir.

Clignant furieusement, les yeux larmoyants, il distingue trois formes humaines entassées dans le tunnel étroit qui les entourait. Chacune d’entre elles avait une lampe de poche sur l’épaule gauche. Toutes les avaient maintenant été activées, le plaçant, lui et Siana, dans une immersion de lumière.

« Où est le Sauveur, » a-t-il encore demandé. Il avait utilisé son pouvoir sans y penser consciemment. Ce faisant, un dispositif tenu par l’une des figures a donné un signal d’avertissement. 

« Woah, pas besoin de ça, » dit l’homme à la voix rauque, en éloignant sa lampe de poche d’eux. Cheng distingua les cicatrices, les traits rugueux et les restes effilochés d’un uniforme. Une milice planétaire, peut-être ? Il vit que l’homme n’avait que son œil gauche, le droit était une fosse cicatrisée. 

« Nous devons contrôler tous ceux qui viennent dans le sanctuaire du Sauveur, » déclara l’homme, en pointant son fusil de chasse loin de Cheng et de Siana pour montrer qu’il ne voulait pas faire de mal. « Vous savez comment sont les traquers. Ils n’hésiteraient pas à tenter quelque chose de sournois. » 

« Nous ne sommes pas des Arbitrators, » déclara Siana. « Nous voulons juste quitter ce monde. Nous voulons aller dans un endroit meilleur. »  

« Et tu le feras, » dit l’homme avec un tonnerre d’applaudissements. Il se tourna vers les deux autres personnages. « Restez sur vos gardes. S’ils se montrent, vous savez quoi faire. » 

Cheng vit un homme et une femme, deux autres déserteurs de la milice en temps de guerre par leurs regards, tous deux ne possédant également que leur œil gauche. 

« Allez, le Sauveur a attendu assez longtemps, » dit l’homme, en se retournant et en ouvrant la voie le long du couloir étroit. Cheng dut se baisser au fur et à mesure de leur progression, les éraflures et les cliquetis de leur progression rendant l’air étouffant terne. Il s’est rapidement retrouvé aux prises avec la claustrophobie alors que le couloir semblait s’éterniser.

« Bientôt arrivé, » dit l’homme, comme s’il reconnaissait la panique de Cheng. 

Peut-être qu’il peut le sentir, pensa Cheng. C’est peut-être pour cela qu’il est là aussi.

Au grand soulagement de Cheng, ils ont enfin émergé dans un espace beaucoup plus grand, peut-être une chambre de pompage ou un souterrain. Quoi qu’il ait été, l’espace avait été drainé et réaménagé pour devenir une sorte de sanctuaire. Des bougies brûlaient partout avec une lueur cramoisie. Des personnages runiques en forme de crabe étaient gribouillés à travers les murs et le plafond, brillant du même pigment biolume que Cheng avait vu à l’extérieur.

Il y avait déjà plusieurs dizaines de personnes entassées dans la chambre. Elles se sont retournées pour regarder Cheng et Siana alors que leur guide les faisait entrer. Il y a vu d’autres ouvriers et des hommes de sanctuaire mais, à sa grande surprise, il y avait aussi des employés, des petits acolytes, des cultivateurs de mycoses et une personne qu’il aurait pu jurer être un jeune de la haute Ruche caché sous un lourd manteau. 

Au-dessus d’eux, sur une estrade surélevée et entourée de bougies, se trouvait le Sauveur. Ce devait être lui, pensa Cheng. Il vit les robes bleues de l’homme, la torque dorée autour de son cou et l’amulette qui brillait légèrement sur sa poitrine. Le visage de l’homme était couvert d’une barbe blanche très courte. Comme ses gardes, Cheng vit que le Sauveur n’avait qu’un œil.

« Bienvenue aux perdus, » dit le Sauveur en entrant. Sa voix était chaude et profonde, rassurante et pourtant puissante. « Félicitations. Vous avez trouvé le premier pas sur le chemin. Rassurez-vous, ce premier pas est le plus difficile. À partir de maintenant, la lumière du Roi Pourpre sera votre phare. »

Cheng allait parler, peut-être pour dire quelques mots de remerciement ou poser une question. Le regard dur et impatient des autres personnes rassemblées là l’étouffait. Au lieu de cela, il suivit Siana jusqu’à un endroit situé à l’arrière de l’assemblée. Alors que le Sauveur continuait à parler, sa main joignit la sienne.

« On vous a dit que vous étiez des hérétiques, » dit le Sauveur, et dans sa voix, il y avait de la colère et de la tristesse. 

Pas à nous, pensa Cheng, avec un élan de soulagement. En notre nom. 

« On vous a dit que ce que vous pouvez faire, les pouvoirs que vous avez développés, sont mauvais. Vous avez caché vos dons, traqués comme des criminels, cachés dans l’ombre comme des choses impures, de la part des autorités mêmes qui auraient dû vous embrasser pour les êtres miraculeux que vous êtes ! »

Des murmures ont rempli la salle, des serments de colère et des mots d’accord indignés. 

« Vous n’êtes pas des monstres, mes amis, » a poursuivi le Sauveur. Il leur a offert un sourire bienveillant. « Vous êtes des êtres ascendants ! Vous êtes supérieurs en tout point au troupeau de larves de l’Humanité. C’est pourquoi les prêtres et les Arbites vous appellent sorciers. C’est pourquoi ils vous chassent, vous persécutent… vous brûlent. »

Plus de voix en colère, plus fort maintenant.

« Les salauds ! »

« Ils ont brûlé Kelwyn et il n’a jamais rien fait de mal ! »

« Qu’est-ce qui leur donne le droit ? » 

Le Sauveur leva ses mains pour les faire taire. 

