Corvus Corax

De Omnis Bibliotheca
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Artikle pô fini. J’suis en train d’mettre ça
kom il fô pour k’ça soit tout bô tout bien !
- Krapull Kass’Krane, Mékano
et scribe stagiaire Ork.


Corvus Corax, Le Seigneur Corbeau, Primarque de la Raven Guard.
Depuis son plus jeune âge, Corax savait que sa destinée était de délivrer son peuple et, à mesure que les années passaient, il commença à construire les bases de leur future liberté. Les ressources des esclaves étant limités, il ne leur était possible que de fabriquer des armes basiques, mais ils en dissimulèrent un grand nombre en différents points stratégiques des complexes miniers. Corax organisa les esclaves en différentes escouades d’assaut, confiant leur commandement aux membres les plus compétents. Il engagea également une guerre psychologique contre les geôliers, organisant régulièrement des émeutes et des sabotages qui affaiblirent les ressources de la garnison et sapèrent le moral des gardes. Chaque événement fut calculé afin que la pression ne cesse de croître graduellement, jusqu’à ce que Lycaeus ne soit plus qu’un baril de poudre sur le point d’exploser.

Le moment venu, Corax et ses escouades frappèrent. D’imposantes machines de forage furent acheminées dans les rues jusqu’à des lieux clefs. Des équipes dotées de marteaux piqueurs et de scies laser sectionnèrent les lignes de communication ou de transmission de l’énergie, empêchant le ravitaillement des principales bases ennemies. Un des dômes les plus importants, celui qui renfermait l’essentiel de la puissance militaire des gardes de Lycaeus, fut brisé, exposant au vide ses occupants. Simultanément, Corax et ses meilleurs guerriers lancèrent un assaut contre la forteresse des geôliers et s’en emparèrent au terme d’une seule nuit de combats. Après des siècles de répression, aucune pitié ne fut accordée à ceux qui avaient oppressé et exécuté les esclaves.

Surprises par la chute de Lycaeus, les technoguildes envoyèrent des troupes écraser la rébellion. La guerre fut courte et meurtrière. Les forces de Corax utilisèrent des puits granitiques pour bombarder Kiavahr de containers remplis de charges atomiques bricolées, détruisant de vastes portions du paysage industriel de la planète. Lorsque les troupes de Kiavahr atterrirent sur la lune pour combattre, Corax les attendait avec ses guerriers. Le Primarque eut systématiquement un temps d’avance sur ses ennemis, orchestrant des frappes chirurgicales qui décimèrent leurs quartiers généraux et coupèrent leurs lignes d’approvisionnement, les obligeant à rester sur la défensive.

Corax obtint finalement la victoire lorsque les troupes de Kiavahr se replièrent et que l’économie de leur planète, privée de la manne minière de Lycaeus, s’effondra. La planète sombra dans l’anarchie tandis que les différentes technoguildes s’affrontaient pour le contrôle des ultimes ressources de la planète. Les habitants de Lycaeus célébrèrent leur victoire plusieurs jours durant et allèrent même jusqu’à rebaptiser leur lune "Délivrance".

Le rapport le plus complet concernant la Grande Croisade, le Speculum Historiale, ne raconte pas grand-chose au sujet des retrouvailles entre l’Empereur et son fils Corax. Ce sont les Archivistes de la Raven Guard qui ont gardé trace de cet événement, même si comme toujours, il reste entouré de mystères. Il est dit qu’au cours des célébrations de la victoire, l’Empereur se rendit sur Délivrance et y trouva Corax qui l’attendait, curieux de rencontrer cet étranger qui venait d’atterrir seul sur son monde. L’Empereur parla avec Corax pendant un jour et une nuit, mais ce qu’ils se dirent restera à jamais un secret. À l’aube du second jour, Corax accepta de prendre sa place aux côtés de l’Empereur ainsi que le commandement de la Raven Guard. Il posa néanmoins une condition à son acceptation : que l’Empereur l’aide à instaurer la paix sur Kiavahr. La paix par la force des armes, certes, mais la paix tout de même. Déstabilisées par leur défaite contre Délivrance, les technoguildes furent rapidement anéanties. L’Adeptus Ministorium n’eut plus qu’à investir la place laissée vacante pour régir la planète selon les lois de l’Empereur. La production de minerai reprit bientôt sur Délivrance, mais suivant un régime hautement sophistiqué. De son côté, Kiavahr fut petit à petit reconstruite sous la férule de l’Imperium. La tour sombre qui avait été la résidence des oppresseurs devint la nouvelle forteresse de la Raven Guard et fut renommée le Pic du Corbeau.

