Konrad Curze

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Artikle pô fini. J’suis en train d’mettre ça
kom il fô pour k’ça soit tout bô tout bien !
- Krapull Kass’Krane, Mékano
et scribe stagiaire Ork.


La Purge de Nostramo Quintus

Un des faits les plus connus à propos de Konrad Curze est qu’il fut hanté par de puissantes visions tout au long de sa vie. Plutôt que de voir les myriades de possibilités offertes par le futur ainsi que certains Aeldaris prétendent pouvoir le faire, ses rêves étaient troubles et seuls les chemins les plus sombres de son avenir lui apparaissaient. Les révélations du second volume des mémoires de Curze font partie des passages les plus discutés.

"Parfois, dans des accès de douleur, je voyais devant moi ce qui était à venir. Au cours de ces rêves éveillés, je me vis prendre des vies en nombre incalculable de mes mains nues et les têtes de mes victimes devenaient autant de trophées. Je mourais encore et encore des mains de mon père, mes fils massacraient leurs frères et mon nom devenait synonyme de terreur. Mais le plus souvent, je voyais avec précision mon monde percé d’une lance de la lumière la plus pure qui le faisait tomber en poussière."

Malgré ces avertissements répétés, la jeunesse de Curze se transforma peu à peu en un cycle destructeur de persécution et de meurtre, tandis que son attention se focalisait sur le crime agitant la société de Nostramo. Cette croisade personnelle ne commença d’abord que par quelques interventions lorsqu’il était témoin de quelque chose qu’il n’approuvait pas, mais il traqua bientôt délibérément certains habitants corrompus. Plusieurs figures proéminentes de la société corrompue de Nostramo furent d’abord portées disparues, et d’autres ne tardèrent pas à prendre leur place. Plus tard, la même année, au cours d’un été inhabituellement long et étouffant, les habitants qui osèrent protester contre leur sort peu enviable commencèrent aussi à disparaître et les citoyens de Quintus n’émirent bientôt plus aucune objection. On retrouva les cadavres de criminels réputés vidés comme des poissons et ceux de plusieurs officiels pendus par les pieds aux fenêtres de leur domicile. Des corps sans tête étaient atrocement mutilés et éventrés comme pour exposer leur corruption à l’air acide de Nostramo. Plusieurs de ceux qui furent retrouvés cet été-là étaient méconnaissables après le traitement qui leur avait été infligé et les gouttières étaient parfois bouchées par des membres humains que les mendiants ne mettaient pas longtemps à soulager de leurs bijoux. Il était évident que Curze n’avait pas le moindre scrupule à mettre à mort avec une rare brutalité ceux qui défiaient sa loi.

En moins d’un an, le taux de criminalité de Quintus chuta vertigineusement et les conséquences s’en ressentirent sur la planète entière. Un couvre-feu s’instaura de lui-même dans la cité-ruche car plus personne n’osait sortir de chez lui après le coucher du soleil et les rues qui grouillaient ordinairement d’activité sombraient dans un silence de mort. Les mères menaçaient leurs enfants désobéissants que le Night Haunter ne vienne les prendre. Ce nom ce répandit rapidement parmi la population en même temps que les rumeurs selon lesquelles une créature hideuse rôdait dans les rues et les tunnels, ses griffes prêtes à égorger les égarés. Les habitants de Quintus vivaient dans la crainte mais se taisaient de peur que leur avis ne soit pris pour de l’hérésie. Nostramo était mûre pour qu’advienne le règne de Curze.

Le Sombre Roi

Assez tôt, Konrad Curze entrevit l’espoir du salut pour son monde : plus aucun crime n’était perpétré, plus aucun tueur n’arpentait les rues, hormis lui-même. Il était devenu l’unique objet de peur et de haine. Son peuple ne vivait plus dans l’angoisse d’être tué ou dépossédé de son bien pendant son sommeil, et ne craignait plus que celui qui portait le fardeau de tout le mal sur ses épaules et qui avait découvert qu’il le supportait très bien. Curze puisait sa force dans ce dévouement étrange et il adopta bientôt le nom de Night Haunter que ses concitoyens lui avaient donné. Le passage suivant est extrait des Annales de Ghereticus, un noble ayant survécu et juré fidélité au Primarque.