« En effet. Ils vous persécutent parce que vous êtes fort, parce que votre force révèle leur faiblesse ! Mais n’ayez pas peur, chers amis. Il y a quelqu’un qui connaît votre vraie valeur. Le Roi Pourpre vous connaît. Le Roi pourpre vous voit, il voit l’avenir de cette race ignorante. L’Empereur et tous Ses serviteurs vous brûleraient dans les feux de l’ignorance, mais le Roi Pourpre vous élèvera dans la lumière de la vraie connaissance ! C’est ce que vous souhaitez ? » 

Plusieurs voix se sont élevées pour dire « Oui ! » 

« Ainsi soit-il, » dit le Sauveur. « Ce soir, nous traversons ces tunnels pour nous rendre dans un lieu secret et sacré. De là, nous quittons le monde en vaisseau pour commencer un pèlerinage de plusieurs mois. Je ne peux pas vous mentir, tous ne survivront pas à ses rigueurs. Mais pour ceux qui y survivront, un meilleur endroit nous attend, le royaume du Roi Pourpre. Une chance de faire partie de ses grands et merveilleux desseins. »  

Cheng senti Siana lui serrer la main. Elle lui souri et cela lui a presque brisé le cœur de voir l’espoir dans ses yeux. Il a senti la chose en lui s’enrouler et remuer, et il l’a repoussée avec effort. Nous sortons de ce lieu maudit, pensa-t-il, l’inquiétude et l’espoir se déchiraient en lui.

« Dans un instant, nous serons en route, car le temps n’est pas notre allié, » dit le Sauveur, et il tira de sa ceinture un long poignard en or. Il la frappa fortement sur le côté de son crâne, près de l’endroit où se trouvait son œil droit. « D’abord, mes amis, il y a un prix à payer. Une preuve de votre dévouement et de votre force. Nous vous emmènerons au royaume du Roi Pourpre, mais tous doivent payer le passeur. » 

Cheng ressenti de la peur à ces mots, et senti l’agitation anxieuse de la foule autour de lui et entendis les marmonnements se transformer en colère. Il était sur le point de retirer sa main de celle de Siana et d’élever la voix en signe de protestation, mais son regard l’arrêta - triste mais déterminé, chargé d’une certitude qu’il n’avait jamais vue en elle auparavant. 

« Nous devons souffrir pour cela, Cheng, » déclara-t-elle. « Ce n’est que justice. 

Avec cela, elle pris sa main dans la sienne. Il regardait, impuissant, Siana se frayer un chemin jusqu’au devant de la foule. 

« Je paierai le prix, » dit-elle. Le Sauveur lui répondit en souriant.[12] 

Le Regard Perçant

Chaque fils de Titan savait que ce jour viendrait. Magnus le Rouge, le Primarque Démon des Thousand Sons, était revenu. Par la grâce de l’Empereur, il avait été vaincu à Fenris. Juste, pensa Lushian Adantor. Mais ils savaient tous qu’il n’avait pas été arrêté pour toujours. Lorsque l’étrange machine connue sous le nom de Speculum Infernus revint à la vie, tout comme elle l’avait fait lorsqu’elle avait annoncé le retour du Roi Pourpre dans la galaxie, elle le fit avec une sinistre inévitabilité.

Lushian s’est agenouillé dans l’Augurium, la chambre aux murs en miroir située au sommet du Pinacle d’Argent. Ici, les quelques Prognosticars - son ordre - s’efforçaient de prédire les tremblements psychiques qui annonçaient les incursions démoniaques. Il ouvrit les yeux et fixa son reflet. La lumière vacillante des bougies baignait la pièce d’une chaude lueur orange, bien qu’il fasse toujours froid. À chaque respiration de Lushian, un courant de condensation remplissait l’air. Des perles de sueur s’écoulaient de son front, tachant sa simple tunique déjà incrustée de sel. Des lignes profondes couraient sur son front, autour de ses yeux et aux coins de sa bouche. Son visage paraissait abîmé par les intempéries, bien qu’il n’ait quitté Titan qu’une poignée de fois au cours des dernières décennies. Ses cheveux coupés étaient blancs comme neige, et ses yeux trahissaient une vie qui avait fait face à des horreurs qui conduiraient de simples mortels à la folie suicidaire.

Seulement cinquante ans, pensait-il, bien que je ressemble à un vétéran d’un siècle ou plus. Telle était la vie d’un Prognosticar.

Une Adepte silencieuse s’est agenouillée derrière lui, plume et parchemin à la main pour noter tout et n’importe quoi. Il pouvait distinguer la chair de poule sur sa chair pâle, mais elle ne frissonnait pas, malgré la minceur de sa robe qui la protégeait du froid. Lushian ne connaissait pas son nom. Trop de ses prédécesseurs étaient morts trop tôt pour qu’il puisse l’apprendre.

Concentre-toi, pensa Lushian.

« Encore une fois, » dit-il à l’Adepte, en la préparant à ce qu’il allait faire. Il ferma les yeux et concentra toute son énergie sur le son du Speculum Infernus. L’arcane sifflait et s’enflammait. D’étranges énergies crépitaient brusquement et des piles de données tombaient sur le sol froid.

L’œil de son esprit commença à voir un monde ravagé par des éclairs violets qui jaillissaient dans le ciel depuis le sol. Il vit des plaines de verre s’étendant jusqu’à un horizon qui se transformait en vastes chaînes de montagnes de rochers aiguisés comme des rasoirs, dont les tentacules prédateurs et les yeux bulbeux de la taille de rochers se brisaient. Il vit des rivières de magma vert bouillonnant couler en amont tandis que des créatures roses gambadaient et cajolaient autour d’elles, ricanant et montrant du doigt leurs plus malheureux parents qui tombaient dans les ruisseaux en flammes.

