Campagne des Arches Fatidiques

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1 Abaddon
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La galaxie se débat comme un animal blessé. Torturée par les plaies infectées que sont les innombrables tempêtes Warp, elle geint dans son agonie. Tandis que les forces de l’Imperium Sanctus luttent bec et ongles pour reprendre le dessus, les mondes de l’Imperium Nihilus sont assiégés par des cauchemars incarnés. Les forces du Chaos attaquent sur tous les fronts, du Piège de Nachmund au secteur Charadon. Des races Xenos se démènent pour survivre ou se livrent à de véritables carnages dans une orgie de conquêtes et de destruction. Mais aucune faction ne parvient à prendre l’ascendant. Chaque victoire et chaque défaite ne sont que des bûches jetées dans le brasier. Abaddon ne s’est pas donné tant de mal pendant des millénaires pour voir sa Longue Guerre se conclure par l’anéantissement mutuel. Ses plans progressent dans les ombres grâce à des missions aussi secrètes que diaboliques. Ses légions de Sorciers et de cryptomagi parcourent les moindres traces de savoir ésotérique et textes prophétiques qui permettraient au Maître de Guerre d’obtenir un avantage décisif bans ce conflit. Abaddon convoite une arme secrète à déchaîner contre l’Imperium de l’Humanité, et si nécessaire, il remuera le temps et l’espace pour mettre la main dessus.


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Abaddon se trouvait dans un occultarium au cœur du Vengeful Spirit. Les murs de cette petite pièce circulaire s’élevaient dans les ombres au-dessus du Maître de Guerre. Toutes les surfaces étant couvertes de pierre noire, il avait l’impression d’être au fond d’un puits. La porte de la salle était fermée par des runes, pour empêcher toute entité maléfique de s’échapper. La seule lumière venait de l’octagramme luisant tracé au sol. Il laissait deviner des chaînes accrochées au plafond d’où pendaient des fétiches ensanglantés. Il illuminait aussi des êtres cadavériques drapés de robes moisies, entravés par des sangles couvertes de runes et branchés à des alcôves placées sur le pourtour de la pièce. C’étaient les Oracles, des créatures mortes, murmurant et sifflant. Leurs expirations chuintantes à peine audibles. Ces revenants infernaux étaient tant imprégnés des puissances du Warp que leur regard sans yeux aurait paralysé même le Sorcier le plus endurci. Pour sa part, Abaddon n’éprouvait rien de plus que du mépris.

« Toujours cette mascarade, ce besoin d’être craints. Je n’ai pas le temps pour ces jeux. Vous savez ce que je veux. Montrez-le moi. »

Les Oracles tremblèrent dans leurs alcôves, leurs contours se troublant avant de s’immobiliser. La lumière de l’octagramme brilla. Des images flottèrent puis se précisèrent dans cet éclat : des guerriers couverts de sang, des mondes en flammes, des cités plongées dans les ténèbres. Abaddon observait, le visage impassible, mais l’esprit en ébullition.

« Trop de temps loin de la guerre. » murmura-t-il. « À observer des cartes stellaires tatouées sur la peau d’hommes morts, à écouter les palabres de prophètes et mystiques. »

Il pointa une image qui glissa devant les autres. À peine audible, des cris damnés s’élevaient en une mélopée d’agonie. Dans la lueur infernale, Abaddon regarda les étoiles tourner et des tempêtes Warp les engloutir. Sous ses yeux, un gantelet fermé tournait. Les tempêtes furieuses s’enroulaient autour de celui-ci et lui arrachaient des couches de métal jusqu’à ce qu’il se fragilise et se couvre de ténèbres en expansion. Une lance barbelée traversa soudain sa paume. Les doigts en armure s’ouvrirent dans un spasme avant de se briser, pris dans le maelström. Abaddon fit un geste, chassant l’image.

« Je sais déjà que Worldclaimer l’emporte dans le Piège de Nachmund. Je ne supporte pas ces flagorneries. Montrez-moi ce que je veux voir. »

Les images tournèrent à nouveau. Abaddon se laissa aller à envier la mission de Worldclaimer. Mener une campagne de pure destruction et baigner Drach’nyen dans le sang des Loyalistes, aurait pu apaiser sa colère. Mais il ne pouvait se permettre un tel plaisir. Il savait que parmi ses partisans, certains se demandaient pourquoi il n’avait pas d’ores et déjà attaqué Terra en profitant de la Noctis Aeterna pour asséner le coup fatal, ou en jetant toutes ses forces dans le Sillon Écarlate tandis que les loyalistes tentaient de reprendre leurs esprits.

La réponse était simple : Abaddon n’était pas aussi idiot qu’Horus. Ignorer les caprices du Warp, compter sur les humeurs des Dieux Sombres et se ruer sur son objectif en laissant les grandes armées des adorateurs du Dieu cadavre libres d’agir dans son dos reviendrait à répéter les erreurs du passé. Abaddon n’était pas prêt à faire des paris aussi risqués, comme Horus avant lui.

Il ne souffrait pas de l’arrogance innée dont avaient héritée tous les Primarques.

« Lorsque je frapperai Terra, ce sera dans une position de force absolue. » annonça-t-il à haute voix dans la pièce vide, sur le ton d’un serment sacré. « Il n’y aura ni combat ni siège. Seulement la chute de la guillotine : inexorable, finale, suffisante. »

Plus facile à dire qu’à faire, se dit-il. Surtout quand on commandait des armées aussi anarchiques que les siennes. Le terme "commander" lui-même était largement exagéré. Les hordes rassemblées sous la bannière d’Abaddon étaient certes innombrables, mais leurs objectifs étaient légion, et ne suivaient pas tant les siens que par la peur ou pour des intérêts personnels. Pire encore : derrière bon nombre de champions, de bandes de guerre, de Magi Noirs et de machines divines se cachait l’influence des Dieux Sombres.

Voilà des millénaires, Abaddon avait juré qu’il ne serait pas leur pion. Mais résister lui-même au pouvoir des dieux était plus facile que d’en préserver ses partisans. Les Dieux du Chaos ne souhaitaient pas voir leur plus grand champion mortel arracher la victoire sans devoir implorer leur aide, ni qu’il l’emporte en obéissant à l’un de leurs rivaux infernaux.

Ainsi, les entités dont le pouvoir et la protection auraient dû garantir le triomphe d’Abaddon s’affrontaient par l’intermédiaire de marionnettes mortelles et démoniaques. Leurs influences alimentaient des conflits internes aux osts qu’il prétendait diriger.

Une nouvelle image scintilla devant Abaddon : deux silhouettes divines combattant au sommet d’une tour en flammes. L’une leva une griffe étincelante et blessa l’autre sous des cieux aux couleurs funestes. Abaddon fit la moue. Encore des flatteries, teintées de moquerie. Son combat contre Marneus Calgar sur Vigilus avait été satisfaisant, mais finalement, son poids symbolique avait été atténué par l’ingérence des ordures Xenos. Longtemps après avoir récupéré le Vengeful Spirit, les Magi Noirs et les Techmanciens à son bord n’avaient pas encore fini de réparer les dégâts encaissés par le vaisseau amiral de la Black Legion.

Abaddon grogna et balaya l’image. Son geste déclencha un frisson collectif chez les cadavres en bure. Il ne se laisserait pas railler ainsi. Mener cette Longue Guerre, exploiter la puissance des Dieux Sombres et leurs adorateurs à la seule force de sa volonté sans jamais céder à aucune des divinités empyréennes était la tâche la plus ardue et la plus solitaire qu’un mortel puisse entreprendre. Il devait constamment réaffirmer son autorité par des conquêtes et des démonstrations de force sans avoir de temps à gaspiller pour le faire.

Abaddon attira une nouvelle image tremblante face à lui avant de la chasser et d’en choisir une autre, puis une autre. Il vit un cyclope écarlate au sommet d’une tour miroitante tandis qu’une interminable procession de suppliants avançait en spirale pour se jeter dans les flammes au pied du minaret. Il regarda un océan de crasse pourrissante se fracasser contre un bastion de marbre azur et or tandis qu’une silhouette encapuchonnée observait la scène en tenant un sablier dans une main squelettique.

Une autre image lui montra un voile étouffant couvrant d’innombrables visages hurlants tandis que des mains tendues les attiraient dans un lac noir. Cette image revint plusieurs fois, proliférant aux abords de l’étendue stellaire jusqu’à ce qu’Abaddon la balaie. Il connaissait parfaitement les Nécrons et leur roi innommable, mais devait encore décider comment contrer cette menace.

D’autres images se succédèrent sous ses yeux, des allégories infernales dont le sens était limpide pour un esprit ancien et érudit comme le sien. Abaddon vit les victoires et les défaites des armées du Chaos, ainsi que leurs incessantes querelles intestines. En découvrant la dernière folie de Fulgrim au cœur de l’Imperium Nihilus, il rugit de rage et dut se retenir d’abattre sa griffe sur l’octagramme à ses pieds.

« Montrez-moi les adorateurs de cadavre, » siffla-t-il entre ses dents serrées. De nouvelles convulsions secouèrent les êtres morts dans leurs alcôves, leurs contours s’estompant tandis que leurs talons momifiés martelèrent la pierre.

De nouvelles images se dévoilèrent à Abaddon, des rivières de feu coulant depuis une étoile aveuglante, des aigles bicéphales brisant des tours hérissées de pointes à coups de serres, et des ombres repoussées par une lumière purificatrice. Il vit des légions de silhouettes sans visage marchant au pas. Leurs yeux étaient baissés et leurs pas las tandis qu’ils piétinaient les dépouilles de leurs camarades. Mais le front de chaque ombre scintillait du même éclat que le brasier derrière elles, et Abaddon perçut les objectifs et la foi commune qui motivaient ces légions de pantins. Comme il les haïssait pour leur dévotion imbécile. Le fait que la foi à laquelle ils s’accrochaient était un mensonge rendait son efficacité d’autant plus répugnante à ses yeux.

Il était sur le point de balayer les images pour se concentrer sur les zones de guerre nécessitant son attention, lorsque la lumière infernale clignota, déformant les images en son sein. Une vague de colère et de panique submergea Abaddon tel un coup de poing. Ses cœurs accélérèrent, se préparant au combat, tandis qu’il comprenait que ces émotions n’étaient pas les siennes, mais une projection. Il leva les yeux et vit les Oracles se débattre dans leurs alcôves. Leurs crissements secs rappelaient des roseaux morts ballottés par les vents. Des arcs d’énergie verte surgirent de leurs corps comme des éruptions solaires et fouettèrent les murs. L’octagramme s’éteignit tandis que les runes de protection incrustées dans les murs prirent vie.

Abaddon leva Drach’nyen et adopta une position de combat. Cerné par des sifflements désespérés, matraqué par des vagues d’émotions inhumaines, il recula jusqu’à la porte et donna un coup de coude pour presser la rune d’ouverture. Sa première tentative se solda par un échec, mais Abaddon insista et cette fois, la porte se souleva. Heureusement, il n’avait pas été contraint de tourner le dos à l’entité malveillante qui avait perturbé son occultarium. Il recula jusque dans le couloir. Des guerriers en Armure Terminator s’avancèrent comme un seul homme pour se placer autour de lui. Ils étaient menés par la silhouette terrifiante de Falkus Kibre, le chef de la garde personnelle d’Abaddon les Porteurs de Désespoir.

« Maître de Guerre ? » demanda Kibre.

« Quelque chose interfère avec les Oracles, » répondit Abaddon. « Faites sceller l’occultarium et détruisez ce qu’il contient. Je ne tolérerai aucune intrusion maléfique. »

« À vos ordres, Seigneur, mais je reçois des rapports de tout le vaisseau. Visiblement, le problème est général. »

Abaddon avait éteint le vox de son gorgerin en entrant dans l’occultarium. Il le ralluma et grogna en entendant les perturbations polluant le signal. D’étranges sifflements et chocs métalliques mêlés à des cris semblant surgir de quelques abysses hantaient tous les canaux. Il aurait juré entendre des rouages et des flammes. Au milieu de tout cela, il entendit des échanges vox et les grognements des soldats de la Black Legion, le vacarme grésillant des Magi Noirs et la panique des ilotes.