"Il nous attendait là, nous, les quelques nobles encore vivants de Nostramo, et tandis qu’il restait dans l’ombre, il nous sembla qu’il allait (fragment manquant), puis il se pencha sur le trône qui parut ridicule en comparaison de la magnitude de sa présence. Je parvenais à peine à respirer alors que (fragment manquant), la lumière jouant sur ses traits pâles et creusés. Chacun de nous s’attendait au pire et la terreur nous paralysait. Mais il nous réservait un autre sort : nous allions devenir ses instruments, les porte-paroles par lesquels il commanderait le peuple de Nostramo. Ses ordres étaient indiscutables, quiconque s’écarterait de son chemin serait tué par nul autre que lui-même. Il mettrait la main sur les transgresseurs et ferait d’eux un exemple pour tous. Quelque chose dans le ton de sa voix me donnait envie de fuir, mais nous n’eûmes d’autre choix que d’obéir"

Night Haunter devint ainsi le premier monarque de Nostramo Quintus et absorba de nouvelles connaissances avec une diligence qui confinait à la frénésie. Il régnait avec une justesse de jugement inégalée jusqu’au moment où il découvrait qu’un délit avait été commis. Il s’employait alors à traquer le coupable dans les rues désertes au point de le faire tomber de fatigue, puis il mutilait sa proie sans pour autant la défigurer. Cette somme inattendue de sagesse bienveillante et de vengeance répugnante poussa la population vers l’honnêteté et une efficacité nouvelle. Les exportations d’adamantium triplèrent de volume, l’équilibre entre partage des richesses et terreur apportait une certaine cohésion à cette société. Personne n’osait plus posséder davantage que son voisin et, dans l’ombre de Night Haunter, la cité gagna en prospérité. Le reste de la planète suivit l’exemple, anxieuse de ne pas attirer son attention.

Les historiens impériaux associent le règne de Night Haunter sur Nostramo Quintus et les villes environnantes à l’époque où la Grande Croisade atteignit le système de Nostramo. Voici un fragment des archives personnelles de l’Astropathe Thoquai, écrites lorsque la barge de bataille impériale Divinity’s Sword entra dans le système de Nostramo. Seize érudits ont déjà été châtiés pour avoir exprimé leur avis sur les implications du texte qui suit.

"Je savais déjà pourquoi le vaisseau de l’Empereur déviait sa course vers l’orbe pâle avant même de consulter les cartes des Arcanes Inférieures, qui décrivirent une grande richesse, la prospérité et la stabilité. La Lune, le Martyr et le Monstre étaient en triangle, le Roi se tenait renversé au pied de l’Empereur mais, étrangement, la carte de l’Espoir était elle aussi renversée et l’horrible aspect omniprésent de la Mort dominait ce tableau. La trajectoire était définie et mes appréhensions n’étaient guère plus qu’un simple souffle dans la tornade de Sa volonté."

L’histoire de Nostramo était ponctuée de références à un événement appelé la Venue de la Lumière. L’arrivée de l’Empereur eut un tel impact indélébile sur les esprits des citoyens que ce monde fut irrévocablement bouleversé et, même si elle apporta l’espoir à la population, elle fut aussi la cause d’une terrible malédiction. Lorsque le ciel sempiternellement noir de Nostramo s’éclaira des lumières de la flotte de l’Empereur, un par un, tous les résidents de Quintus oublièrent le sentiment de frayeur avec lequel ils avaient appris à vivre. Ils sortirent dans tes rues sombres, leurs visages tournés vers le firmament, parfois pour la première fois de leur vie. Indéniablement, la lumière revenait sur leur monde et elle gagnait en intensité à chaque minute.