Des troupeaux de créatures nomades et céruléennes, mi-hommes, mi-oiseaux, mi-animaux, parcouraient les terres désertes de part en part, se faisant la guerre entre eux et aux clans d’humains mutants. Beaucoup de ces gens avaient perdu un œil et, parmi eux, beaucoup avaient plus d’une tête, tandis que d’autres avaient des membres supplémentaires ou avaient des tentacules germées. Toutes sortes de faune mi-métallique, mi-Démon, avaient élu domicile parmi des formations rocheuses cristallines sous des nuages de vapeur æthérique qui obscurcissaient des cieux d’une teinte impossible.

Lushian senti une égratignure dans son esprit. Il s’arrêta. C’est peut-être l’un d’eux, pensa-t-il, ou est-ce juste la plume de la femme sur le parchemin ? Il ne pouvait pas savoir.

« Je vois un autre monde maintenant, » dit-il. Il n’a pas parlé dans chaque vision, à chaque fois. Il ne savait pas ce qui l’obligeait à décrire parfois ce qu’il voyait. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il le faisait et que son Adepte s’était agenouillé prêt de lui. « Un monde stérile. Un désert presque vide, ponctué par les ruines d’une ville détruite il y a longtemps. Je vois la poussière de parchemin brûlé, portée par de violentes tempêtes de sable qui en recouvrent la surface et usent les restes de pyramides et de centres hab dévastés, structures qui étaient autrefois les joyaux de la couronne de ce monde. »

Mais ensuite, les visions ont changé. Il vit des foules de personnes, regardant avec émerveillement un guerrier imposant, ailé, à la peau cramoisie. Des larmes de joie coulaient sur leurs visages alors qu’ils tombaient à genoux, les mains jointes comme pour prier. Ils suppliaient, remerciaient et adoraient.

L’image s’est à nouveau déplacée. Il vit les mêmes personnes, mortes, dans de vastes fosses, du sang séché incrustant leurs corps nus, de profondes entailles de couteau dans le cou. L’expression d’une joie incroyable s’était transformée en une expression de terreur. Il a alors vu la guerre apocalyptique, des phalanges de guerriers d’azur et d’or tirant des coups de fusil sur des civils en fuite, et des volées de Démons aux ailes rayées terrorisant les flèches des agglomérations impériales.

« Je vois la mort, le feu et le sang partout. » Lushian parla à nouveau, comme si sa langue n’était pas la sienne. « D’énormes Machines-Démons se déchaînent sans opposition, détruisant les bâtiments, blessant et tuant les gens. Les cris et les hurlements des victimes des Machines-Démons étaient ponctués par les rires et les bruits des Démons qui s’amusaient et s’enflammaient, incendiant des maisons, des chapelles et des cathédrales… » Il s’arrêta.

Ceux qui ont réussi à éviter la mort aux mains de ces monstres sont soudainement tombés au sol en fuyant, avant de se relever. Lushian pouvait entendre leurs os craquer et se briser alors qu’ils avaient des spasmes anormaux, se contorsionnant dans des positions horribles. Il savait que leurs cris d’agonie le hanteraient pour le reste de sa vie. Les contorsions devinrent plus rapides. La peau des victimes changea de couleur une douzaine de fois, passant du jaune au rouge, du violet au bleu. D’épaisses pointes ont éclaté de leur peau avant de se déformer en d’autres formes déformées. La mutation a été si rapide que beaucoup se sont transformés en rien de plus qu’un gloussement maladif.

Cette vue a changé aussi vite qu’elle était apparue. Lushian vit des chevaliers en argent et des chevaliers en viridiens se battre côte à côte, tuant les odieux sous-fifres de l’ennemi en masse le long des rues pavées et sinueuses devant une pyramide toute puissante, dont le sommet s’étendait dans un ciel infernal. Puis il vit les mêmes chevaliers morts, leurs corps ramassés par de misérables mutants et d’offensants sorciers. Il vit un guerrier qui ne pouvait être que le Grand Maître Suprême Kaldor Draigo, debout, triomphant sur le cadavre de Magnus le Rouge, l’Épée de Titan enterré jusqu’au bout dans le crâne du Primarque Démon.

« Adepte, notez la présence du Grand Maître Suprême, » dit-il.

La vision s’est déformée. Cette fois, Draigo fut empalé sur l’Épée de Magnus, une centaine de guerriers en armure d’argent tachée de sang, coupés en morceaux et dispersés autour de lui.

Une telle confusion, pensait Lushian. Peu importe ses efforts, ce désordre était impénétrable. Des circonstances contradictoires l’empêchaient de faire la lumière sur les événements qui pouvaient se produire. Il ne faisait aucun doute qu’il avait vu Sortiarus, Prospero et les mondes voisins. Le massacre et la misère étaient devenus inévitables suite au retour du Roi Pourpre, mais quelle en était la signification ? L’esprit de Lushian se remémorait les événements horribles dont il avait été témoin. La vue de milliers de cadavres empilés dans de vastes fosses de la mort revenait sans cesse dans ses pensées. 

Il a ressenti une secousse de douleur lancinante au cœur de son esprit. Des victimes sacrificielles, pensait-il. Un rituel ? Pour quoi faire ?

Soudain, il a été frappé par d’autres visions, toutes plus sauvages les unes que les autres. Des visages cruels et malins et des guerres dévastatrices défilèrent dans l’esprit de Lushian, l’empêchant de se concentrer sur ses pensées de rituel. Il avait déjà rencontré de telles choses à l’époque où il était Prognosticar.

Je sens votre présence, ennemi, pensa-t-il. Sachez que vos efforts ne font que me rapprocher de la vérité. Vous me distrayez, car je sais que vous avez peur que je la trouve.

À moins que ce ne soit exactement ce que je veux que tu crois, petit chevalier, gloussa une voix malveillante.

Lushian hésita. Jamais auparavant un serviteur de l’ennemi n’avait pénétré son esprit de cette manière dans cette salle.