« …des Serviteurs du… se comportent bizarrement et ignorent leur… quelque chose cloche avec leurs augmétiques… »

« …les équipes d’artilleurs à… signatures inconnues… »

« …trois d’entre eux fusionnant… formant des schémas fractals répétitifs… que… »

« …affichage de fous les tableaux sont passés… même motif géométrique… »

« …au nom… Dieux Sombres, quelque chose… chaque fois que les lumières clignotent… filaments argentés… »


« …comme si l’esprit du vaisseau souffrait… »

Abaddon regarda Kibre puis ouvrit son canal vox pour s’adresser à tout le vaisseau.

« Ici le Maître de Guerre. Qui est-ce qui arrive à mon vaisseau ? Sommes-nous attaqués ? Je veux des réponses, pas les geignements de bêtes apeurées. »

Laissant le canal ouvert, il se tourna et remonta le couloir en direction du pont du Vengeful Spirit. Il ne donna pas d’ordres quant à la défense du navire : ses guerriers savaient ce qu’il attendait d’eux sans avoir besoin d’instructions. Tandis que ses gardes le suivaient, un groupe de Magi Noirs en robes caoutchoutées se hâtèrent de sceller l’occultarium et d’enfermer ses occupants sifflants.

Sur le chemin, Abaddon vit de ses yeux les manifestations de cette étrange infection. Les lampes clignotaient à un rythme démentiel, chaque éclat projetant des mouvements visibles du coin de l’œil, et qui disparaissait quand il se tournait vers eux. Ailleurs, des protubérances biomécaniques s’éloignaient des tuyaux du plafond et des nids de câbles comme si ces éléments mécaniques les brûlaient. Puis il y avait les filaments d’argent et d’airain, d’abord quelques-uns, puis bien plus, se déplaçant dans les murs, le plafond et le plancher comme des vers métalliques. Des visages démoniaques grimaçants reculaient devant eux, des entités qui hantaient les coursives du Vengeful Spirit depuis longtemps et qui semblaient fuir face à l’avancée de ces vers inorganiques. Abaddon s’arrêta pour regarder avec effarement un groupe de ces choses traverser une cloison tandis que, dans leur sillage, des pointes de métal poussaient comme des épines sur un mutant mécanique. Sous ses yeux, les pointes semblaient fleurir sous la forme de rouages en cuivre qui se mirent ensuite en mouvement.

« Mais qu’est-ce ? » souffla Abaddon.

Il pressa le pas, dépassant des groupes de Magi Noirs plongés dans des rituels fébriles visant à déterminer ce qui se passait et comment l’arrêter. Des entités démoniaques enfermées dans des chambres ésotériques se jetaient contre les runes gardiennes, hurlant alors que les filaments argentés ondulaient autour d’elles. Des soldats de la Black Legion passaient en courant en direction de positions défensives stratégiques en cas d’abordage.

Lorsqu’une voix retentit dans le vox d’Abaddon, il dut monter le volume pour la comprendre.

« …gneur, ici Xorphas… le… de Diamor… »

« Épargne-moi ta liste de titres, Sorcier, » grogna Abaddon

« …gneur… excuses… déterminé l’épicentre… phénomène. La manifestation emp… émanant du sensorium de secours avant… »

« Retrouve-moi là-bas, Xorphas. Emmène des soldats. »

Abaddon coupa la connexion et avança, l’esprit agité. Si son vaisseau subissait un assaut magique, il y mettrait un terme à la source, et les responsables paieraient.

Le Seigneur Xorphas retrouva Abaddon et son escorte dans le couloir éclairé par des braseros qui descendait vers le sensorium de secours. Le Sorcier avait dégainé son épée, et une poignée de ses propres Élus attendaient ses ordres. Abaddon les dépassa sans les regarder, et ils lui emboîtèrent le pas. Ses yeux épiaient la coursive tandis qu’il avançait, repérant les dizaines, voire les centaines de vers argentés et cuivrés qui l’infestaient. Une lueur flamboyante émanait de la pièce au bout du couloir, qui résonnait d’un son mêlant crépitements électriques et hurlements humains.

Abaddon entra par la porte et observa la scène. La salle semblait être la plus endommagée du Vengeful Spirit. Des fissures dans les cloisons et des plaques encore noircies en témoignaient. Peut-être que cela expliquait pourquoi les Magi avaient choisi de réaliser leur rituel ici. L’important était que quelque secte mineure de Magis Noirs avait entamé un rite dans cette pièce, et un coup d’œil apprit à Abaddon que tout ne s’était pas passé comme prévu.

Un motif runique complexe avait été gravé sur les plaques endommagées du sol, formant un cercle d’invocation cerné d’éléments technologiques archaïques. Un pilier d’airain ouvragé avait été dressé près du cercle et décoré d’encensoirs en fer noir et de fétiches de câbles tressés et de rouages. Ouvert au sommet de ce lutrin ornementé trônait un tome de données dont les pages saturés de neige électrostatique jetaient une lumière argentée.

Au milieu du cercle s’élevait une spirale de filaments métalliques, flottants à quelques mètres au-dessus du sol et se tordant les uns entre les autres. Bon nombre d’entre eux s’extrayaient comme des sarments tressés, débordant au-dessus du cercle pourtant censé les retenir et s’enfonçant dans les murs, le sol et le plafond. C’était là la source de l’infestation, et ses architectes involontaires. Les Magi se tournèrent avec horreur lorsqu’Abaddon, ses gardes du corps Terminator et Xorphas accompagné de sa propre suite franchirent la porte, occupant la moitié de la pièce. Les technoadeptes émettaient une plainte en anticode et se recroquevillaient du mieux qu’ils le pouvaient. Les mécadendrites s’agitaient au-dessus de leurs silhouettes. Les lentilles de leurs optiques brillaient sous leurs capuches élimées, leurs bouches organiques tordues de peur.

« Maître de Guerre, nous cherchions uniquement à accélérer les réparations de votre vaisseau ! » couina le Magos le plus proche avec les atours les plus élaborés.

« C’est toi, le cerveau de cette ânerie ? »

Le Magos se tassa et lâcha des croassements de parasites électrostatiques, comme si la peur l’empêchait d’articuler.

« Xorphas ? » demanda Abaddon

« Seigneur, sans étudier le tome de données, je ne peux pas vous dire ce qu’ont fait ces idiots, » expliqua le Sorcier, dont le ton, remarqua Abaddon, semblait plus fasciné que paniqué. « Je peux vous dire que je n’ai rien vu de tel, et que je sens les énergies de cet endroit s’écouler principalement vers le pont. Si ces… crapauds… effectuaient vraiment des réparations, je m’en méfierais. »

Abaddon toisa le Magos, qui le regardait avec le faible espoir d’un condamné.

« Kibre, emmène ces vermines à la torture. Découvre tout ce qu’ils savent de ces événements, puis témoigne-leur de toute l’étendue de mon mécontentement. »

Ignorant les suppliques des Magi, Abaddon sortit de la pièce, Xorphas sur les talons. Le Sorcier se hâta de rattraper Abaddon après s'être arrêté pour récupérer le tome de données de son promontoire. Il parcourait le grimoire en marchant.

Abaddon gravit un escalier en colimaçon, remonta une coursive en pente où ondulaient d’autres vers argentés, puis monta un autre escalier de fer ornementé. Il lui fallut mobiliser toute sa volonté pour ne pas courir. Quoi que ces crétins aient libéré, l’attention de cette chose se portait sur le pont du Vengeful Spirit, et si elle avait compromis son vaisseau amiral…

Après avoir traversé le grand portail noir menant au pont. Abaddon s’arrêta d’un coup, Xorphas manquant de le bousculer. Levant les yeux du tome de données, le Sorcier lâcha un hoquet de surprise qui mourut instantanément dans sa grille vox. Autour d’eux, les Élus de Xorphas s’avancèrent, fusils levés et épées tirées. Abaddon, lui, se contentait de regarder, fasciné malgré lui tandis qu’il tentait de comprendre ce qu’il voyait.

Des vrilles de câbles, de métal fondu et d’énergie crépitante sortaient de tous les systèmes mécaniques du pont. Elles glissaient dans les airs comme les milliers de brins d’une colossale toile d’araignée technologique et s’entremêlaient au cœur de l’antique pièce. Des Serviteurs et ilotes de l’équipage, qui avaient fusionné avec leurs postes des millénaires dans le passé, convulsaient et se levaient, s’arrachant à leurs entraves dans une pluie d’étincelles. Avançant sur des jambes atrophiées, rampant avec leurs datapics, traînant des tubes et des câbles comme des intestins pendants, ils convergeaient vers la masse grossissante de métal et d’énergie. Un par un, ils se jetaient dans le maelström de câbles pour y être déchiquetés. Leur sang aspergeait les consoles et teintait de rouge la pelote qui se tortillait.

Abaddon avança, Drach’nyen levée et prêt à donner l’ordre de tirer. Les Élus de Xorphas étaient loin d’être les seuls guerriers de la Black Legion présents sur le pont du Vengeful Spirit. En un mot. Abaddon pouvait déchaîner une tempête de feu sur cette grotesque manifestation.

Il n’aurait su ce qui le retint. Un pressentiment fatidique, peut-être, ou simplement l’espoir ténu que l’entité envahissant son vaisseau lui fournirait l’occasion de laisser libre cours à la violence qu’il refoulait depuis trop longtemps.

Un bruit électrostatique rugit depuis les grilles vox et les haut-parleurs, dans un vacarme de cantiques en binhaire et de canaux vox superposés. La masse tourbillonnante de métal, d’énergie et de sang s’écroula sur elle-même et émit une lumière aveuglante. Abaddon cligna des yeux pour se protéger de l’éclat, grognant en voyant une grande silhouette humanoïde se dresser en son cœur. Libérant des volutes de vapeur et projetant des fourches d’énergie, une entité de fer vivant et d’acier fondu posa un sabot fendu sur le pont, puis un autre. Elle fixa Abaddon de ses yeux flamboyants et s’exprima avec une voix électrostatique depuis tous les émetteurs de la pièce.

« Abaddon le Fléau, je suis Vashtorr l'Arkifane, et je suis venu te faire une proposition. »
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Les Campagne des Arches Fatidiques
Les Campagne des Arches Fatidiques
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L'Avènement de Vashtorr

« Abaddon le Fléau, je suis Vashtorr l’Arkifane, et je suis venu te faire une proposition. »

Tandis qu’Abaddon dirigeait ses forces contre Vigilus, d’autres bandes de traîtres frappaient les systèmes et mondes alentour. Le Techmancien Vask mena l’une de ces attaques contre Pergamatros, un sanctum de données de l’Adeptus Mechanicus. Cet assaut allait mener, des mois plus tard, à l’apparition de Vashtorr l'Arkifane sur le pont du Vengeful Spirit.

Pergamatros était une lune artificielle de la géante gazeuse Pelucidus. Elle était tenue secrète par les Magi du Monde-Forge de Goralech. Ces derniers, au service d’Inquisiteurs de l’Ordo Malleus, disposaient de connaissances proscrites. Les chambres fortes de Pergamatros furent créées pour renfermer les dangereuses données de Goralech, cachées par des batteries de déflecteurs d’auspex, dissimulant la lune aux plus puissants détecteurs.

Le désastre fut annoncé par de petites surcharges d’énergie. Pendant des années, elles survinrent à un rythme lent dans une conduite d’alimentation d’un des tunnels de maintenance les plus profonds de Pergamatros. Les dégâts étaient si progressifs qu’ils furent seulement décelés lorsque les câbles concernés, derrière la trappe d’entretien, s’effilochèrent après que leur gaine sanctifiée en plastek eut fondu. Lorsque la surcharge suivante déclencha une alerte de maintenance, le Serviteur dépêché sur place était lui-même en mauvais état. Un bug récursif s’était mis en place dans ses sous-routines cérébrales et résistait aux tentatives d’exorcisme des Magi Chiralitus. Bien qu’il fût prévu de démembrer le Serviteur, son défaut fut jugé suffisamment peu grave pour qu’il puisse continuer de servir quelques jours. Ainsi, lorsqu’il tendit sa pince manipulatrice pour ouvrir la trappe de maintenance dans le tunnel isolé, son bug se déclencha de nouveau. La pince droite du cyborg trembla, frappant une conduite de liquide de refroidissement qui, corrodée de l’intérieur, présentait une faiblesse grave et céda au coup "hasardeux" du Serviteur.