Les hommes se tenaient bouche bée comme des enfants, se protégeant les yeux de cet éclat soudain qu’ils ne comprenaient pas. Certains furent agités par la peur et la confusion, d’autres crièrent leur joie et d’autres encore tombèrent à plat ventre, convaincus qu’ils allaient mourir. L’Empereur de l’Humanité avait observé la façon dont fonctionnait ce monde par le biais de ses augures. Il savait ses citoyens bons et capables, travaillant en silence et avec détermination au bien commun et savait également que les rues demeuraient vides la nuit tandis que la planète dormait. Tous vivaient bien entendu dans l’ignorance de la gloire de l’Imperium, mais leur Roi possédait sans nul doute une grande autorité et avait su se faire respecter pour faire de cette société un modèle de productivité, avec une efficacité sans égale dans la soumission et l’obéissance. Grâce au témoignage des scribes, aides et intendants ayant accompagné l’Empereur dans son voyage vers le centre de Nostramo Quintus, nous avons pu produire un récit détaillé du face à face entre l’Empereur et Night Haunter, et certaines des paroles que l’Empereur a adressées au Primarque ont survécu aux ravages du temps.

La Délégation de la Lumière, telle qu’elle fut appelée, entra à pied dans la cité. La pluie cessa d’un coup comme pour annoncer la présence du Souverain de l’Humanité. Devant la délégation, attendaient les habitants de Nostramo dont peu supportaient de porter directement les yeux sur la silhouette illuminée de l’Empereur. Nombre des concitoyens pleurèrent lorsque Son éclat se refléta dans les rues baignées de pluie et sur la pâleur de leurs visages. Ceux qui osèrent regarder en face l’armure énergétique d’or furent éblouis et perdirent la vue à jamais, mais conservèrent incrustée sur leurs rétines l’image resplendissante du Sauveur de l’Humanité. Étrangement, les citoyens de Nostramo restèrent totalement muets au passage du cortège. Dans son rapport, le Capitaine Ultramarine Lycius Mysander mentionna le regard implorant de ceux qui osèrent lever la tête, l’attribuant au fait que ces pauvres créatures ne devaient jamais avoir connu la véritable lumière auparavant. Certains ont depuis spéculé sur la possibilité que ceux-ci attendaient peut-être la délivrance du régime de terreur qui réduisait leurs vies à un quotidien austère et sans joie. À l’extrémité de l’immense avenue qui menait à la tour sobre et nue de Night Haunter, se tenait l’imposant Primarque, ses cheveux longs et ternes protégeant son visage de l’intense lumière tandis que la délégation avançait dans sa direction. La foule s’écarta comme les épis de blé sous le souffle de la brise et l’Empereur ouvrit tout grand les bras en s’approchant de son fils. Night Haunter fut pris de violents tremblements et plaqua ses mains griffues sur son visage. Un cri étouffé franchit les lèvres tremblantes du Primarque et celui-ci tomba à genoux. Les plus proches de ses conseillers furent décontenancés, ce spectacle dépassait les crises dont ils avaient récemment été les témoins. Affichant un sourire bienveillant, l’Empereur posa ses paumes luisantes sur la tête du Primarque qui cessa de crier et laissa retomber ses mains. Les conseillers qui redoutaient le pire s’élancèrent mais furent stoppés net par un seul regard du nouveau venu. L’Empereur parla au Primarque dont la réponse retentit à son tour sur la place. Depuis ce jour, leurs mots semblent résonner du fond des abysses du temps.

« Paix, Konrad Curze, Je suis venu pour te ramener chez toi. »

« Ce n’est pas mon nom. Je suis Night Haunter, Père, et je sais déjà ce que vous projetez pour moi. »

La Chute de Nostramo

La lueur d’espoir apportée aux hommes de Nostramo par l’arrivée de l’Empereur leur fut cruellement retirée lorsqu’il partit en les privant de leur roi. Beaucoup furent d’abord soulagés que Night Haunter les ait quittés quand ils comprirent qu’ils pouvaient dès lors parler librement sans craindre un châtiment sanglant. Malgré la présence de l’Administratum, Nostramo retomba bien vite dans la corruption et le meurtre. Dans les faits, les rapports du Régent-Administrateur Balthius, laissé sur Nostramo après le départ de l’Empereur pour Terra, devinrent de moins en moins fréquents et finirent par tomber dans la dernière irrévérence. On chuchote parmi les historiens spécialisés qu’il mit peu après fin à ses jours. Mais pour la population de la planète, le pire était de savoir que la civilisation florissait en dehors du système de Nostramo, et qu’il existait de meilleurs endroits dans la galaxie où rayonnaient en permanence la lumière et la splendeur de l’Empereur. Cet espoir futile n’amena que le malheur à ces hommes qui savaient que ces lieux idylliques restaient hors de leur atteinte. La lumière de l’Empereur avait privé Nostramo de son ultime défense contre les ténèbres : l’ignorance.