« Avec un courage inébranlable, nous vaincrons, aucune magie obscure ne nous vaincra. Nous sommes les porteurs de la victoire ! » Lushian récita le Cantique de l’Absolution. Il sentit immédiatement son esprit se calmer grâce à ces mots familiers qui renforçaient l’âme. « Les bénédictions célestes sont Nous possédons les bénédictions célestes, c’est à nous de dompter le Warp. Bien que les sortilèges sont ligués contre nous, tous sont bannis dans le vide. »

Lushian retourne à ses recherches. Il a vu les fosses et les corps. Il a vu des prêtres masqués et encapuchonnés portant des poignards à lame ondulée avant que les visions ne disparaissent, remplacées par celles de cauchemars et de monstres hideux, mordants et hurlants. Ils lui tendaient les mains griffues comme pour s’emparer de lui. Il généra une impulsion d’énergie psychique, faisant disparaître les créatures dans une brume de lumière dorée. Ils hurlaient de douleur, protégeant leurs yeux noirs de sa gloire.

« Bien que le sort ou l’incantation nous bloque, l’Empereur nous verra victorieux, » dit Lushian à voix haute. « Aucun Hex ne peut vaincre notre détermination, notre résolution est aussi forte que l’acier. »

Il vit les prêtres masqués. Il vit le sang de chaque victime éclater sur des entailles de poignard grossièrement coupées. Les mains de chaque prêtre étaient couvertes de ce riche liquide et, bien qu’il n’ait pas pu voir le visage des meurtriers sous leurs lourdes cagoules, il a pu constater qu’ils avaient le sourire aux lèvres. Des créatures dégoûtantes, pensa-il.

Lushian observa que chaque couteau était jeté par les prêtres, leurs lames s’émoussaient à cause d’un usage excessif. Sans perdre un seul instant, des acolytes agenouillés leur ont remis des armes de sacrifice fraîches avec lesquelles ils pouvaient tuer brutalement leurs prochaines victimes.

Tu as vu beaucoup de choses, petit chevalier, dit la voix, en revenant. Mais tu ne sais pas ce que tu vois. Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ? Pour le Seigneur du Changement, tout est à la fois un et différent.

Aucune trahison méprisable ne pourra nous contrecarrer ! rappela Lushian. Nous sommes les élus de l’Empereur !

Neuf individus, vêtus d’une armure d’azur poli et d’or étincelant, portant des casques à hautes cornes et brandissant de longs bâtons surmontés de symboles maléfiques, se tenaient en cercle. Ils agitaient chacun leurs mains de manière identique, tissant des rafales de puissantes énergies empyriques qui semblaient s’écouler des fosses, qui se remplissaient de plus en plus de cadavres au fil du temps. La tension de leurs efforts était évidente pour Lushian, mais pas un seul n’hésitait sous la tension à rassembler autant d’énergie brute.

Magnus le Rouge se tenait en leur centre. Il portait une armure dorée parfaitement faite, décorée de lapis-lazuli de la plus haute qualité. Lushian savait que le mal se manifestait en le regardant. Ses jambes épaisses et puissantes étaient à la fois vaguement humanoïdes, mais se terminaient par des pieds aux griffes méchantes comme celles de l’ancienne mégafaune reptilienne. De grandes ailes s’étendaient derrière lui, aussi larges que celles d’un aéronef de combat, chatoyant de riches couleurs fuchsia et violet dans la lumière toujours changeante de Sortiarius, se mêlant harmonieusement à un spectre de cobalt, de saphir et de turquoise. Le pouvoir psychique s’enroulait autour de ses grandes mains avec des griffes. Il le manipulait avec la concentration désinvolte d’un vrai maître, sans aucun doute dans sa capacité à créer des merveilles au-delà des rêves les plus fous des non-initiés.

La haine brûlait dans le cœur de Lushian. Monstre. Traître. Nous mettront ta tête sur une pointe des remparts de Titan même si cela nous prend dix mille ans, pensa-t-il amèrement, en serrant ses paumes si fort que ses ongles percèrent la peau en dessous.

La voix a gloussé. Quelle amertume ! Ne ressentez-vous pas le moindre pincement au cœur ? Ne sentez-vous pas la graine d’envie qui commence à germer, juste un peu ? Pour cela, tu serais pardonné, petit chevalier.

L’Empereur gardera nos âmes ! répondit Lushian. Aucune damnation ne nous rabaissera !

Lushian a senti son énergie se vider. L’agression psychique de la voix sur lui était puissante. Presque tout le monde à part un Chevalier Gris serait probablement tué par elle. Il tenait bon, prêt à se plonger dans la vision une fois de plus. Chaque information était nécessaire pour que les Chevaliers Gris puissent réagir de manière appropriée et à temps.

Il regarda l’ensemble du rituel. Des dizaines de milliers d’adeptes de Magnus ont regardé les sacrifices se poursuivre. Un vortex de pouvoir émanait des fosses de la mort. Les hordes acclamaient, criaient, gémissaient et braillaient. Elles criaient des louanges à Tzeentch et à Magnus. Elles appelaient à la mort de leurs ennemis. Elles appelaient au sang. Elles appelaient le matériel à devenir l’immatériel.

Pourquoi tout cela ? se demandait-il. Quel mal cela va-t-il faire ? Quel mal terrible cela va-t-il causer ? Les yeux de Lushian se tournèrent vers Magnus. Sa haine l’exigeait. De tout mes cœurs, de tout mon esprit et de toute mon âme, je souhaite la mort pour vous. Votre mémoire sera effacée de la galaxie avec tous vos fils infects et vos sbires pathétiques. Par les mains des Chevaliers Gris, cela arrivera, et nous sourions.

Lushian le fixait. Magnus regardait en arrière. L’unique œil du Primarque Démon s’enfonça dans l’âme de Lushian.

« Adepte ! Retire-toi ! » parvint à crier Lushian, avant que la douleur ne le submerge et que tout ne devienne noir.