Un jet de liquide de refroidissement sous pression jaillit du tuyau percé sur le Serviteur et les câbles. La force motrice se propagea jusqu’au cyborg qui prit feu avant qu’elle retourne vers la conduite, qu’elle remonta comme une lame de fond. Le manipule d’intervention d’urgence mit onze minutes pour se rendre au site de l’incident, et quatre de plus pour arracher suffisamment de la chair carbonisée du Serviteur pour atteindre la trappe de maintenance. La surcharge avait alors déjà causé de graves dégâts.

Si les déflecteurs d’auspicator secondaires n’avaient pas signalé une heure plus tôt un besoin de réparations urgentes, ils n’auraient pas été désactivés. Hélas. Lorsque la surcharge fortuite grilla des circuits sacrés dans tout le réseau principal, aucun système de réserve ne put prendre le relais. En toute hâte, les Magi supérieurs parvinrent à réveiller les déflecteurs secondaires, mais le mal était déjà fait. Pendant cinq minutes et quinze secondes, l’existence de Pergamatros fut dévoilée à tous les systèmes d’auspicator à portée. Et bien sûr, les augures d’un navire de la Black Legion, l’Unrepentant, avaient été tournés dans cette direction quelques instants plus tôt, après que les opérateurs ilotes eurent détecté des retours de capteurs résiduels et se réalignèrent pour les suivre. L’Unrepentant vit tout et enregistra la position de Pergamatros, sa nature, et un aperçu des données conservées.

La Volonté d'Abaddon

Pergamatros n’était pas une proie facile. Des lasers de défense gardaient tous les vecteurs d’approche de la lune artificielle. Des Boucliers Void et un épais blindage d’adamantine couvraient sa surface. Des légions de Skitarii étaient prêtes à défendre jusqu’à la mort toutes les places fortes et les escaliers et canyons de données qu’elles protégeaient. Un manipule de Titans Reaver de la Legio Maledictus était paré à repousser toute invasion.

Mais le Techmancien Vask le savait grâce aux puissants augures obtenus par l’Unrepentant. Sa force était de taille : la Black Legion était soutenue par des bandes des Voidmaws et des Worms of Agony. La sinistre Magos Noire Persephora Hexxen menait sa propre cohorte de Magi et de Serviteurs mutants pour soutenir Vask avec maints engins et vaisseaux de guerre.

S’ensuivit une bataille désespérée, mais à sens unique. Après la destruction de leurs silos de défense depuis l’orbite et les avaries mystérieuses de leurs générateurs de bouclier, les forces loyalistes durent affronter vague après vague d’envahisseurs renégats aux deux pôles de Pergamatros. Tandis que des escadrons de machines de guerre à l’abominable intelligence abattaient les Titans Reaver, la Black Legion et ses alliés repoussèrent les Skitarii. Les soldats de l’Adeptus Mechanicus prélevèrent néanmoins un lourd tribut. Mais ils ne purent empêcher des Équipes d’Extermination de la Black Légion et de Magos Noirs de passer par les trappes de la surface pour investir les canyons de données souterrains.

Au cours des dernières heures de la bataille, une autoporte défectueuse enferma le Magos Minoris Juregg dans une crypte de données désaffectée depuis longtemps. Comptant parmi les nombreux Magi Noirs inférieurs chargés par leurs maîtres de mettre la main sur les secrets de Pergamatros, il s’était éloigné des autres en suivant une étrange signature Warp qu’il était le seul à avoir repérée. Tandis que ses Servitors-tueurs se déchaînaient sur la porte pour le libérer, Juregg fouilla la crypte poussiéreuse et remarqua un autel-entrepôt. Grâce à son savoir interdit, il ne lui fallut qu’un instant pour défaire la rune gardienne fermant l’autel.

Le temps que ses assistants cyborgs découpent la porte et reviennent près de lui, Juregg avait libéré le tome de données baroque enfermé dans cet autel. Lorsqu’il le toucha, ses sens augmétiques tremblèrent sous l’effet de voix électrostatiques lui promettant savoir et pouvoir dépassant ses espoirs les plus fous. Juregg savait que son maître retournerait bientôt vers Abaddon, et lui disparaîtrait parmi la masse des esclaves réparateurs du Vengefut Spirit. Il décida de décrypter les secrets du pouvoir renfermés par ce tome et de s’en servir pour s’attirer les faveurs du Fléau. Ainsi, Juregg emporta secrètement le tome de données depuis les profondeurs de Pergamatros jusqu’au Vengeful Spirit, comme Vashtorr l’Arkifane l’avait prévu depuis le début…

Assemblée de Monstres

Qui sait comment le destin de la galaxie aurait être modifié si Abaddon avait attaqué cet intrus démoniaque un peu plus rapidement ? Mais alors que s’égrenaient ces instants de tension et que le pont du Vengeful Spirit n’était pas noyé dans la fureur du combat, le destin choisit un chemin différent. Plutôt que de frapper le demi-dieu qui se dressait devant lui, Abaddon prit une inspiration et parla. Le Maître de Guerre exigea de savoir qui était Vashtorr, quel Dieu Sombre cette entité servait-elle et ce qu’elle avait fait à son vaisseau. Après réflexion, il demanda aussi comment une bande de cultistes avait pu invoquer Vashtorr depuis le Warp par accident.

Abaddon s’attendait à des réponses sous forme d’énigmes. D’après son expérience, les Démons qui n’attaquaient pas immédiatement avaient tendance à tenter de piéger leur victime ou de les corrompre d’une manière ou d’une autre. Après tout, il avait eu affaire à de fourbes créatures comme Be'lakor et bien d’autres dans son genre. Chacun pensait être plus malin qu’un simple mortel. Abaddon fut donc surpris lorsque Vashtorr lui répondit en toute franchise. Du moins, en apparence.

Le Démon affirma être le Maître des Forges des Âmes et se défendit vivement d’être le serviteur d’une quelconque divinité. La véhémence de cette dernière affirmation intrigua Abaddon. Elle faisait écho à sa propre réticence à se prosterner devant les Dieux Sombres. Malgré lui, il sentit sa méfiance à l’égard de cet étrange démon se dissiper partiellement.

Vashtorr assura Abaddon que les étranges manifestations se répandant dans le Vengeful Spirit étaient un don de bonne foi. Le Démon affirma sans s’en cacher que, s’il l’avait voulu, il aurait pu retourner les mécanismes du vaisseau contre Abaddon et ses serviteurs, et il ne s’en excusa pas. Au lieu de cela il effectuait des réparations et même des améliorations avec une rapidité surnaturelle.

Abaddon interrompit leur étrange échange pour demander sur les canaux vox la confirmation que Vashtorr ne mentait pas. Rapidement, des Magi Noirs et des Techmanciens perplexes corroborèrent les paroles du Démon. Si certaines entités démoniaques ayant longtemps possédé des zones du navire avaient été bannies, les systèmes biomécaniques disciplinés qui les avaient remplacés semblaient bien plus efficaces. Toujours sur la défensive, et après avoir ordonné à ses meilleurs Sorciers d’inspecter le vaisseau à la recherche d’une potentielle tromperie, Abaddon fit signe à Vashtorr de poursuivre.

Le Démon expliqua que les cultistes n’étaient que des rouages de sa machination. Ils étaient, ainsi que tous les événements qui s’étaient mis en branle autour d’eux, un exemple du pouvoir qu’il exerçait sur les mécanismes de la réalité. Abaddon était furieux de l’ingérence du Démon, répliquant qu’il avait réussi à échapper à la domination des Dieux Sombres pendant dix mille ans. Il n’allait sûrement pas plier le genou maintenant devant celui qu’il appela dédaigneusement le "Dieu des Cogitateurs". Il fut surpris de constater que cette réponse semblait amuser Vashtorr.

Le Démon affirma n’avoir aucune intention de piéger Abaddon, mais chercher plutôt à forger une alliance mutuellement bénéfique. Vashtorr savait qu’Abaddon était en quête d’informations ou de prophéties cruciales qui lui permettraient de trouver une arme surpuissante, capable de plier le destin. Vashtorr expliqua qu’en réalité, les érudits d’Abaddon avaient déjà trouvé la réponse, mais ne l’avaient pas comprise. D’un coup, tous les écrans du pont clignotèrent avant de taire défiler en boucle le texte d’une prophétie.

"Dans mes rêves, le ciel brûle. Les étoiles brillent juste assez pour noyer les ténèbres…"

Les mots continuèrent de parcourir les écrans, encore et encore. C’était là, la prophétie que cherchait Abaddon, et Vashtorr affirmait être capable d’en interpréter le sens. Il proposait d’allier ses légions à celles du Fléau pour forcer ces événements à se réaliser. Désormais, le Maître de Guerre était plus méfiant que jamais, attentif à toutes flagorneries ou à toutes conditions apparemment triviales de ce marché.

Vashtorr fit part sans détour de ses motivations, dont la portée et l’ambition impressionnèrent le Maître de Guerre. S’il était déjà un demi-dieu dans le Warp, Vashtorr en voulait plus. Il désirait l’apothéose, devenir un cinquième Dieu Sombre et participer au Jeu Divin pour de bon. Vashtorr était convaincu que la voie de la véritable divinité passait par la réalisation de la prophétie. Il était plus que disposé à aider Abaddon dans sa Longue Guerre pour atteindre son propre but.

Abaddon n’était toujours pas convaincu, car ce Démon ne lui avait proposé que des paroles et des promesses. Impassible, Vashtorr enjoignit le Fléau de rassembler la plus grande bande de guerre possible et de l’accompagner jusqu’au monde proche de Magdalor. Vashtorr affirmait qu’Abaddon y découvrirait l’intérêt de leur alliance et y trouverait ce que le Démon qualifia de prochain fragment de la Clé.

Pensant être capable d’écraser son soi-disant allié en cas de trahison, le Maître de Guerre accepta de le suivre. La prudence était importante, se dit-il. Mais en fin de compte, la victoire appartenait aux audacieux.


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Anges de Magdalor

« Retournons sur ton vaisseau, Maître de Guerre Abaddon. Je sens ta curiosité, un besoin irrépressible de comprendre, et cela me renforce. Mais je dois te fournir l’explication dans le plus grand secret. Fais-moi confiance encore quelques heures, et en retour, je te donnerai la clé de la victoire absolue. »
- Vashtorr l’Arkifane, s’adressant à Abaddon le Fléau dans les ruines du Reclusiam des Iron Angels.
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La lutte finale des Iron Angels
La lutte finale des Iron Angels
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Le Chapitre Space Marine des Iron Angels s’installa sur Magdalor au début de M33, après la destruction de son monde d’origine. L’essentiel des hautes sphères du Chapitre périt dans le désastre, qui emporta également ses archives historiques et une grande partie de leurs précieuses reliques. Dépouillés de leur identité et ignorant à quel Chapitre ils devaient leur héritage, les Iron Angels poursuivirent malgré tout la mission que leur avait confiée l’Empereur. Ils creusèrent le sommet de la plus haute montagne de Magdalor et y bâtirent une nouvelle Forteresse-Monastère. Ils la baptisèrent la Couronne des Anges. Leurs dernières reliques furent placées au cœur du bastion, qu’elles ne quittaient qu’en cas d’absolue nécessité.

Au fil des millénaires, les Iron Angels luttèrent avec courage et honneur au nom de l’Empereur. Mais le malheur les poursuivait. Des conflits brutaux leur coûtèrent cher, leur code strict leur interdisant de fuir, à part en cas de défaite inéluctable. Leurs stocks limités de génogermes s’amenuisaient, tout comme les tribus au sein desquelles ils recrutaient leurs soldats, décimées par des maladies et des mutations psychiques. Ainsi, lorsque le Vengeful Spirit arriva en orbite de Magdalor avec une flotte renégate, les Iron Angels étaient affaiblis, mais déterminés.