Night Haunter s’adapta rapidement aux enseignements de l’Imperium, même s’il demeurait austère et silencieux en présence de ses frères Primarques. Ayant pour tuteur Fulgrim, Primarque des Emperor's Children, il assimila à la perfection les doctrines complexes de l’Adeptus Astartes et les apprit même par cœur avec une aisance étonnante. Il considéra Terra comme un paradis et son organisme s’adapta aux cycles diurnes qui lui avaient été inconnus sur sa planète. Très vite, Night Haunter fut adoubé comme guide spirituel et militaire des Night Lords, les héritiers de son génome, une légion entière de fils qui attendaient le retour du père prodigue.

Lorsque la Grande Croisade reprit une fois de plus sa route, Night Haunter fit la démonstration de sa conception de l’art militaire, sa légion s’adaptant à ses tactiques avec intelligence et dévouement. Bien qu’il excellât sur les théâtres des affrontements, il demeurait totalement imperméable aux subtilités de la négociation et des pourparlers, car il ne lui venait même pas à l’esprit de faire usage d’autre chose que la force pour atteindre ses objectifs. Cette façon de considérer la guerre se répandit vite dans les plus hauts échelons des Night Lords, jusqu’à devenir un principe de base accepté par tous. Là où une frappe chirurgicale aurait suffi, Night Haunter faisait souvent usage d’une brutalité exagérée et en plusieurs occasions, le Primarque affirma son opinion qui était qu’en massacrant un adversaire au vu et au su de tous, un défenseur impérial ne résout pas seulement le problème d’origine sans aucune équivoque, mais s’assure aussi que ceux qui l’observent n’oseront pas se détourner de la voie, et qu’une présence physique n’est alors plus nécessaire au maintien de la juste loi. Telles étaient les convictions sous-jacentes dans les stratégies politique et militaire de Night Haunter.

Lors des premières années de service du Primarque à la tête des Night Lords, la légion détruisit toute trace d’hérésie avec une dévotion fanatique digne des traqueurs de l’Inquisition. Night Haunter façonna ses fils et en fit une armée efficace de guerriers pour qui tuer était une seconde nature, prêts à employer n’importe quel moyen pour parvenir à leurs fins.

Très tôt dans sa carrière de chef militaire, Night Haunter mena ses meilleurs combattants contre un temple dédié au culte d’une divinité agricole qu’il réduisit à l’état de cendres. Un épisode lors duquel les Night Lords bombardèrent un continent entier juste parce qu’un culte voué à Slaanesh avait été découvert sur une île isolée fut alors cité comme preuve accablante de leur usage excessif de la force. Night Haunter encourageait ses troupes à décorer leurs armures de symboles de mort pour renforcer toujours plus leur réputation déjà terrifiante. Des crânes ailés, des visages hurlants et d’autres images hideuses étaient peints par ses guerriers sur leurs armures énergétiques avec le plus grand soin. Même les têtes desséchées de leurs ennemis venaient parfois orner l’armure de certains d’entre eux.

Cette stratégie porta ses fruits, bientôt les interventions des Night Lords firent parler d’elles et la seule mention de leur présence dans un système suffisait à garantir le paiement de la dîme et faisait cesser toute activité illégale, les habitants allant même jusqu’à tuer leurs enfants porteurs de difformités plutôt que de risquer une purge menée par cette sinistre légion.