Lushian ouvrit les yeux par saccades, en respirant fortement. Ses cœurs battaient la chamade, ses poumons étaient poussés à l’extrême pour répondre aux besoins en oxygène de son corps. Il était allongé sur le dos, trempé de sueur glacée et de douleurs aiguës. Il serra les dents, en essayant de se lever, et il sentait le goût du cuivre.

Il se souvint de l’Adepte et regarda autour de lui où elle s’était agenouillée. Il ne restait d’elle qu’une enveloppe brûlée, ses petites mains étant toujours en position de saisir la plume et le parchemin, bien qu’il ne reste rien de ses notes. Il s’arrêta pour un battement de cœur, baissant la tête en signe de respect.

« Vous avez fait votre devoir, » déclara-t-il. Il n’a plus pensé à elle après cela. Elle avait fait ce que le Chapitre lui avait demandé et en connaissait le prix. Qu’elle soit restée par choix ou qu’elle n’ait pas pu s’échapper à temps, cela n’a fait aucune différence.

« Ce rituel doit être arrêté, » dit Lushian en se levant en tremblant et en s’essuyant le front avec le dos de sa main. Il avait l’impression d’avoir vieillit de cinquante ans de plus en quittant la chambre.

Il le faut ? dit une voix, sans humour. Ne sois pas si sûr, petit chevalier.[13] 

Fil de l'Hostilité

Le convoi de Land Raider s’arrêta, de la neige fraîche tomba de leurs coques alors qu’ils s’immobilisaient. Leur livrée vert forêt serait normalement un signe encourageant pour les forces de l’Astra Militarum rassemblées devant eux, mais la dure brutalité de la guerre sur le monde de glace de Rimenok signifiait qu’il y avait peu de jubilation à leur arrivée. Les moteurs tournaient au ralenti lorsque la rampe d’assaut du véhicule de tête s’abaissa, sa lumière intérieure illuminant la morosité tardive, et Lazarus et ses compagnons des Anges de la Mort en sortirent.

Les Gardes Impériaux étaient découragés, le blanc de leurs yeux montrant un régiment proche du point de rupture. Ils s’abritaient dans les ruines bombardées, blottis autour des chauffages, dans un effort pitoyable pour échapper au froid mordant et aux bombardements psychologiques aveugles.

« Colonel Barchus, Rimenok du 31e Garde de Glaces, » l’officier de l’Astra Militarum fit un salut tremblant. « Le prisme se dresse. Nous avons épuisé 80 % de notre stock d’artillerie, et nous avons même fait deux passages de Maraudeurs. Chaque fois, il a englouti nos ogives entières. Il les a mangé et a continué à scintiller. Nous sommes à peu près à court d’idées, monsieur, et ces psy-bombardements damnés par l’Empereur nous ont mis à bout de souffle. »

Lazarus tourna son regard vers le prisme. Sur le plateau, un spectre prismatique immatériel se trouvait au centre de la ligne ennemie. De la taille d’un Titan Warlord, des fils de couleur sans fin coulaient du sommet à la base, ses motifs étant à la fois sans couture et écœurants. À son extrémité, une petite sphère de même couleur roulait en suspension. Alors même que Lazarus l’évaluait, ses rotations devenaient de plus en plus rapides, les couleurs chatoyantes étant un brouillard de confusion pour son esprit. Il y avait de l’agitation sur le parapet alors que les Gardes de Glaces couraient se mettre à l’abri.

« Baissez les yeux ! »

La sphère s’est détachée, se propageant dans l’air à grande vitesse et faisant impact à cinquante mètres de la position de Lazarus. Une détonation kaléidoscopique éclata, déclenchant des vagues d’énergie Warp fulgurantes dans toutes les directions. Ceux qui se trouvaient dans la zone de l’explosion tombèrent au sol en agonie, tandis que ceux qui n’ont pas détourné le regard ou dont la vision n’a pas été protégée par un casque blindé furent touchés de la même manière. Les Gardes se sont recroquevillés sur le sol, la tête gonflée au point d’éclater, car leurs sens étaient surchargés. Leurs yeux frénétiques devenaient bulbeux sous l’effet de la stimulation, jusqu’à ce qu’une explosion humide arrose le sol avec leur contenu. Du liquide visqueux s’écoula de leurs oreilles, de leur nez et maintenant de leurs orbites vides, un effluve de sang et de cerveau qui s’accompagnait des cris déchirants des mourants. Les Commissaires dégainèrent leurs Pistolets Bolters, pas pour la première fois ce jour-là, et marchèrent sur le parapet pour livrer la Paix de l’Empereur.

Le visage de l’Archiviste Ithurial exprimait de lourdes de préoccupations. « Qu’est-ce qu’il y a, mon frère ? » demanda Lazarus en se tournant vers lui.

« Cela ne ressemble à rien de ce que j’ai vu auparavant » a répondu l’Archiviste . « Le prisme doit tomber, mais s’il est imperméable aux tirs des armes… » Les pensées de l’Archiviste s’éloignèrent. Lazarus lui donna du temps ; d’après son expérience, la bonne stratégie n’était pas celle basée sur une impulsion.

« Son apparition est trop soudaine pour être la conséquence d’un rituel ou d’une incursion du Warp, » poursuit Ithurial, « Je l’aurais sentie plus tôt si c’était le cas. Elle doit avoir une cause plus localisée… un artefact peut-être, ou un puissant Psyker. »

L’esprit de Lazarus travaillait sur un ensemble de détails et de possibilités. Alors qu’il élaborait son plan, le prisme continuait de vaciller. Une autre sphère, plus petite que la précédente mais grandissant lentement à chaque rotation variée, s’était manifestée au sommet.

« Si c’est un artefact, peux-tu le contenir ? » demanda-t-il à Ithurial.