La situation des Iron Angels n’était cependant pas désespérée. Ils possédaient une redoutable flotte spatiale qui se précipita depuis sa base en orbite de la troisième lune de Magdalor pour s’attaquer aux envahisseurs hérétiques. Les cieux de la planète furent bientôt striés par les traînées d’épaves en flammes tandis que vaisseaux loyalistes et renégats s’affrontaient. Cependant, plusieurs centaines de Frères de Bataille se hâtèrent vers leurs postes de combats sur les formidables défenses de la Couronne des Anges. Des aéronefs blindés surgirent des hangars pour répondre aux nuées de Métadracs fondant depuis les cieux. Les Astropathes lancèrent des appels à l’aide, plus pour le symbole qu’autre chose. L’attaque étant menée par Abaddon le Fléau lui-même, les Iron Angels savaient que la bataille serait terminée bien avant l’arrivée de renforts. Mais cela ne les empêcha pas de mobiliser tous les soldats impériaux disponibles contre le Maître de Guerre.

De son côté, Abaddon, cynique, ne fut pas surpris de ne pas recevoir l’aide promise : Vashtorr était introuvable depuis l’arrivée du Vengeful Spirit et de ses escortes dans le système. Soupçonnant le Démon de l’attirer dans un piège, Abaddon ne se priva tout de même pas d’écraser le Monde Chapitral Space Marine. Tandis que les vaisseaux de débarquement pleins de Cultistes et de guerriers de la Black Legion plongeaient sur les défenses montagneuses, Abaddon rassembla un grand nombre de Terminators de la Black Legion et lança son propre assaut téléporté au cœur de la Couronne des Anges. Il était déterminé à expédier ce combat et à en profiter pour évacuer la colère accumulée ces derniers temps.

Abaddon et ses soldats d’élite apparurent dans la galerie supérieure de la forteresse troglodyte et furent immédiatement attaqués de toutes parts. Trois Archivistes dirigeaient l’assaut, et Abaddon comprit que ces Psykers avaient dû prédire son arrivée. Ravi par ce défi, le Fléau se précipita à travers la tempête de Bolts et de tirs de plasma pour croiser le fer avec deux des Archivistes en même temps. Çà et là, un Terminator du Chaos succombait à un tir bien placé, mais la réplique des renégats abattit Frères de Bataille et Scouts loyalistes sans distinction. Falkus Kibre et ses frères chargèrent tête la première un groupe de vétérans du Chapitre en bure, l’élite des deux armées échangeant des coups sous le regard impassible de grandes statues de marbre.

Abaddon trancha la tête d’un de ses adversaires, tandis que l’autre lançait un puissant assaut psychique. Dans un grognement rageur, des larmes de sang noir sur les joues, le Maître de Guerre abattit Drach’nyen et fendit l’Archiviste de la tête aux pieds. Couvert de sang, Abaddon se rapprocha des guerriers de Kibre lorsque la montagne se mit à trembler sous le bombardement orbital. Un par un, les soldats loyalistes tombaient. Abaddon massacrait tous les guerriers en armure gris acier qui se jetaient sur lui en rugissant, des paroles de haine à la bouche et l’épée à la main. Soudain, l’attaque prit fin. Dans la galerie résonnaient encore les derniers coups de feu et le bruit de corps en armure s’écrasant sur le sol dallé.

À la tête de son escorte, Abaddon s’enfonça dans les couloirs qui plongeaient sous la forteresse. Son plan consistait à ravager l’Apothecarion, piller les réserves de génogermes du Chapitre et incendier le Reclusiam tandis que ses forces en surface occupaient les défenseurs. Mais dans les profondeurs de la Couronne des Anges, Abaddon et son escorte furent accueillis par des scènes de carnage. Les corps de Space Marines et d’ilotes du Chapitre jonchaient le sol ensanglanté des salles en ruines. Les parois blindées s’étaient changées en gueules aux dents remplacées par des rouages et avaient dévoré ceux qui tentaient de les défendre. Les Serviteurs avaient muté et fusionné pour donner naissance à des monstres cauchemardesques. Partout, Abaddon remarqua les éclaboussures d’ectoplasme et les traînées violacées typiques des flammes Warp. Quelqu’un s’était déjà attaqué aux entrailles de la Couronne des Anges, et le Maître de Guerre pensait savoir qui.

Ses forces retrouvèrent les Démons entravés et les machines de guerre mutantes de Vashtorr près du cœur de la forteresse. Le Maître de Chapitre des Iron Angels et les derniers survivants de la Première Compagnie y tenaient un dernier carré pour protéger le Reclusiam et l’Apothecarion. Sans perdre un instant, Abaddon mena ses guerriers d’élite aux côtés des hordes de Démons cliquetants. Le combat qui s’ensuivit fut le théâtre d’actes héroïques qui auraient pu entrer dans les annales des Iron Angels s’il y avait eu des survivants pour les rapporter. Lorsque des entités maléfiques surgirent de toutes les machines de l’Apothecarion, le Réclusiarque Arzen mena une contre-attaque féroce qui aurait pu purger entièrement la chambre si Vashtorr lui-même n’avait pas écrasé le Chapelain d’un coup de son Marteau des Forges des Âmes. Dans la pièce saturée par l’odeur de sang et de soufre, le Maître de Chapitre Nymarn s’attaqua à Abaddon sur les marches du Reclusiam. Au terme d’un combat titanesque, Abaddon enfonça Drach’nyen jusqu’à la garde dans la poitrine de Nymarn. Les derniers loyalistes furent abattus tandis que l’épée démoniaque se délectait de l’essence du Space Marine.

Après la bataille, Vashtorr et Abaddon avancèrent côte à côte dans le Reclusiam jonché de cadavres. Le Démon ignora les précieuses tapisseries et les lames scintillantes. Il s’arrêta devant un grand pilier de marbre flottant dans un champ de suspension, un morceau de roche toujours accroché à sa base et une évocation érodée de Space Marine à son sommet. Perplexe, Abaddon regarda le pilier avant de se tourner vers Vashtorr. Le Démon esquissa un geste, et le champ de suspension trembla. Sa douce lumière dorée tourna au brun sale tandis que, à l’aide de tentacules métalodermiques sortis de ses projecteurs, il vint se placer à côté de Vashtorr en portant le pilier. C’était donc cela qu’ils étaient venus chercher sur Magdalor.


Le pont d’observation était énorme, capable d’accueillir des centaines de personnes derrière ses baies en armaverre. Il n’accueillait actuellement que trois silhouettes, debout les unes à côté des autres. Abaddon le Fléau, le Seigneur Sorcier Xorphas et le colosse qui se faisait appeler Falkus Kibre. Le Maître de Guerre observait l’espace et la frénésie industrielle qui y faisait rage. L’attaque sur Magdalor remontait à quelques mois, et il s’était passé beaucoup de choses depuis. Mais son esprit continuait de revenir à ces événements pour les analyser en boucle. Il n’avait aucune intention de se fier à Vashtorr et restait à l’affût du moindre indice suggérant la duplicité du Démon. En vain, jusqu’ici. En attendant, il avait décidé de collaborer avec son étrange allié. Il serait toujours temps de le détruire s’il s’avérait qu’il mentait. Mais si ses promesses étaient vraies…

« C’est étrange de voir un tel léviathan empyréen soumis de la sorte. »

La remarque de Xorphas tira Abaddon de sa réflexion. Le Fléau se rendit compte qu’il regardait la scène sans vraiment la voir. Il se concentra de nouveau.

Dans le vide spatial, assez proche pour être visible à l’œil nu, la silhouette imposante du Slygian Heart flottait dans une cage de portiques et de plateformes de forge. Le Space Hulk était gigantesque. Il mesurait plus de cent kilomètres de long. Il était si énorme qu’il ressemblait à une chaîne de montagnes tirée d’un esprit dément et jetée dans l’espace. Le Slygian Heart était l’agglomération de dizaines, voire de centaines de différents navires fusionnés par les énergies du Warp. Les dieux seuls savaient depuis combien de siècles le vaisseau mutant dérivait sur les courants de l’Empyrée, quelles bandes de Xenos ou de renégats avaient voyagé à son bord et quels mondes avaient vu leur fin précipitée par l’arrivée de ce navire fantôme. Ce qui était certain, c’était que ce conglomérat de métal tordu, de chair mutante et de roche serait une arme redoutable entre les mains de quiconque lui imposerait sa volonté.

« Si tu imagines qu’un tel monstre peut être soumis, tu es idiot, » grogna Kibre. Sa voix grondante était tout aussi inhumaine que le visage dissimulé derrière son casque noir.

« L’Arkifane fait tout son possible pour l’asservir, » répondit Xorphas.

« Et nous assistons le Démon dans cette entreprise, » songea Abaddon.

D’innombrables lueurs d’un blanc glacial clignotaient sur les coques fusionnées du Slygian Heart. Chacune indiquait une batterie de découpeurs laser ou de soudeurs, scintillant dans les ténèbres tandis que les Magi Noirs et leurs équipes d’esclaves travaillaient à améliorer et à soumettre le Space Hulk. Ils ajoutaient des tourelles d’armement, des générateurs de boucliers et des empennages d’auspicateurs. Les systèmes d’armes et de survie étaient greffés au vaisseau monstrueux tandis que des runes d’entrave gigantesques étaient gravées dans sa coque et des chaînes rituelles soudées pour former d’immenses symboles.

Abaddon vit d’autres lumières, certaines rouge sang et d’autres passant du bleu au vert. Chacune signalait l’avancée d’un ingénieur démoniaque de Vashtorr, parcourant la coque sur ses nombreuses pattes et opérant d’étranges modifications. Vashtorr lui-même flottait au-dessus du Space Hulk au milieu d’une tempête d’éclairs Warp. De temps à autre, un trait d’énergie surgissait du cœur de la tempête et plongeait dans les entrailles du Stygian Heart.

« Seigneur, j’ai des doutes, » dit Kibre. « La purge de ce seul vaisseau nous a coûté des milliers de soldats mortels, ainsi que de nombreux renégats. Malgré tout, à peine un tiers du Stygian Heart est assez sûr pour que les ouvriers y travaillent. Je ne pense pas que l’intérieur puisse être nettoyé. Quelles que soient les entités qui l’habitent, aucune armée mortelle ne les délogera. »

« Peut-être que des créatures empyréennes y parviendraient ? » suggéra Xorphas en glissant un regard vers Kibre.

« Trop de champs de bataille importants ont déjà besoin des guerriers de la Black Legion, dit Abaddon. Nous n’en gaspillerons pas dans cette mission vaine. »

« Mais, Seigneur, si cette entreprise est aussi importante que le prétend l’Arkifane… »

Xorphas ne termina pas sa phrase. Cette question indiscrète arracha un sourire à Abaddon. Rares étaient ceux parmi ses Élus qui osaient s’adresser à lui ainsi.

Ses pensées retournèrent aux événements qui suivirent Magdalor. De retour sur le Vengelul Spirit, Abaddon avait étudié l’étrange colonne affublée de ce morceau de roche. Les Iron Angels l’appelaient la Pierre de Serment, comme l’indiquait la plaque de cuivre encore visible entre les excroissances de métalloderme ayant poussé sur son générateur de suspension. Cette colonne ne semblait pas avoir d’aura mystique, pas plus que la statue de guerrier en armure à son sommet.

Il s’était tourné vers Vashtorr, qui se tenait non loin, ses yeux flamboyants fixant Abaddon.

« Quelle est cette chose qui nous a coûté tant de vies ? La prophétie ne parle pas de Pierre de Serment. »

« C’est exact, » avait répondu Vashtorr d’une voix grondante comme un fourneau. « Mais lorsqu’un soldat parle de son arme, ne parle-t-il pas en réalité de la détente, du chargeur, du viseur et d'autres mécanismes encore ? »

« Ne commence pas à parler par énigmes, Démon, » avait grogné Abaddon. « Je t’ai octroyé le temps dont tu avais besoin. Alors, dis-moi exactement de quoi il s’agit. »

Vashtorr avait hoché la tête, ce qui avait fait vrombir les mécanismes du corps du Démon. Il avait pris la direction du saint des saints du Vengeful Spirit, la colonne le suivant en flottant. Dispersant ses gardes du corps, Abaddon l’avait suivi et avait fermé les portes derrière lui dans un grand fracas. Était alors venue la révélation : le Démon avait expliqué ce qui était en jeu, ainsi que la nature de ce qui avait déjà été récupéré. Abaddon et Vashtorr avaient négocié pendant des heures, enfermés dans le sanctum. Les Élus du Fléau s’étaient demandé ce que le Démon lui avait dit exactement, leur curiosité alimentée par le rire cruel d’Abaddon, qui avait résonné sur le pont du Vengeful Spirit lorsqu’il eut compris la véritable importance de la Pierre de Serment.