Après la mort d’une partie de ses Space Marines, Night Haunter fit venir de nouvelles recrues de sa planète natale Nostramo, car il savait que ses habitants obéiraient sans discuter. Il était alors convaincu qu’ils œuvreraient pour le bien de l’Imperium avec ce dévouement dont ils avaient fait preuve quand ils étaient ses sujets. Night Haunter ignorait cependant que Nostramo était déjà retombée sous le joug de la corruption et de la décadence qui avaient précédé son arrivée. Seuls les criminels les plus enhardis avaient de l’influence sur cette planète devenue un véritable trou à rats et ce furent ces hommes, forts et aux nerfs d’acier mais absolument dénués de scrupules, qui rejoignirent les rangs des Night Lords. Des cultes guerriers émergèrent à l’arrivée de ces recrues pâles aux yeux sombres et les épisodes de massacres de populations sans défenses perpétrés par les Night Lords connurent un accroissement constant.

Bien qu’un des fils de l’Empereur ne fût jamais obligé d’en répondre à nul autre qu’au meneur de l’Humanité en personne, les Primarques s’étaient mis à considérer comme suspect le comportement de Night Haunter, affecté par les cicatrices de son ancienne existence sur Nostramo. En dépit du temps passé en compagnie de ses pairs, le Primarque conservait une certaine distance et ne partageait que rarement les joies de la camaraderie.

Souvent pris de convulsions, il était hanté par des visions de sa propre mort et de ses Night Lords affrontant les autres légions de l’Adeptus Astartes. Malgré l’insistance de ses compagnons, il ne voulut jamais leur révéler ce qui tourmentait son esprit et son sentiment d’isolation se mua peu à peu en paranoïa, creusant un fossé entre ses frères Primarques et lui. Les problèmes posés par ces pensées hérétiques n’éclatèrent qu’au bout d’un certain temps, et seulement parce que Night Haunter était parvenu à établir une certaine forme de confiance avec son ancien tuteur, le Primarque Fulgrim. Il semble que les conceptions intimes de ce dernier lui permirent de comprendre l’étrange logique de Night Haunter dont les ressources pouvaient manifestement être mieux employées, en dépit des purges perpétrées par les Night Lords.

L’hypothèse a été émise que lorsque Fulgrim vint à son aide après l’une de ses violentes crises, Night Haunter se sentit suffisamment en confiance pour exprimer ses angoisses. Étant donné la réaction de Fulgrim, il parait fort probable que le Primarque des Night Lords lui ait parlé de sa certitude qu’il serait tué par son propre père, dont les fils mourraient en se battant entre eux plutôt que contre leurs ennemis, et que la lumière que l’Empereur avait apportée sur Nostramo provoquerait finalement sa déchéance. Fulgrim confia à son tour les paroles de Night Haunter à Rogal Dorn, qui s’indigna alors de cette offense faite à l’Empereur. Le récit des événements consignés ici laisse à penser qu’une confrontation eut lieu entre Rogal Dorn et Night Haunter, et il semble évident à la lecture de ce manuscrit qu’ils en vinrent aux mains.

Cet extrait fait sans aucun doute possible partie d’une description du banquet tenu en l’honneur de la pacification du système de Cheraut en 7232826.M29, rédigée de la main du Seigneur Princeps lchabod Lethraï et maintenue dans une solution d’huiles sacrées pour prévenir sa désagrégation. Ce texte est parmi les plus précieux à être conservés dans les archives du Librarius Sanctus.

"…Étendu sur le sol de pierre reposait Rogal Dorn dont la respiration se faisait faible. Sa toge était imbibée de sang et en plusieurs endroits de son torse manquaient des morceaux de chair gros comme le poing. Accroupie sur le poitrail du guerrier géant comme une hideuse gargouille à la peau pâle se trouvait la forme courbée de Night Haunter. Il respirait bruyamment et ses cheveux ébouriffés cachaient ses yeux d’un noir de jais. Il pleurait mais son visage était déformé par un rictus exprimant autant la haine que le remords."

La suite immédiate de cet incident n’est pas décrite, même s’il apparaît que les Primarques tinrent conseil alors que Night Haunter était congédié dans ses appartements. Leurs conclusions ne nous sont hélas pas connues, mais le dénouement de cette terrible chaîne d’événements est gravé dans l’histoire des heures tragiques de l’Imperium.