« Oui, il est puissant, je ne pourrai peut-être pas l’arrêter complètement, mais je pourrai en étouffer les effets suffisamment longtemps pour que le reste du Librarius puisse nous venir en aide. »

« Bien, » répondit Lazarus, « parce que si c’est un Psyker, je peux le tuer. »

Lazarus ouvrit un canal vox. « À toutes les forces, ici le Maître Lazarus. Préparez-vous à lancer l’assaut. Je veux que toutes les armes disponibles couvrent notre avance. Un mal s’est implanté à Rimenok, et nous allons l’éliminer. »

+ + +

À la pointe du fer de lance, Ardent Advance - le Land Raider Crusader de Lazarus - se fraya un chemin à travers le plateau gelé, les dérives neigeuses et les rochers, écrasés par son implacable offensive. Un staccato d’impacts de projectiles retentissait sur sa coque alors que les tirs d’armes légères de l’ennemi rebondissaient sur son blindage. Des centaines de balles ont été tirées en retour alors que les Bolters et les Canons d’Assaut du véhicule déchiraient les mutants, les Hommes-Bêtes et les Cultistes. À l’arrière, les escadrons de Predators, d’Escouades Devastator et les chars de combat lourd du 19e Rimenok bombardaient l’ennemi.

Des groupes de Machines-Démons crachèrent des ectoplasmes et libérèrent des salves avec leurs Autocanons Hades qui brûlèrent les transports des Dark Angels qui avançaient. Les survivants se sont retirés de l’épave pour faire face au sol aux volées haineuses des hérétiques.

Le sang des martyrs est la semence de l’Imperium, se disait Lazarus.

« Trente secondes. »

Son équipe de commandement sorti ses armes et Ithurial concentra son esprit sur la bataille psychique qui l’attendait. Ils ne connaissaient pas l’issue d’un assaut rapproché sur le prisme, mais le doute n’était pas leur voie. Ils suivraient Lazarus dans la Grande Faille elle-même sans prononcer un mot, et la repousserait avec le Bolter, l’épée et la haine.

« Vingt secondes. »

Un gros projectile porta un coup pénétrant. Le Bolter Ouragan fut arraché et la moitié de son chargeur s’est enflammée. Quatre guerriers tombèrent dans l’explosion.

« Dix secondes. »

Un autre coup les projeta vers l’avant, une explosion de Canon Laser qui perça un trou dans la baie de lecteur. Le conducteur était dans un état de délabrement total, mais il s’accrocha à la vie pour accomplir son devoir. Il toucha le mécanisme de déploiement de la rampe d’assaut du Crusader et visa droit sur le prisme.

« Débarquer. »

Lazarus couru le long de la rampe et se retrouva au cœur de la folie.

En franchissant la barrière prismatique, sa charge fut bloquée par un poids sinistre sur sa psyché. Ses sens commencèrent à l’abandonner ; les stimuli étaient là, mais son esprit ne pouvait pas les traiter. Chaque pas était un effort, chaque respiration un travail. Il était conscient, mais se sentait impuissant à contraindre son corps à réagir.

Lazarus surveilla son environnement. Au centre du prisme se tenait un Sorcier des Thousand Sons, les bras levés et des vagues de couleur traversant sa forme. Ithurial avait eu raison.

« Je suis un vaisseau de la vengeance de l’Empereur, » cracha Lazarus, forçant son chemin à travers les vagues implacables de la force psychique, mais chaque pas devint plus difficile que le précédent. Les synapses de son cerveau se fermèrent, son corps refusant de répondre aux commandes mentales. Tout autour de lui, ceux qui avaient survécu à la ruée vers les blindés étaient également touchés. Beaucoup étaient tombés, leurs formes encore mortelles sur le sol glacé. Frère Ithurial était à genoux, montrant la tension d’un esprit faisant la guerre sur un autre plan.

Lazarus leva son Pistolet Bolter. « Je suis Sa colère manifeste. » Il déchargea son chargeur sur son ennemi, la tension de l’action devient au loin la plupart de ces tirs. Tous ceux qui trouvaient leur marque rebondirent sans causer de dommages sur une armure en céramite. Ce qui était autrefois une seconde nature était maintenant un exercice de futilité.

Le Sorcier jeta un coup d’œil sur Lazarus, un regard méprisant et dédaigneux étant sa seule réponse avant que sa vision ne revienne au prisme et que son rituel ne se poursuive.

Lazarus se mis à genoux, sa force vitale s’effondrant sous l’assaut psychique. Il cria à son esprit et à son corps de réagir avec le dernier atome de résistance en lui qui ne voulait pas céder.

À quelques mètres de là, Ithurial succombait fatalement à un Psyker plus grand. Lazarus sentit son frère atteindre son esprit et lui insuffler ses derniers vestiges de force. Le défi qui animait Lazarus s’intensifiait, une braise de fureur qui ne s’éteignait pas, et un feu de juste répugnance s'embrasant. Alors que le devoir d’Ithurial prenait fin, Lazarus était rajeuni.

« Par mes actes, Sa volonté sera faite, » jura Lazare en se levant, levant son épée au-dessus de sa tête tel un indomptable fort contre le torrent psychique. Tout ce qui lui restait fut invoqué alors qu’il lançait la lame en l’air. Elle s’envola, son tranchant d’énergie s’enflamma de la haine de Lazarus, et trouva sa cible.

L’épée de Lazarus traversa la céramite et pénétra jusqu’à la poignée dans la poitrine de son ennemi. Le Sorcier tomba à genoux en état de choc, le prisme se contractant alors que ses bras tombaient sur les côtés. Sa tête se posa sur sa cuirasse alors que le sang chaud tombait sur le sol gelé et que des vrilles de vapeur s’enroulaient vers le haut autour de sa forme déchue.