En y repensant, Abaddon ne put retenir un rire sombre.

« Malgré la piété affichée par les laquais du Cadavre de Terra, il n’y a pas pires traîtres qu’eux. Au moins, notre rébellion est franche. »

« Seigneur ? » demanda Xorphas, perturbé par la déclaration d’Abaddon, qui secoua la tête.

« Si le Démon dit vrai, Xorphas, sois assuré que la victoire à laquelle nous œuvrons vaut les vies de tous les guerriers de notre Légion. Mais nous n’appelons pas ce conflit la Longue Guerre pour rien. La force de la Black Legion sera bientôt requise. Et crois-moi : toutes les autres opérations de la campagne à venir se feront sous notre supervision. Mais pour l’instant, il nous faut simplement éliminer la vermine. Nous n’avons pas besoin de débarrasser ces vaisseaux de tous leurs dangers. Ils doivent simplement être suffisamment sécurisés pour nous servir le temps qu’il faudra. »

« Bien sûr, l’Arkifane partage votre avis, Seigneur, » commenta Kibre. Abaddon remarqua que les lueurs autour du Stygian Heart étaient en train de s’éteindre. La tempête d’éclairs enveloppant Vashtorr se contracta de nouveau, réduisant le Démon à un point scintillant au milieu de l’obscurité. Les minutes passèrent tandis que des propulseurs illuminaient les ténèbres de l’espace, chacun louant son rôle dans ce ballet silencieux : les vaisseaux de débarquement décollaient pour récupérer les équipes de nettoyage survivantes dans les structures extérieures du Space Hulk et les barges forges s’éloignaient de l’astronef comme un banc de poissons fuyant un grand prédateur. Vint ensuite le tour des portiques squelettiques, dont les propulseurs intégrés les sépareraient, ouvrant la cage maintenant le Slygian Heart en place. La lumière des astres distants se reflétait sur des structures qui, à cette distance, semblaient bien fragiles.

« À qui a été confiée cette Arche ? » demanda Kibre.

« Le Stygian Heart a été donné à Apophari Quen et sa coterie, » répondit Abaddon. « Ils sont chargés de l’assaut sur Aelech IV. »

« The Scourged, » ajouta Xorphas, crachant ce nom plus qu’il ne le prononça, comme s’il lui laissait en bouche un goût d’excrément.

« On raconte qu’ils connaissent tous les mensonges proférés par les humains, » précisa Kibre. « Je suis surpris qu’ils aient accepté votre offre, Seigneur, vu ce qu’ils savent. »

« Le savoir fait naître l’arrogance chez les idiots, » répondit Abaddon.

« Et il pousse les indignes à la folie, » ajouta Xorphas. « Les Dieux Sombres seuls savent quelle voie ils suivent. »

« Tant que leur première étape est Aelech IV, je me fiche de ce que le savoir, ou la démence, les pousse à faire après, » conclut Abaddon.

De l’autre côté de l’immense baie d’observation, le dernier portique faisait rugir ses rétrofusées avant de s’arrêter. La cage du monstre empyréen ressemblait désormais à un schéma éclaté. Puis une faible secousse se fit sentir sur le pont du Vengeful Spirit. Dans le néant, des dizaines de féroces nouvelles étoiles apparurent tandis que d’énormes moteurs s’allumaient sur les flancs et la poupe du Slygian Heart. Malgré lui, Abaddon écarquilla un peu les yeux à cette vue. Petit à petit, le béhémoth des profondeurs du Warp gagna en vitesse et s’éloigna avec une grâce pesante des vaisseaux rassemblés de la flotte de la Black Legion.

Abaddon regarda le Space Hulk avancer vers la zone de rassemblement. Un nouveau sourire cruel barra le visage du Fléau tandis qu’il observait le Slygian Heart prendre place dans la formation grandissante. Avec l’aide de Vashtorr, il ne s’était pas emparé que d’un seul Space Hulk, mais de dizaines d’entre eux. Ils étaient là, bouffis comme des ogres. Chacun se distinguait des autres par son aspect aussi unique qu’horrifiant. Ils constituaient une force spatiale sans précédent depuis l’époque de la Guerre Gothique.

« Mes Arches Fatidiques. Si les adorateurs de cadavre voyaient la tempête à venir, le désespoir les jetterait à genoux. »
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Les Arches Fatidiques

Les Arches Fatidiques
Les Arches Fatidiques
Les Arches Fatidiques, le nouveau fléau de la galaxie
« Je n’ai pas lutté pendant des milliers d’années pour voir tout se consumer dans un brasier qui réduirait en cendres jusqu’à l’ambition et la vengeance. La galaxie brûlera, mais comprenez ceci : elle brûlera de ma main, et seulement de ma main. »
- Abaddon le Fléau, au lancement de la première Arche Fatidique.
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Les Démons savent par nature ce qu’ignorent les mortels. Vashtorr l’Arkifane avait partagé ses connaissances ésotériques avec Abaddon pour s’allier avec ce chef hérétique à la portée et à la puissance inégalées. Mais le Démon n’offrit pas que le savoir. Il fournit également les légions démoniaques qui combattaient pour lui, et la capacité de façonner les immenses navires de guerre qui se feraient connaître sous le nom d’Arches Fatidiques.

Vashtorr avait partagé un secret inestimable avec Abaddon, à savoir le moyen de mettre la main sur une arme à la puissance si colossale que son détenteur pourrait changer le destin de la galaxie. Malgré leurs puissances respectives, aucun d’eux ne pouvait s’en emparer seul. Ils passèrent donc un marché, s’engageant à rester alliés le temps nécessaire pour que tous deux atteignent leurs objectifs.

La première étape de leur plan consistait à rassembler un grand nombre d’artefacts ésotériques éparpillés dans le temps et l’espace à la suite d’une catastrophe passée. Vashtorr lui-même ignorait à quoi ces objets ressemblaient exactement, bien qu’il ait passé un temps incommensurable à tenter de les comprendre. Tout ce que le Démon avait appris, c’était que tous les artéfacts partageaient une signature Warp unique, qui pouvait être suivie à la trace. Il avait également déterminé, au prix de nombreux essais cabalistiques et autant d’erreurs, qu’un ensemble de rituels infernaux, d’alchimie Warp et d’ingéniosité inhumaine pouvait permettre de combiner ces artéfacts en ce qu’il appela simplement la Clé.

Mais il fallait d’abord mettre la main sur lesdits artefacts, tâche dévolue aux alliés de chair et de sang de Vashtorr. Il avait remonté la piste de certains Fragments-clés jusque dans des étendues désolées ou des cryptes spatiales introuvables. La grande majorité d’entre eux se trouvaient sur des mondes peuplés par les races intelligentes de la galaxie. Certains étaient enterrés, perdus sous des civilisations en expansion, inconscientes des trésors ésotériques reposant sous leurs pieds. D’autres avaient été récupérés par les sages et les cupides, qui les gardaient sous étroite surveillance.

Certains de ces artefacts pouvaient être récupérés par la ruse, une frappe rapide d’Équipes d’Extermination ou l’intervention d’agents doubles. Mais la plupart allaient nécessiter de coûteuses offensives militaires. Déterminé à ne pas dilapider les vies de la Black Legion dans des conflits qu’il considérait comme secondaires, Abaddon fomenta avec Vashtorr un plan qui puiserait dans les hordes innombrables des adorateurs du Chaos de toute la galaxie. Le mot passa par les visions de sorciers et les murmures des Démons. Tout seigneur de guerre renégat ou champion des Dieux Sombres qui accepterait de prêter allégeance à Abaddon recevrait son appui, ainsi qu’un cadeau inestimable : après avoir rempli la mission attribuée par le Maître de Guerre, chaque champion se verrait confier le commandement d’une Arche Fatidique. Une récompense à même d’attiser la convoitise de nombreux champions.

Vaisseaux de Damnation

Toutes les Arches étaient à l’origine des Space Hulks. Ces immenses agglomérats d’épaves hantées et de vaisseaux perdus sont le produit de l’influence violente et capricieuse du Warp. Saturées d’énergies empyréennes, souvent encore plus déformées par l’ajout d’astéroïdes et de chair mutante fondue, ces carcasses dérivent sur les courants du Warp. Lorsqu’elles surgissent dans la réalité depuis l’Empyrée, elles apportent la terreur et la damnation. Couvées de Xenos monstrueux, hordes de renégats mutés par le Warp, épouvantables entités surnaturelles : les Space Hulks contiennent toutes ces horreurs et bien d’autres, prêtes à semer la ruine sur les mondes qu’elles croisent.

Grâce aux artifices de Vashtorr, les Sorciers et les Techmanciens d’Abaddon purent localiser les Hulks dans la tourmente du Warp et les attirer un par un dans la réalité. Chacun de ces vaisseaux gigantesques fut mené vers la même région du vide interstellaire, dans les profondeurs de l’Imperium Nihilus. Loin de toute attention hostile, Abaddon avait rassemblé une flotte du Mechanicum Noir et de plateformes-forges. Surveillés par des meutes de vaisseaux de guerre renégats, ces Magi employèrent les savoirs interdits de Vashtorr pour apporter les terribles modifications qui feraient de chaque nouveau Hulk une Arche Fatidique.

Des Plans dans les Plans

Tandis que Vashtorr créait d’autres Arches Fatidiques, la première vague fut envoyée. Plus d’une dizaine de Space Hulks lancèrent les premières attaques, plongeant dans le Warp pour se diriger vers les coordonnées fournies par Vashtorr. Chaque Arche était un engin de guerre capable de détruire des mondes entiers à lui seul. Accompagnées de flottilles de navires hérétiques conventionnels, elles devenaient des forces rivalisant en puissance avec les groupes de combat de la Croisade Indomitus. Les Funestesflottes, comme elles étaient appelées, d’Abaddon se taillèrent une terrifiante réputation dans l’Imperium Nihilus comme dans l’Imperium Sanctus.

Chaque flotte était unique, constituée des champions et bandes rassemblées sous la bannière du maître de chaque Arche. Certains de ces guerriers étaient loyaux, que ce soit en raison de pactes de sang, de liens de foi ou de la simple peur. Mais d’autres lorgnaient avec envie sur les Arches, combattant dans leurs ombres dans le seul espoir de s’en emparer.

Par exemple, l’Ogre était sous les ordres du Seigneur Gulthorg le Putréfié et défendu par son Chapitre Renégat adorateur de Nurgle, les Sons of Rot. Aux côtés de l’Ogre naviguaient les vaisseaux de régiments hérétiques de Morbidax, les horribles Chevaliers renégats de la Maison Gnaw, les escadrons de l’Archimagos Ovloch et les navires des bandes des Corbeaux de la Peste et de la Garde Vermineuse. Ces dernières entretenaient une rivalité de longue date, et leurs champions respectifs n’avaient juré allégeance au Seigneur Gulthorg que pour éviter que l’autre soit le seul à obtenir ses faveurs. En revanche, le Forgeguerre Czagra des Iron Warriors forma autour de son Arche Herald of Misery une flotte de bandes loyales d’Iron Warriors, de Legios Titaniques sous serment et de cultes mortels asservis. Unies par la loyauté de la légion et par la peur de représailles, ces forces suivaient aveuglément les ordres de Czagra, rendant sa Funesteflotte particulièrement redoutable.

Abaddon savait bien que les maîtres ambitieux et égoïstes des Arches Fatidiques n’obéiraient pas indéfiniment à ses ordres. La peur de s’opposer au Maître de Guerre de l’Imperium Nihilus les tiendrait en laisse pour un temps. Mais rien ne garantissait que ces seigneurs de guerre mettraient la priorité sur l’obtention du Fragment-clé qui leur serait assigné plutôt que sur les conquêtes et la gloire personnelles une fois dans le feu du combat.