Les Primarques se séparèrent après quelques heures et apprirent que Night Haunter avait disparu. Il avait massacré sa garde d’honneur et tapissé les couloirs, les murs et les plafonds des cloîtres menant à ses quartiers du sang et des os de ses victimes. Lorsque les Primarques se lancèrent à sa poursuite, il avait eu le temps de mobiliser sa flotte et de disparaître dans le Warp. Sans les capacités surnaturelles et l’incroyable prescience des Primarques de l’Empereur, de nombreux poursuivants se seraient perdus lorsqu’en ce jour leurs vaisseaux s’enfoncèrent toujours plus loin dans les sphères malléables du Warp. Nous n’avons aucune indication sur la durée du voyage, mais une chose est certaine : malgré tous leurs efforts, ils arrivèrent trop tard.

Les vaisseaux des Night Lords avaient mis le cap sur Nostramo, et tandis qu’ils se mettaient en orbite autour de la planète enveloppée de brumes, ils pointèrent dans sa direction leurs centaines d’armes, éclairées par les rayons d’un soleil mourant. Lorsque les quelques vaisseaux qui ne s’étaient pas fait distancer émergèrent du Warp, les canons du vaisseau amiral de Night Haunter ouvrirent le feu sur la planète. Une myriade de rayons incandescents se concentra sur le point faible de Nostramo : le sillon creusé dans l’écorce lors de l’arrivée du Primarque. L’intensité des tirs des Night Lords se mua en un trait d’énergie aveuglante, transperçant tel la pointe d’une lance le noyau de ce monde qui fut éparpillé dans une explosion cataclysmique.

L’Hérésie d’Horus

À la suite de cet acte effroyable, Night Haunter devint vulnérable aux tentations que lui murmuraient les Dieux du Chaos. Il laissa dans la galaxie un sillage de systèmes dévastés car, selon lui, bien peu de mondes civilisés n’avaient absolument rien à se reprocher et les prétextes qu’il utilisait pour lancer des invasions de grande envergure devinrent de moins en moins crédibles. Plusieurs navettes de reconnaissance impériales suivaient les déplacements de sa flotte et parcouraient des distances spatiales inimaginables afin d’en rapporter les moindres faits et gestes à l’Empereur.

Les atrocités commises par les Night Lords au nom de ce dernier se firent de plus en plus répugnantes. Des actes blasphématoires d’une violence inouïe étaient la signature du passage de leur flotte qui poussait toujours de l’avant pour échapper au châtiment. La légion se complaisant dans le sadisme physique et la torture psychologique, il arrivait que les guerriers en armure sombre ralentissent leur orgie frénétique de destruction pour méditer des campagnes visant à répandre la terreur sur certains mondes. Ils devinrent de véritables experts en matière de souffrance et de désespoir, consacrant des semaines à propager la misère et la peur sur une planète, se délectant des émotions qu’ils faisaient surgir. Ils s’assuraient de n’envahir que des systèmes reculés et sans défenses dont les populations ne comprenaient pas pourquoi ces envoyés de l’enfer se déchaînaient sur eux, se nourrissant de leurs frayeurs à l’instar de sangsues démoniaques. Night Haunter ne se battait désormais plus pour l’Empereur qu’il dénonçait comme étant un lâche hypocrite n’ayant même pas le courage d’admettre que ses propres doctrines étaient tout aussi extrêmes. Le seigneur des Night Lords avait choisi d’agir au nom de la mort et de la peur et d’employer pleinement l’arsenal à sa disposition pour arriver à ses fins. Son aspect changea également : ses lèvres disparurent, sa silhouette se courba et ses mains noueuses cédèrent la place à des doigts griffus.

Abasourdi par les actions de son fils, l’Empereur fut forcé de lui réclamer des comptes et d’exiger sa présence pour une investigation sur les méthodes de sa légion. Mais lorsque cet édit fut proclamé et que le bras lent mais impitoyable de la loi impériale se fut étendu, la pire des trahisons jamais connue par l’Imperium éclata : Horus, premier parmi les favoris de l’Empereur, convertit plusieurs des légions Space Marines au culte du Chaos. Sa duplicité devint évidente aux yeux de l’Empereur sur Istvaan V et la quête visant à traîner Night Haunter en justice fut abandonnée dès le début du gigantesque conflit.