Le prisme explosa, projetant sur le champ de bataille une décharge polychrome qui se reflétait sur le blanc de la glace. Des centaines de guerriers tombèrent à l’agonie. Lazarus fut repoussé par l’explosion, et son monde sombra dans le néant.

Lazarus cessa de se remémorer ce passage de sa vie. Il y repensait fréquemment, car il avait du mal à accepter la catastrophe de Rimenok. Son agression avait-elle été une intervention opportune, ou était-il responsable de centaines de morts évitables ? C’est devenu une facette de son passé qui brûlait aussi fort que sa Fournaise Belisarienne. Ces deux incendies le définissaient désormais - l’un l’avait sauvé, l’autre avait allumé une haine brûlante pour les maux de la sorcellerie.

Les blessures qu’il avait subies lors de l’explosion étaient si graves que tout espoir était perdu. Même l’ensevelissement dans le sarcophage d’un Dreadnought n’aurait pas suffi à préserver sa vie. L’Apothicaire de la Cinquième Compagnie, cependant, avait d’autres idées. Il avait proposé que, pour sauver Maître Lazarus, le chef de compagnie devait traverser le Rubicon Primaris.

Tous savaient que le franchissement du Rubicon était une tâche périlleuse, où la mort était fréquente. Les blessures de Lazarus étant sans commune mesure avec celles des autres, ses chances de survie étaient minces. Néanmoins, l’Apothicaire ne serait pas démenti. Il avait fait valoir que la détermination obstinée de Lazarus le ferait traverser.

L’Apothicaire, qui avait conduit la procédure lui-même, avait guidé le Maître de Compagnie à travers le Rubicon et dans sa nouvelle forme. Une fois allumée, la Fournaise Belisarienne avait gardé Lazarus en vie pour que les longs traitements de son corps tombé au combat puissent être achevés.

Il était devenu un Space Marine Primaris.

Ce fut une étape importante pour les Dark Angels, car personne ne pouvait plus dire "les couleurs ne font pas un Dark Angel" à tous leurs Frères Primaris. Bien que son corps était neuf, il était toujours le Lazarus qui avait gravi les échelons avec un esprit inébranlable et une dévotion sans faille pour le Chapitre.

Il leva la tête et regarda autour de lui le rassemblement. Des frères de confiance, leurs formes cachées derrière des robes de cérémonie, avaient pris position pour compléter ce Cercle Intérieur. Entre eux, des bougies étaient empilées, leur lumière vacillante illuminant les pierres endommagées, les trous de balles et les marques de brûlures sur l’architecture gothique du sanctuaire. Le siège du Roc par Marbas était un autre souvenir amer, que tous les Dark Angels emportaient maintenant avec eux.

« Frères, » commença le Grand Maître Suprême Azrael, « des présages inquiétants nous sont parvenus des fils de Titan. Des visions d’un monarque ailé sur un monde dévasté qui renaît. Le Roi Pourpre et ses légions de Sorciers se rassemblent. Nous savons peu de choses sur les raisons et les objectifs de leur rassemblement, mais les Chevaliers Gris ont demandé notre aide et nous répondrons à leur appel. »

« Maître Lazarus mènera l’assaut. Le Maître Chevalier Inias et le Maître de Chasse Estrael apporteront leur soutien avec la première et la deuxième Compagnie. Vous commencerez cette campagne avec une intelligence peu établie, alors faites confiance à votre instinct et méfiez-vous de tout le reste. Dois-je vous rappeler la dernière fois que nous avons engagé des hérétiques et des sorciers à cette échelle ? »

Une fois ses ordres données, Azrael s’est avancé dans le cercle.

« Je vous suis redevable à tous pour la confiance que vous me témoignez, car je vois que beaucoup ici gardent une objection tacite. Des visions cryptiques et une menace non identifiée. Pourquoi engagerions-nous nos forces de manière aussi aveugle, et combattre aux côtés d’alliés capables de découvrir nos secrets les plus sombres ? À cela, je réponds ceci. Regardez autour de vous ; voyez ce qu’est devenu notre grand Chapitre. Nombreux sont les frères qui ont disparu de ce cercle, abattus à Stygius ou perdus dans la Grande Faille, leur mémoire étant tout ce qu’il nous reste pour les vénérer. Le Roc lui-même est gravement blessé, notre sanctuaire s’effondre et nos sanctuaires sont saccagés. Nous saignons lentement, menant une guerre réactionnaire contre un ennemi en constante évolution. »

Le Grand Maître se tourna vers une arcade, les bougies allumées à sa base projetant une longue ombre sur le sanctuaire. Il inspecta la maçonnerie endommagée, semblant peser soigneusement ses prochains mots.

« Nos sanctuaires les plus profonds ont été violés et nos secrets ont été dérobés. Ce que nous avons gardé de si près pendant des milliers d’années est en dehors, arraché de ces mêmes salles par le Grand Ennemi. Les vérités apprises par ces abominations viles sont tissées dans une tapisserie de mensonges odieux. Même les fils de Titan eux-mêmes auraient pu glaner des vérités dans notre sombre histoire. »

De grands yeux fixaient Azrael. Ils étaient tous membres du Cercle Intérieur, mais des mots aussi candides de leur Grand Maître avaient touché une corde sensible. Azrael se tourna à nouveau vers eux, la passion étant au premier plan.

« Alors que nos amis et nos ennemis nous encerclent, nous regardons avec méfiance les autres Dark Angels. Brisés et saignants, nous rejetons ceux qui ont fait serment à notre Chapitre, dont certains sont de véritables fils de Caliban ! Même au sein de cette assemblée des plus fiables, un Maître de notre propre rang est Primaris, ses actes lui ont valu une place dans ce cercle, et pourtant nous traitons toujours Primaris avec une suspicion inhérente. »

Cette fois, les yeux se posèrent sur Lazarus. Il était au courant des conversations feutrées dans les alcôves du Roc, de la méfiance que même les membres de cette assemblée entretenaient à l’égard de leurs nouveaux frères. Il était désormais un exemple indéniable du caractère erroné de cette notion.