Il existe de nombreuses histoires relatant la découverte de Corax, et il est peu probable qu’on sache un jour la vérité. Une de ces légendes raconte qu’au cours d’excavations sous un glacier, qui coûtèrent la vie à des centaines d’esclaves, on découvrit une salle cachée contenant l’enfant. Une autre parle d’une comète flamboyante qui s’abattit sur une montagne d’acier, et d’un enfant entouré d’un halo de lumière fantomatique émergeant indemne des décombres. Certains racontent également qu’un géant mourant confia le bébé aux esclaves et leur demanda de le protéger des Sombres. Quelles que furent les circonstances de sa découverte, les esclaves de Lycaeus prirent soin du bébé à la peau blanche et aux cheveux noirs, qu’ils nommèrent Corax, "le Sauveur". Ils cachèrent l’enfant à leurs geôliers et l’élevèrent comme l’un des leurs. En quelques années seulement, il vint à maturité, ce qui réjouit grandement les esclaves qui voyaient en lui leur sauveur envoyé par l’Empereur. Ils formèrent le jeune Primarque dans tous les domaines qu’ils purent, les origines variées des exilés brassant un vaste éventail de connaissances, mais par-dessus tout, Corax devint un expert en sabotage, démolition et meurtre. Ils lui enseignèrent également toutes les qualités nécessaires à un chef. Le Primarque s’avéra extrêmement raapide dans son apprentissage, tirant profit de sa force, de son intelligence et de son tempérament taciturne pour ingurgiter avec voracité toujours plus de savoir.

Au cours de la Grande Croisade, Corax et sa légion obtinrent certaines des victoires les plus fulgurantes de cette époque turbulente. Le Primarque n’avait pas oublié les méthodes auxquelles il avait été formé et il employa ses talents à bon escient tout au long de la croisade. Des planètes réputées imprenables tombèrent suite aux interventions de la Raven Guard. Assassinats, opérations secrètes à l’arrière des lignes ennemies et sabotage devinrent la marque de fabrique de la légion, et dans ces domaines, aucune autre ne la surpassait. Corax devint un maître dans l’art de déceler les faiblesses des structures militaires d’une planète et d’intervenir en force à ces endroits même, mettant constamment sous pression les troupes ennemies. Ces méthodes requerraient rarement la totalité des forces de la Raven Guard, mais lorsque cela était nécessaire, Corax n’hésitait pas à envoyer tous ses guerriers au combat.

La Raven Guard acquit une réputation si terrifiante que le Maître de Guerre fit appel à elle en de nombreuses occasions, et on peut dire que si Horus totalisa un nombre incroyable de victoires, il le dut en partie à Corax et ses Space Marines. Les archives de la Raven Guard semblent anormalement pauvres en informations concernant cette période, aussi de nombreux historiens impériaux soupçonnent-ils le taciturne Corax de ne pas avoir porté dans son cœur Horus au tempérament plus sociable, le jugeant trop vantard et manipulateur. La légende raconte que lors d’une altercation qui dégénéra, ils en vinrent presque aux mains et l’effusion de sang ne fut évitée in extremis que lorsque Corax retira le commandement de sa légion au Maître de Guerre.

Les deux Primarques ne se rencontrèrent plus jamais et quand l’Hérésie d'Horus déchira la galaxie, la Raven Guard se battait aux côtés des Iron Hands et des Salamanders. Les trois légions reçurent l’ordre d’attaquer le quartier général d’Horus sur la planète Istvaan V et de le détruire sans autre forme de procès. Quatre légions supplémentaires furent par la suite envoyées pour les soutenir, afin de renforcer les zones de débarquement et consolider le succès de l’invasion.

Horus s’était détourné de l’Empereur, mais il n’en avait pas pour autant perdu les talents qui lui avaient valu le titre de Maître de Guerre. Les légions loyalistes subirent de lourdes pertes lors de l’assaut d’Istvaan V, car les forces du Traître étaient solidement établies : au terme de combats sanglants, elles furent forcées de battre en retraite pour assurer la liaison avec celles qui étaient venues les soutenir. Les zones de débarquement avaient été fortifiées par les Won Warriors, et lorsque les troupes alliées se replièrent, elles tombèrent sur un tir nourri déclenché par leurs anciens frères d’armes : Horus était parvenu à corrompre quatre des sept légions envoyées contre lui. Prises entre deux feux, les légions loyalistes furent impitoyablement massacrées, et seule une poignée de survivants parvint à s’échapper et à prévenir l’Empereur de cette trahison à grande échelle.