Dans certaines Flottes de Guerre, le Fléau plaça des capitaines et des champions dont la loyauté lui était indubitablement acquise et qui se concentreraient sur leur mission. Dans de rares cas, comme celui du capricieux champion de Slaanesh Asmilius l’Étincelant, Abaddon accorda généreusement à ses nouveaux maîtres des Arches Fatidiques des gardes d’honneur choisis parmi ses Élus ou Terminators de la Black Legion. Ces guerriers n’étaient pas uniquement une menace implicite. Ils donneraient volontiers leur vie pour la cause d’Abaddon et se fraieraient un chemin sanglant si nécessaire.

En dernier recours, le Fléau noua un pacte secret avec certains agents de l’Alpha Legion, qui infiltrèrent presque toutes les Funesteflottes. Leur rôle était de s’assurer que les Fragments-clés soient récupérés, même si tout le reste se passait mal. La récompense promise aux guerriers de l’Alpha Legion resta entre eux et Abaddon.

En réalité, Abaddon et Vashtorr ne voulaient qu’une seule chose : que chaque Funesteflotte localise et récupère son Fragment-clé. Une fois cela fait, tous les ravages qu’elle commettait dans l’espace impérial étaient en bonus. Pour cela, toutes les Arches se virent allouer un conclave de Psykers asservis au crâne amélioré à l’aide de heaumes démoniaques parasites. Ces horribles appareils aidaient leurs infortunés porteurs à suivre la signature Warp de chaque Fragment-clé tout en les soumettant par la terreur, les réduisant à l’état d’auspicateurs humains. Tandis que les premières invasions étaient lancées, sur Thassica, sur les lunes glaciaires de Korbach et dans les étendues industrielles de Vaingloria, ces silhouettes déformées menaient infailliblement leurs maîtres vers leur objectif à travers des champs de bataille cataclysmiques.

Aux yeux des agents d’Abaddon, la nature des Fragments-clés semblait ne suivre aucune logique. Après un siège sanglant de plusieurs semaines sur le monde-sanctuaire de Lume IV, les Élus du Forgeguerre Czagra ouvrirent le reliquarium le plus profond pour découvrir que leur trophée était une batterie de cogitateurs antique et noircie par les flammes, conservée dans un champ de stase scintillant. Ailleurs, les agents de l’Alpha Legion infiltrant l’antique site de fouilles archéotechnologiques de Hassp furent guidés par leurs Psykers asservis jusqu’à une météorite encastrée dans la planète.

Quelle que soit la nature du fragment, les ordres étaient les mêmes. Une fois récupéré, il devait être apporté au portail Warp ouvert dans ou près de l’Arche Fatidique. Vashtorr avait lui-même placé sur chaque portail des enchantements de liaison dont seuls les champions les plus fiables d’Abaddon connaissaient l’existence. Ces sortilèges permettaient uniquement au Fragment-clé et à ses porteurs de traverser le portail Warp pour être téléportés jusqu’à un lieu secret ou les fragments seraient rassemblés. En réalité, tous n’étaient pas nécessaires pour que le plan fonctionne. Après tout, Vashtorr était le demi-dieu des ingénieurs, et il pouvait mettre au point des solutions de secours si nécessaire. Cependant, plus nombreux étaient les fragments récupérés, plus la Clé serait efficace, bien que certains fragments particulièrement importants et puissants fussent vitaux. Tandis que les Funesteflottes se répandaient dans la galaxie, les missions de récupération les plus essentielles furent confiées aux champions d’Abaddon les plus fiables et les plus redoutables.

Guerre sur Tous les Fronts

Alors que la première vague de Funesteflottes fondait sur ses cibles et que la deuxième bravait les courants du Warp, des Arches Fatidiques étaient engagées dans des zones de guerre dans presque tous les segmentums de l’Imperium Nihilus, et certaines traversaient la Grande Faille pour attaquer des sites au cœur de l’Imperium Sanctus. Avec le soutien des Dieux Sombres et sans dépendre de l’Astronomican, les bandes renégates surgissaient de la faille depuis son ouverture. Mais il était plus difficile de lancer des flottes coordonnées frappant directement des positions dans l’Imperium Sanctus depuis l’Imperium Nihilus sur des distances colossales. Désormais, les Nautoniers et les Obelyskanes des Arches Fatidiques rendaient ce terrible miracle possible.

Les Flottes de Guerre noircirent les cieux au-dessus de Mondes Sanctuaires, frappèrent des Mondes-Forges et des Mondes-Ruches grouillants, et s’en prirent même à des avant-postes isolés et à des Mondes Morts visiblement sans valeur. Parfois, elles ignoraient complètement les possessions impériales et se déchaînaient sur des mondes ou des systèmes envahis de Tyranides ou d’Orks, ou même sur d’autres factions hérétiques. Pour les commandants impériaux assez haut placés, voir la situation dans son ensemble était pour le moins déconcertante.

S’il n’y avait pas eu quelques similitudes (les Arches Fatidiques, le pillage d’archéotechnologie et les assauts d’entités surnaturelles nécessitant de coûteuses purges inquisitoriales), de nombreux commandants impériaux auraient pensé que ces attaques étaient aléatoires. Mais lorsque même des enclaves cachées de l’Inquisition furent découvertes et pillées, cette théorie vola en éclat. Bien que plusieurs Arches Fatidiques fussent abordées et purgées lors de courageuses contre-attaques impériales, bien d’autres continuèrent de faire des ravages tandis que la raison derrière leurs assauts restait mystérieuse aux yeux de leurs victimes.

L'Assaut des Arches

Tandis que les Arches Fatidiques masquaient les étoiles, les forces renégates se lancèrent dans de sanglantes campagnes. Parmi ces déchaînements de violence, certains conflits étaient d’une férocité cataclysmique.

L’une de ces campagnes se déroula dans le Système de Cortosa. L’antique Monde-Forteresse de Cortosa III était défendu par plus de deux cents régiments de l’Astra Militarum. Au cœur du Fortum Primus de la planète se trouvait un musée militaire contenant des armes et armures collectées au fil des millénaires. Une de ses épées était un fragment de la Clé. Cortosa III accueillait aussi un impressionnant collège de devins, dont les avertissements poussèrent le Haut Commandement de la planète à lancer un appel à l’aide avant même l’arrivée de la Funesteflotte. Le couvent de l’Adepta Sororitas sur Cortosa VI et le fort des Black Templars sur Cortosa X furent prompts à répondre. Mais avant qu’ils arrivent, la Funesteflotte surgit du Warp et fondit sur Cortosa III.

Cette armada était menée par l’Ogre, et le Seigneur Gulthorg prévoyait de corrompre la planète fortifiée avant de s’en emparer. Il n’oublierait pas de récupérer l’objet convoité par Abaddon, mais d’abord, il comptait établir une tête de pont à partir de laquelle bâtir un empire purulent au nom de Nurgle. Ayant détecté l’arrivée de renforts ennemis, Gulthorg chargea les Corbeaux de la Peste et la Garde Vermineuse de détruire les vaisseaux impériaux avant qu’ils atteignent l’orbite. Pendant ce temps, ses Sons of Rot et lui menèrent les régiments de Morbidax, les vivsecteurs du Mechanicum Noir et les Chevaliers de la Maison Gnaw dans un assaut au sol.

Des centaines d’appareils de débarquement noircirent les cieux de Cortosa III. Bien que nombre d’entre eux fussent abattus par les batteries de turbo-laser et les escorteurs Vulture, bien plus encore déposèrent leurs passagers. Bientôt, des combats féroces éclatèrent dans le Munifica Maxima, le long de la chaîne de montagnes fortifiée des Absolutis Colossi et sur les plaines d’entraînement de l’Expans Martial. Des frappes d’armes virales réduisirent des milliers de loyalistes à l’état de flaques bouillonnantes dont surgirent en geignant des Démons endettés auprès de Vashtorr. Un puissant fer de lance blindé loyaliste fila entre les tours de l’Arcadia Ballistus jusque sur l’Expans Martial depuis le sud, repoussant les Chevaliers de la Maison Gnaw. Au même moment, une féroce bataille spatiale striait les cieux de feu tandis que les renforts impériaux tentaient de percer le blocus de Gulthorg. Abordages et tirs de rayons et de torpilles dévastèrent des vaisseaux des deux camps.

Finalement, la foi partagée par les loyalistes leur permit de vaincre les bandes renégates rivales, qui ne se résolurent pas à mettre de côté leurs différends, même en étant sur le point d’être vaincus.

Après des jours de combat à la surface, le Seigneur Gulthorg fut contraint le céder le commandement des opérations au sol et de rejoindre l’Arche avec une grande partie de ses Sons of Rot pour la protéger des vaisseaux impériaux. C’était le moment que les agents de l’Alpha Legion cachés parmi les forces renégates attendaient. Pensant que Gulthorg ne remplirait pas les ordres d’Abaddon, ils donnèrent leurs propres directives sur des canaux vox piratés. À leur commandement, une colossale vague d’attaque d’hérétiques abandonna sa position et s’écrasa contre les murs du Fortum Primus. D’un point de vue stratégique, cette manœuvre était aberrante et laissait les forces au sol de Gulthorg complètement isolées. Mais la folie de cet assaut prit les défenseurs du Fortum au dépourvu, et en quelques heures, plusieurs brèches furent ouvertes dans leurs murs. Le temps que les forces terrestres des loyalistes convergent pour profiter de cette erreur stratégique, les guerriers de l’Alpha Legion avaient pillé la salle des trophées, volé une navette et franchit le portail scintillant sous la proue de l’Ogre.

Ceci n’était qu’un exemple de la confusion créée par les Funesteflottes. Sur Aggamedes, l’Arche Bloodmaw et son escorte se lancèrent dans un conflit de plusieurs mois contre les manipules du Monde-Forge Graiaet qui décima les populations de plusieurs planètes. Dans l’amas de Rasputar, la Funesteflotte du Bane of Life s’immisça dans une guerre opposant les Cognats de l’Hégémonie de Kronus aux Orks de la Waaagh! Skullkrakka. Le carnage qui s’ensuivit prit rapidement des proportions apocalyptiques. Pendant ce temps, des opérations de guérilla se multiplièrent dans la tentaculaire nébuleuse de Serpessa. Dans cette région, la Funesteflotte du Maître Dépeceur Thavak des Night Lords était harcelée par les Asuryanis du Vaisseau-Monde Ulthwé et les Drukharis de la Kabale de l’Épine de Fer qui cherchaient à éliminer les forces de Thavak une bande après l’autre.


Une Voie Obscure
Les Grands Prophètes Aeldaris sont capables de lire tous les futurs possibles. Un conclave de ces voyants venus de plusieurs Vaisseaux-Mondes contacta le Seigneur Inquisiteur Coteaz de l’Ordo Malleus. Ce dernier était un chasseur de Démon puissant et respecté, à l’esprit pragmatique et raisonnable. Il écouta l’étrange délégation Xeno en silence. Ils expliquèrent avoir étudié une ramification du destin devenant de plus en plus probable, et si sombre qu’aucun d’eux ne pouvait en percevoir la fin. Ils savaient uniquement que cette voie était liée aux Funesteflottes et qu’elle suscitait chez eux un sentiment de fin imminente. Beaucoup parmi les leurs se battaient déjà pour repousser les Funesteflottes, mais ils n’avaient aucune chance de vaincre seuls. Ils avaient besoin de l’aide de l’Humanité. Coteaz ne fit aucune promesse, et ses visiteurs partirent sans les garanties qu’ils étaient venus, chercher, mais la vie sauve, leur fit-il remarquer, ce que d’autres Inquisiteurs leur auraient refusé. Mais une fois seul, Coteaz prépara des ordres pour ses meilleurs agents. Il devait en savoir plus, et vite.