Night Haunter fut prompt à proclamer son allégeance à Horus et il devint clair que les accusations qui accablaient les Night Lords étaient fondées. À partir du monde de Tsagualsa, au plus profond de la région mal connue de l’espace appelée Bordures Orientales, les Night Lords lancèrent une campagne de génocides en comparaison desquels leurs atrocités précédentes semblèrent insignifiantes. Ils n’étaient affiliés à aucune puissance du Chaos en particulier et considéraient une telle dévotion avec mépris. Leur Primarque ne voulait que répandre la terreur et avait fini par devenir ce qu’il détestait auparavant le plus au monde. Rapidement, les rangs autrefois fiers de cette légion ne furent plus composés que de meurtriers et de criminels à qui les puissants gènes de leur Primarque conféraient le pouvoir d’oppresser ceux qu’ils choisissaient pour victimes. Plutôt que de servir le Chaos, les Night Lords en firent l’outil de leurs indicibles exactions. La galaxie tremblait à la seule mention de leur nom, et lentement mais sûrement, ils se frayèrent un chemin vers Terra.

Même lorsque l’Hérésie d’Horus prit fin et que l’Élu du Chaos gisait brisé et vaincu au milieu des restes de sa barge de bataille, les Night Lords poursuivirent leurs raids dans tout l’Imperium, abandonnant ce qu’il leur restait de stratégie militaire et leur habitude des campagnes soigneusement planifiées au profit de la destruction et du meurtre à l’état brut. La marque de Night Haunter transparaissait toujours dans les actions de sa légion, mais il semble évident que les ordres du Primarque avaient changé. Alors qu’ils s’étaient montrés jusque-là froids et calculateurs, les Night Lords cédaient à leurs pulsions destructrices en lançant des attaques aux chances de succès pratiquement nulles. Night Haunter avait sans doute fini par réaliser que l’Empereur avait ordonné que la vie lui soit ôtée par les Assassins du Temple Callidus, dont plus de la moitié des agents reçurent pour mission de localiser et détruire le Primarque dans l’espoir que sa mort désorganiserait à jamais la légion des Night Lords.

Les dernières paroles de Night Haunter demeurent l’une des grandes énigmes de l’histoire impériale. On suppose qu’il laissa en toute conscience l’assassin M’Shen pénétrer dans son palais sur le monde de Tsagualsa, dont les murs étaient entièrement composés de corps encore vivants. S’attendant à devoir se charger de nombreux gardes loyaux, M’Shen fut surprise de trouver des salles remplies d’os et de chair mais entièrement désertes. Les capteurs vidéo incorporés dans ses brassards, depuis conservés dans un champ de stase au cœur du temple Callidus, nous montrent la confrontation finale entre le Primarque déchu et l’ange qui fut le bras de la vengeance impériale. Assis au milieu des ombres sur un trône fait des os fusionnés de ses victimes, un parterre de visages hurlants menant à ses pieds nus, se tenait Night Haunter en personne, irradiant une intense folie et une terrible haine palpables même à travers l’enregistrement vidéo. M’Shen s’arrêta devant lui lorsqu’il leva la tête et que leurs regards se croisèrent. Les yeux du Primarque étaient deux abîmes de profondes ténèbres. Un long moment passa, puis d’une voix vibrante à la fois de mépris et de douleur, Night Haunter parla.

« Ta présence ici n’est pas une surprise pour moi, Assassin. Je t’ai suivie depuis l’arrivée de ta navette dans les Bordures Orientales. Pourquoi ne t’ai-je pas fait tuer ? Parce que ta mission autant que l’acte que tu t’apprêtes à commettre prouvent que tout ce que j’ai pu dire ou accomplir était vrai. Je n’ai jamais fait que punir ceux qui avaient fait le mal, tout comme ton faux Empereur qui cherche maintenant à me punir, mais mieux vaut mourir que de devoir se justifier. »

L’image se brouille alors une fraction de seconde tandis que M’Shen s’élance, et la dernière image est celle du regard fixe de deux yeux sombres au-dessus d’un sourire débordant de folie avant que l’enregistrement ne cesse d’une façon aussi brusque qu’inexplicable.

Source

  • Index Astartes du White Dwarf N°93 (Janvier 2002)