« Nous ne serons plus sur la défensive, laissant nos ennemis manœuvrer autour de nous. Nous ne resterons plus oisifs dans notre chasse, ignorant quels secrets sont libérés. Nous allons frapper, chasser avec ou sans traces, et rappeler à nos ennemis pourquoi nous sommes les premiers. Attisez le feu qui brûle en vous, nourrissez-le en une fureur brûlante, et punissez Magnus et ses légions de Sorciers pour le dénuement qu’ils ont apporté à notre Chapitre. »

Lazare retourna à Stygius, le théâtre même qui le définit désormais. Il saisit la poignée de son épée - ils l’avaient récupérée avec lui, son tranchant crépitant pur et exempt de la tache Warp qui avait infecté tout le reste ce jour-là.

Il avait rebaptisé la lame Fil de l’Hostilité, et avec elle les Dark Angels allaient avoir leur vengeance.[14] 

Le Bien Suprême

La Cinquième Sphère d’Expansion de l’Empire T'au a commencé. Guidés par les héros ayant survécu à la Quatrième Sphère, les T’au œuvrent à accomplir leur destinée manifeste et à rassembler toujours plus de planètes et de peuples sous l’égide du Bien Suprême, en dépit de l’ignorance de certains.

Pendant de nombreuses années, les T’au ont été encerclés par des empires extraterrestres très puissants et des étendues de vide spatial énormes, et ont cherché à contourner ces obstacles afin de poursuivre leur but d’unification de la galaxie au nom du Bien Suprême. La Quatrième Sphère d’Expansion fut à cette croque la plus grande de leur histoire, cependant elle échoua, et fut perdue corps et biens à cause de ce qui semblait être une catastrophe d’origine technologique. Ce ne fut que des années plus tard qu’on découvrit des survivants, et que la Commandante Shadowsun prit la tête de la Cinquième Sphère d’Expansion afin de les réunir avec le reste de l’Empire T’au. Empruntant le trou de ver du Nexus Stellaire, la flotte de Shadowsun reparut dans l’Atoll de Nem’yar, au sein d’une région appelée par l’Imperium l’Étendue de Chalnath.

Une période de colonisation intense culmina par une terrible bataille contre la Death Guard que les T’au remportèrent.

Les soldats humains acculés dans l’Étendue de Chalnath font face à tous les adversaires qui se présentent tandis que le ciel au-dessus de leurs têtes est balafré par la Grande Faille. Malgré cela, ils gardent la foi en l’Empereur, et matent les rébellions tout en repoussant les invasions de Xenos.

Même une force aussi insidieuse que les Cultes Genestealer ne peut escompter que ses plans se déroulent sans accrocs, surtout quand les T’au s’en mêlent. Toutefois, l’influence de ces cultes est fermement implantée dans l’Étendue de Chalnath, et ils feront de leur mieux pour s’en emparer au nom des Enfants Stellaires.

La Saga de la Bête

Machine de Guerre

Guerre de l'Araignée

Paria

Sources

  • Warhammer 40 000 - Éveil Psychique : L'Essor du Phénix
  • Warhammer 40 000 - Éveil Psychique : Le Sang de Baal
  • Warhammer 40 000 - Éveil Psychique : Foi et Fureur
  • Warhammer 40 000 - Éveil Psychique : Le Rituel des Damnés
  • Warhammer 40 000 - Éveil Psychique : Le Bien Suprême
  • Warhammer Community - New Warhammer 40,000 : Psychic Awakening
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : The Path de RODDIS MELISSA
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : The Gift of Hope de CLARK ANDY
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : Into the Void de RODDIS MELISSA
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : A Test of Faith de FLINDALL JON
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : Keeping Order de CLARK ANDY
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : The Power of Belief de WAUGH DUNCAN
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : Chase the Wind de FLINDALL JON
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : The Weak and the Strong de DENTON MITCH
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : The Shadow de RODDIS MELISSA
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : Sanguine de FLINDALL JON
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : A Better Place de CLARK ANDY
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : The Piercing Eyes de DAVIS CALLUM
  • Warhammer Community - Psychic Awakening : Enmity’s Edge de HAMER ELLIOT
  1. Warhammer Community - New Warhammer 40,000 : Psychic Awakening [1] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  2. Warhammer Community - Psychic Awakening : The Path de RODDIS MELISSA[2] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  3. Warhammer Community - Psychic Awakening : The Gift of Hope de CLARK ANDY[3] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  4. Warhammer Community - Psychic Awakening : Into the Void de RODDIS MELISSA[4] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  5. Warhammer Community - Psychic Awakening : A Test of Faith de FLINDALL JON[5] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  6. Warhammer Community - Psychic Awakening : Keeping Order de CLARK ANDY[6] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  7. Warhammer Community - Psychic Awakening : The Power of Belief de WAUGH DUNCAN[7] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  8. Warhammer Community - Psychic Awakening : Chase the Wind de FLINDALL JON[8] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  9. Warhammer Community - Psychic Awakening : The Weak and the Strong de DENTON MITCH[9] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  10. Warhammer Community - Psychic Awakening : The Shadow de RODDIS MELISSA[10] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  11. Warhammer Community - Psychic Awakening : Sanguine de FLINDALL JON[11] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  12. Warhammer Community - Psychic Awakening : A Better Place de CLARK ANDY[12] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  13. Warhammer Community - Psychic Awakening : The Piercing Eyes de DAVIS CALLUM[13] (traduit de l’anglais par Guilhem)
  14. Warhammer Community - Psychic Awakening : Enmity’s Edge de HAMER ELLIOT[14] (traduit de l’anglais par Guilhem)