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Représailles

La Serre de Diamant
La Serre de Diamant
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Malgré leurs modifications, les Arches Fatidiques demeuraient des Space Hulks, autrement dit des sources de danger, mais aussi de richesses archéotechnologiques. Les renégats chargés de diriger ces vaisseaux devaient affronter les hôtes monstrueux de leur propre vaisseau amiral, et en explorer les moindres recoins dans l’espoir de trouver des artéfacts puissants. Mais ils n’étaient pas les seuls. Des pillards issus de divers peuples se risquaient à aborder des Arches Fatidiques en quête de richesses. Les Corsaires Aeldaris de la Serre de Diamant étaient une de ces équipes, et leur raid contre l’Arche Devourer of Hope fut un tel succès qu’ils eurent l’opportunité d’en attaquer le poste de commande pour mettre le vaisseau hors d’état de nuire. Conscients des dégâts que pouvait causer l’Arche contre les patrouilles de la Marine Impériale, les pirates choisirent de se replier et laisser les renégats agir à leur guise, afin d’exploiter la confusion qui s’ensuivrait inévitablement.
« Commencez l’attaque ! Bombardement intensité maximale ! Lancez tous les appareils d’attaque, ne laissez rien en réserve ! Abaddon aura son trésor, même si je dois pour cela massacrer les misérables loyalistes qui grouillent à la surface de ce monde jusqu’au dernier ! »
- Forgeguerre Czagra, durant l’attaque sur Yarvos IX.
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Les Funesteflottes semaient la mort et la destruction de la périphérie de l’Imperium Nihilus jusqu’au cœur du Segmentum Solar. Cependant, elles rencontraient une forte opposition, de la part des forces de défense locales qui tentaient de les repousser comme de ceux qui traquaient sans relâche les Arches Fatidiques.

Tandis que la galaxie plongeait dans l’anarchie, les communications à longue distance, sans parler de la coordination ou du partage des renseignements stratégiques, n’était pas chose aisée, même pour les races les plus avancées. Cela avantageait les Funesteflottes, car elles étaient autosuffisantes, pillant sans vergogne ce que leurs vaisseaux de ravitaillement ne pouvaient leur fournir, et obéissant aux ordres émanant de leur Arche. Face aux flottes interdépendantes des flottes de la Croisade Indomitus, obligées d’agir dans le cadre d’un ensemble stratégique, Abaddon avait réussi à tourner à son avantage la nature individualiste et anarchique de ses disciples. Elles pouvaient ainsi non seulement agir sans avoir à maintenir une cohésion stratégique avec les autres flottes, mais dans les cas les plus extrêmes, elles étaient - pour le Fléau - sacrifiables, à condition d’accomplir leur objectif.

Nombre de ceux qu’elles attaquaient ne virent jamais qu’une seule Arche Fatidique, soit parce qu’ils ne survécurent pas pour en rencontrer une autre, soit parce qu’ils luttaient pour défendre un système ou un monde isolé. Il était donc difficile pour les victimes d’Abaddon de discerner le plan qui sous-tendait des attaques apparemment aléatoires. Nombre d’adversaires du Chaos n’avaient pas encore compris que c’était ces assauts qui avaient endommagé le réseau de pylônes primordiaux et permis la manifestation de la Grande Faille, et ils ne purent jamais rassembler les informations qui auraient pu les mener à cette conclusion. Comment ces gens-là - plongés dans la confusion, peu nombreux et assaillis de toutes parts - pouvaient-ils élaborer une stratégie efficace pour déjouer le plan d’Abaddon ?

Pourtant, certains y parvinrent. Ceux-ci percevaient avec justesse l’ampleur de la menace, et qui firent tout leur possible pour empêcher les Arches Fatidiques de ravager la galaxie.

L’Assaut sur Onalpa
L’Assaut sur Onalpa
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Le système d’Onalpa se trouvait dans un sous-secteur de l’Imperium Sanctus proche des tempêtes de la Grande Faille. Le système avait subi plusieurs attaques de forces renégates, mais quand la Funesteflotte Colossus apparut, les loyalistes crurent leur heure venue. Comptant un important contingent de Titans du Chaos et de combattants du Mechanicum Noir, la Funesteflotte dispersa ses forces, et des hordes de guerriers commandés par des Magos retors fondirent sur les mondes riches en archéotechnologie d’Onalpa. Cette offensive fournit à la Force de Frappe du Chapelain Julianos des Ultramarines l’opportunité d’aborder le Colossus pendant que ses escorteurs étaient dispersés. L’Arche et ses défenseurs demeuraient des adversaires redoutables, et l’attaque coûta la vie à de nombreux Ultramarines. Mais en déclenchant la fusion simultanée de plusieurs enginariums, les loyalistes causèrent une série d’explosions qui entraîna la désintégration de l’Arche.
Subsumé
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La Funesteflotte du Netherworld Blade sema la terreur dans la Zone de Guerre Chalnath. Les escorteurs de l’Arche furent durement éprouvés par les innombrables engagements, à tel point que le gigantesque vaisseau finit par être seul. C’est alors qu’une flotte de renégats baptisés crûment les Tueurs de Jektor, prit l’Arche d’assaut dans l’espoir de s’en emparer. Cependant, Jektor et ses troupes se retrouvèrent non pas face à des guerriers mortels, ni même post-humains, mais à une horde cauchemardesque d’amalgames de Démons et de métalloderme. Pire, cette contagion mécanique contamina rapidement les assaillants eux-mêmes. D’immondes protubérances mécaniques jaillirent de leurs corps et de leur équipement, les faisant fusionner avec la masse de l’Arche ou les transformant en hôte pour les possesseurs technodémoniaques. Bientôt, le Netherworld Blade avait une nouvelle escorte, constituée des vaisseaux contaminés des partisans de Jektor.

Colère Xenos

Les Funesteflottes attirèrent inévitablement l’hostilité de nombreux Xenos tandis qu’elles s’enfonçaient jusqu’aux confins de l’espace. Certains conflits étaient isolés ou aléatoires, comme la guerre contre les territoriaux Kalavassi, ou les dégâts infligés au Blackened Tower par les Asservisseurs. La Funesteflotte du Sobbing God, sortit quant à elle du Warp directement au milieu d’une vrille de la Flotte-Ruche Kraken. Après la perte de ses escorteurs, le Maître-fléau Ulghata et ses guerriers survivants se retranchèrent dans les profondeurs de leur Arche et fortifièrent leur position. Face aux bioformes qui grouillaient sur la coque et se déversaient dans toutes les coursives, les renégats furent assiégés au sein de leur propre vaisseau amiral.

Certaines planètes xenos abritaient à leur insu des Fragments-clés. Ainsi, sous les ruines poussiéreuses de Vol, une nécropole Nécron de la Dynastie Szarekhan sommeillait, sans savoir qu’une urne ensevelie entraînerait sa destruction. Quand les guerriers d’une bande de Thousand Sons se téléportèrent depuis l’Arche Fatidique Beast in Scarlet, ils prirent les Nécrons par surprise et neutralisèrent leurs défenses avant d’exhumer l’urne des fondations de la nécropole. Satisfait de son œuvre, le Seigneur Sorcier Hasomet regagna son vaisseau et sa Funesteflotte repartit. Ceci dit, à l’insu des Thousand Sons, le Tétrarque Somtatek de Vol - tué par les Thousand Sons alors qu’il reposait dans sa crypte de stase - avait été ressuscité grâce à de mystérieuses technologies sur le monde vassal voisin de Lok. Enragé d’avoir été tué de façon si déshonorante, le Tétrarque mobilisa une flotte de Vaisseaux-Tombeaux, et y embarqua ses légions avant de partir à la poursuite des Thousand Sons, jurant de se venger coûte que coûte du Beast in Scarlet.

Une autre Funesteflotte d’Abaddon, commandée par Dame Maeve de la Maison Grendyl, arriva dans le système de Polyhadra en espérant ravir aisément leur objectif à un empire Peau-Verte. À la place, elle se retrouva confrontée à une enclave florissante de la Ligue Majeure Thurienne, avec des ceintures de débris spatiaux en guise de seule trace de l’occupation Ork. Les Cognats avaient littéralement éventré le monde qui recelait l’objectif de Dame Maeve, et sa carcasse avait depuis longtemps disparu dans les machines d’immenses vaisseaux miniers. Le sillage psychique du Fragment-clé conduisait au noyau galactique. Mais avant qu’elle puisse reprendre la traque, le code de l’honneur dévoyé de Maeve l’obligeait à punir les Cognats. Bientôt, de féroces batailles firent rage sur chaque planète restante du système de Polyhadra.

D’autres forces Xenos cherchaient activement les Funesteflottes pour les détruire, car elles avaient conscience de la menace qu’elles représentaient. Les Vaisseaux-Mondes d’Ulthwé, Saim-Hann, Yme-Loc et leurs alliés ne s’étaient pas contentés de contacter l’Inquisition de l’Humanité, ils avaient mobilisé leurs propres forces, et les Arlequins les aidèrent à former une alliance d’Asuryanis, de Drukharis, de Corsaires et d’Exodites qui harcelèrent sans relâche les Funesteflottes pour en ralentir la progression.

Loyauté et Vengeance

Les Aeldaris n’étaient pas les seuls à traquer les Arches Fatidiques. Bien que l’Inquisiteur Coteaz fût un des premiers à lancer des opérations contre les Funesteflottes, il n’était pas le seul agent des Ordos à le faire. Certains oeuvraient dans l’ombre et manipulaient les autres, tandis que d’autres menaient des forces d’assaut qu’ils avaient réquisitionnées, ou se contentaient de diffuser des informations aux maîtres de groupe de la Croisade Indomitus et aux Maîtres de Chapitre Space Marines. Tous faisaient néanmoins en sorte que l’on interceptât autant d’Arches que possible, pour les affaiblir avant qu’elles atteignissent leur cible.

L’abordage du Morbidius par les Terminators Iron Hands du Capitaine Albaar, la bataille aux abords du trou noir du Gouffre Hurlant, la mystérieuse destruction de la Funesteflotte Reaper’s Shadow et de la planète Rodiar, qu’elle attaquait ne sont qu’une partie des actions résultant des manœuvres de l’Inquisition.

Les Space Marines et les Sœurs de Bataille s’avérèrent être les troupes Impériales les plus efficaces dans les actions d’abordage contre les Arches Fatidiques. Dans ces espaces confinés cauchemardesques, leur discipline, leur moral et leurs équipements exceptionnels étaient des atouts vitaux. Aborder et nettoyer les Space Hulks était déjà dangereux quand les vaisseaux surgissaient aléatoirement dans l’espace réel. Mais vaincre des hulks militarisés et pilotés, accompagnés par des escorteurs hostiles nécessitait des flottes de guerre entières. Certains Chapitres Space Marines pouvaient monter seuls de telles opérations. Ceux qui disposaient de flottes importantes, comme les Black Templars, les Crimson Lament ou les Void Tridents, causèrent des dégâts importants aux Funesteflottes. D’autres Chapitres, et la quasi-totalité de l’Adepta Sororitas, qui n’avaient pas de telles ressources, durent solliciter la Navis Imperialis. Plusieurs Funesteflottes rencontrèrent une résistance acharnée contre des éléments de la Marine Impériale qui abritaient des tueurs en Armure Énergétique assoiffés de vengeance.

Peu de missions d’interception réussirent totalement. Bien souvent, endommager ou ralentir l’Arche Fatidique était le seul résultat possible. Nombre de ces assauts étaient voués à l’échec au regard de l’écrasante supériorité numérique des hérétiques. D’autres avaient pour but de gagner du temps pour évacuer les planètes, ou pour que les agents de l’Inquisition identifient le trésor que les hérétiques recherchaient. Sur Thracian Primaris, dans le sous-secteur Titus, et sur Savlar, les Funesteflottes repoussèrent les assauts avant de poursuivre leurs ravages.

Conflits Internes

Ironiquement, quelques-unes des attaques contre les Funesteflottes les plus efficaces furent l’œuvre de Seigneurs du Chaos rivaux, que ce fût parce qu’ils avaient eu vent des plans d’Abaddon et cherchaient à les contrer, ou simplement pour s’emparer des Arches. L’une disparut avec ses escorteurs dans les profondeurs du Maelström alors qu’elle empiétait sur le territoire des Red Corsairs. Une autre succomba aux assauts d’une bande de Word Bearers qui voyait dans cette utilisation des Space Hulks un affront envers les Dieux Sombres. Les zélotes brisèrent les entraves placées sur le Neverlight et déchaînèrent une horde d’entités démoniaques qui infligèrent d’indicibles destructions aux assaillants, aux défenseurs et au Monde Minier tout proche de Karmyne.