Sa légion quasi exterminée, Corax retourna sur Délivrance pour la reconstruire aussi vite que possible. Ce fut une période difficile car l’Imperium était à feu et à sang, sur le point de s’effondrer, et la nécessité de guerriers courageux se faisait plus que jamais sentir. Cette situation désespérée appelant des mesures désespérées, Corax s’enferma dans les pièces obscures de la bibliothèque du Pic du Corbeau pour y chercher dans ses tomes ancestraux une solution. Ses recherches le menèrent jusqu’à l’aube de la manipulation génétique, lorsque des techniques d’accélération du développement des zygotes étaient employées afin de créer les premiers guerriers améliorés qui aidèrent l’Empereur à pacifier Terra. Corax réalisa que ce procédé pouvait être modifié pour produire des Space Marines à une vitesse incroyable. Mais les anciens textes mettaient en garde contre les terribles dangers encourus, et bien qu’il eût conscience qu’il risquait de détruire ce qu’il restait de sa légion, il ordonna de mettre en œuvre le procédé.

Rien ne peut être tenu pour certain quant aux premières créations. Les mémoires de la Raven Guard ont été scellés avec des sceaux d’une puissance indicible et aucun des membres du Chapitre, ni de ses Chapitres successeurs n’a jamais révélé ce qu’il se produisit alors. Les rapports issus d’autres sources sont rarissimes, d’autant qu’à cette époque, la Raven Guard avait tendance à éviter les autres légions, préférant combattre seule et dans l’ombre. Les Prêtres des Runes Space Wolves se transmettent la "Saga du Garou", qui parle de monstres rendus quasiment fous de rage par leur soif de sang, envoyés au combat par leurs frères de la Raven Guard. Peut-être l’expérience des Space Wolves en la matière, à propos des Wulfen, explique-t-elle leur sympathie à regard de la Raven Guard ? Quoi qu’il en soit, à peine une de ces abominations sur dix était capable de tenir un botter, et parmi celles-ci, il ne devait pas y en avoir plus d’un pour cent dont la structure génétique fut suffisamment stable pour en faire un véritable Space Marine.

Corax reconstitua peu à peu ses effectifs et sa légion put enfin prendre part à certains conflits. Le talent de la Raven Guard pour opérer en petit nombre sur les arrières des lignes ennemies compensait le manque de guerriers. L’aptitude de Corax à déceler les points faibles des défenses adverses et à les attaquer de façon aussi soudaine que radicale lui permit d’engager ses troupes uniquement dans les conflits qu’il avait choisis. De toute façon, la Raven Guard ne disposait pas du nombre nécessaire pour des opérations d’envergure et ce ne fut qu’un siècle après la fin de l’Hérésie que la légion retrouva ses effectifs d’origine. Corax était parvenu à ses fins, certes, mais pas sans en payer le prix. Les dongeons du Pic du Corbeau résonnaient des hurlements des abominations créés par les Apothicaires. Il décréta que nul ne devait découvrir quel était le fardeau que la légion avait dû accepter pour garantir sa survie et décida d’administrer lui-même la Paix de l’Empereur à chacun de ces malheureux.

Suite à l’Hérésie, Roboute Guilliman, le Primarque des Ultramarines, prit de facto la tête des forces armées de l’Imperium. L’un des premiers édits de son saint ouvrage, le Codex Astartes, fut la division des légions Space Marines en forces de moindre envergure appelées Chapitres. Nombreux furent les Primarques à s’opposer à ce décret, mais Corax accueillit la décision avec bienveillance, car il savait Guilliman clairvoyant. C’est ainsi que la Raven Guard donna naissance à trois autres Chapitres : la Black Guard, les Revilers et les Raptors.

À l’image de l’ensemble de la vie de Corax, sa disparition est également entourée d’ombres. On raconte qu’à la suite de la division des légions et au rétablissement de l’ordre Impérial dans la galaxie. Corax s’enferma dans la plus haute tour du Pic du Corbeau pour prier l’Empereur de le pardonner pour ce qu’il avait ordonné à ses Apothicaires de faire. Personne ne sait s’il reçut l’absolution qu’il demandait, mais un an jour pour jour après son exil dans la tour, Corax en émergea, l’air hagard et sauvage. Il quitta Délivrance le soir même pour une opération dans l’Œil de la Terreur et personne ne le revit. Les derniers mots qu’on l’entendit prononcer furent « jamais plus… »

Source

  • Index Astartes du White Dwarf N°104 (Décembre 2002)