Mais ce fut le sabordage du Dirge Discordant qui poussa Abaddon à intervenir personnellement. L’Arche fut submergée par une énorme horde de Démons de Khorne alors qu’elle se rendait dans le système de Chyron où se trouvait un des Fragments-clés d’une importance rituelle capitale. Furieux de cet outrage, le Fléau commença par écraser les Démons. Après les avoir vaincus, il ordonna à ses forces de faire route vers Chyron Tertius, afin de s’emparer lui-même du fragment.

Dante Riposte
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Quand une Arche arriva en vue des Agri-Mondes de la Ceinture de Saganas, dans l’Imperium Nihilus, Dante déploya une force de Blood Angels pour l'intercepter. Arrivés à destination, ils trouvèrent le Hulk Night Terror dérivant dans l’espace, entouré d’une ceinture d’épaves de vaisseaux hérétiques. Une fois à bord, les Blood Angels découvrirent des résidus de soufre et les traces d’une infestation biochimique massive, mêlées à ce qui ressemblait à d’étranges végétaux desséchés. Ils trouvèrent également les cadavres de guerriers de l’Hereticus Astartes et de cultistes qui jonchaient les coursives du Hulk silencieux. Certains présentaient des plaies causées par des Bolts, et d’autres avaient été taillés en pièces par des armes tranchantes. Malgré des recherches qui durèrent plusieurs jours, les Blood Angels ne purent déterminer ce qui était arrivé au Night Terror. Avec plus de questions que de réponses, Dante ordonna que des échantillons soient prélevés pour analyse.


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Le Maître de Guerre Abaddon menait ses troupes le long du fragile pont de pierre. Dépourvu de toute rambarde et large d’à peine six mètres, l’antique pont de pierre taillée était couvert de verglas, exposé qu’il était à la fureur du blizzard qui se déchaînait sur les Montagnes de Taurica. La neige de Chyron Tertius était aussi noire que l’ébène. Sous l’éclat des détonations des armes et des énormes projecteurs montés sur les pentes des montagnes, les bourrasques évoquaient à Abaddon les ailes de milliers d’oiseaux charognards. À plusieurs centaines de mètres derrière lui, le pont partait du Mont Sanctique pour enjamber ce gouffre béant. Devant, il discernait la silhouette à peine visible du Mont Imperator, presque entièrement masqué par les tourbillons de neige noire. C’est dans ses pentes rocheuses qu’était taillé l’objectif d’Abaddon, le Temple Ultima. Sous le pont, le gouffre vertigineux plongeait sur près de trois kilomètres, pour aboutir sur un des bassins sacrés tapi dans les ombres au pied des montagnes.

Abaddon s’avança, sa cape flottant dans le vent violent. Ses Porteurs du Désespoir lui emboîtaient le pas, trois par trois. Régulièrement, le pont tremblait lorsqu’un nouveau tir de lance navale du Vengeful Spirit transperçait le ciel nocturne. Là où les faisceaux atteignaient le flanc des montagnes, de nuages de flammes et de fumée s’élevaient dans les airs. À la lueur infernale des lasers, la neige noire prenait l’aspect du sang séché.

Devant Abaddon, les soldats de l’Astra Militarum essayaient de se replier en bon ordre mais leurs pas n’étaient pas aussi assurés que ceux des guerriers de la Black Legion. Ceux qui ne tombaient pas sous les rafales de Bolters basculaient dans le précipice à cause du vent ou des ondes de choc des tirs de lance navale. Abaddon ne parvenait pas à entendre les cris des mortels ainsi condamnés à cause du fracas des tirs et de la plainte des vents. Mais il savait qu’ils hurlaient. Ceux qui ne succomberaient pas à l’impact avec l’eau glacée gèleraient probablement avant de se noyer dans les profondeurs supposément bénies du bassin.

Cette pensée lui apporta un bref amusement, qui s’envola quand un canon de gros calibre ouvrit le feu depuis l’autre extrémité du pont. Des traits incandescents transpercèrent les tourbillons de neige noire. Un tir chanceux fit exploser la genouillère d’un Terminator. Le vétéran tituba et disparut, entraîné dans le vide par le poids de son antique armure.

Abaddon grogna. Tout cela prenait trop de temps, et lui coûtait trop cher. Il n’aurait jamais dû venir, et aurait dû pouvoir confier cette mission au Dirge Discordant. Au lieu de cela, il se retrouvait retardé de façon intolérable par les montagnes, la météo et une petite bande d’adorateurs de charogne tenaces qui avaient l’audace de se faire appeler Cadiens, comme si c’était une marque d’honneur, et non de honte !

« J’ai détruit votre pathétique planète, » rugit-il d’une voix amplifiée par vox qui résonna dans toute la montagne. « Vous êtes les orphelins d’un monde assassiné. Si je dois vous briser cent fois avant que vous compreniez quelle est votre place, vermines, je le ferai ! »

Le Fléau se mit à courir dans une plainte de servomoteurs, ses bottes martelant la glace et la roche. Les tirs tombaient tout autour de lui, mais il les ignorait, laissant les balles ricocher sur son armure comme il franchissait l’extrémité du pont et foulait enfin la large corniche de pierre. Les chutes de neige s’atténuèrent pour révéler des soldats Cadiens retranchés derrière des sacs de sable gelés devant une immense arche en pierre taillée qui encadrait une porte blindée en plastacier. C’est là que se trouvait la Porte du Levant, seul accès viable aux niveaux supérieurs de la montagne, et par là au Fragment-clé qu’Abaddon était venu chercher. Les Cadiens auraient pu déployer une centaine de soldats sur cette corniche sans que cela l’empêche d’avancer. Le Fléau n’avait aucune intention de reculer.

Les Cadiens portaient des vêtements chauds, mais il était clair à voir leurs sourcils couverts de givres et les traces noirâtres sur leurs nez et leurs oreilles que nombre d’entre eux auraient des séquelles à cause des engelures. Bien sûr, Abaddon n’avait aucune intention de les laisser vivre assez longtemps pour en souffrir.

Leur Sergente hurla sa haine et sa peur et visa Abaddon à la tête. Avant qu’elle puisse tirer, les canons de la Serre d’Horus aboyèrent et elle fut taillée en pièces. Le froid extrême fit fumer la chair sanguinolente. Abaddon n’avait même pas ralenti sa course, et alors qu’il se rapprochait inexorablement de la position des Cadiens, leurs tirs se firent plus paniqués. Les lasers frappaient sa cuirasse et ses épaulières sans parvenir à entamer son armure.

Un revers de la Serre d’Horus démolit la barricade, projetant des fragments de sacs de sable et des corps sanguinolents dans les airs. Un Cadien glissa sur le sol glacé et bascula dans le vide en poussant un cri de désespoir.

De la droite d’Abaddon provint un cri à peine audible dans la tourmente.

« Pour l’Empereur ! »

Le bruit sourd d’un tir de lance-grenades résonna. Abaddon se tourna à une vitesse incroyable pour un être vêtu d’une armure si massive. Il fit dévier la grenade du plat de Drach’nyen et elle explosa au milieu d’un groupe d’infortunés Cadiens. Il perçut les protestations de la lame démoniaque, indignée d’être utilisée si vulgairement, et répondit par un ricanement sardonique.

Le Cadien actionna un levier pour charger un nouveau projectile, mais la panique faisait trembler ses mains, à tel point que sa manœuvre échoua. Drach’nyen frappa comme une vipère et la pointe de l’épée transperça le crâne du soldat. Le sang gicla sur la neige noire et le lance-grenades glissa des doigts sans vie. Abaddon retira sa lame du crâne de sa victime comme des lasers s’abattaient tout autour de lui, et il pivota pour décapiter un autre Cadien et ouvrir le thorax d’un autre d’un seul coup.

Il balaya d’un coup de pied l’Autocanon de l’escouade et cribla de Bolts d’autres soldats, dont les corps explosèrent avant de s’écrouler au sol. Une lueur artificielle se déversa sur lui lorsque des meurtrières s’ouvrirent dans la porte blindée. Des canons de Fusils Laser apparurent, et une nouvelle rafale le frappa.

Les Porteurs de Désespoir émergeaient à peine de la neige et parvenaient enfin à la corniche quand Abaddon poussa un rugissement inarticulé et chargea la porte blindée. Il ne daigna même pas utiliser ses armes et fonça simplement, l’épaule en avant. L’obstacle se froissa comme du papier sous l’impact.

Les minutes qui suivirent s’écoulèrent dans un tourbillon de visages hurlants, de jets de sang et de fragiles corps humains piégés dans un couloir de pierre confiné face à la colère du Fléau. Ceux qui n’avaient pas été écrasés par la porte blindée furent massacrés peu après. Puis Abaddon enjamba le monceau de corps et reprit sa progression. Des dômes lumen disposés au plafond éclairaient les lieux. Des panneaux thermiques luisants et des braseros y apportaient de la chaleur. Les symboles de la foi impériale étaient partout, depuis les statues de saints placées dans les alcôves cristallines jusqu’aux tapisseries décrivant des scènes d’une niaiserie écœurante à ses yeux.

Plus loin, un large espace s’ouvrait. C’était une immense salle taillée dans la roche, où l’on avait sculpté des bancs de pierre et une gigantesque idole aux ailes d’ange qui paraissait âgée de plusieurs millénaires. Des stalactites pendaient au plafond, et certains rejoignaient presque les stalagmites au sol. Chaque concrétion était couverte de motifs à la peinture à demi effacée, et on y avait accroché des banderoles de tissu aux couleurs criardes.

L’austère splendeur de la chambre de prière était gâchée par la présence d’une barricade érigée en son centre pour bloquer l’accès aux entrées de tunnel derrière. Abaddon vit des dizaines de Cadiens abrités derrière cette ligne défensive, leurs fusils braqués sur lui.

Il n’esquissa pas le moindre geste quand les loyalistes ouvrirent le feu, et que leurs salves détruisirent des stalactites irremplaçables et des sculptures qui étaient déjà vieilles quand l’Imperium était encore jeune. D’un geste, il ordonna à ses Terminators d’avancer, subissant sans fléchir le barrage ennemi tandis que ses Porteurs du Désespoir le dépassaient en s’avançant d’un pas pesant. Les guerriers de la Black Legion en Armure Énergétique leur emboîtaient le pas, se déployant pour couvrir leurs flancs et riposter.

Abaddon s’apprêtait à se joindre à l’offensive quand le vox à son gorgerin se mit à tinter. La voix qui en émanait évoquait tout autant le grondement d’un fourneau qu’un bruit de rouages.

« Il y a une complexité imprévue. »

Abaddon regagna le couloir en jurant. Là, le globe lumen au-dessus de lui clignota et émit une lueur rouge maladive. La puanteur du soufre se mit à émaner des braseros tandis qu’au sol, l’équipement des soldats tués se couvrit de nématodes d’argent. Sous le regard d’Abaddon, les vers rassemblèrent des débris de Fusil Laser et un Auspex brisé, dont le métal se liquéfia pour adopter un aspect étranger à cet univers. Il eut un rictus mauvais.

« Parle vite et sans détour, Démon. Je suis déjà en train de me battre pour résoudre la dernière complexité que tu as détectée. »

« Mes serviteurs voient ce qui échappe aux autres, » répondit Vashtorr. « Ce sont mes récepteurs, mes capteurs, mon Auspex et mes données. Mes serviteurs me parlent d’un fragment prisonnier d’un monde clairon, baigné de l’éclat d’étoiles binaires. C’est un fragment que nous devons posséder, mais dont l’acquisition est devenue compliquée. »

La mémoire eidétique d’Abaddon conjura un nom à partir des informations qu’avait données Vashtorr. Son rictus s’accentua.

« Tu parles sans doute de Malakbäel. Que s’est-il passé ? »

« Désespoir. Innovation. Des risques fascinants pris au nom du progrès. » Bien qu’il fût sur le point d’annoncer une mauvaise nouvelle, la délectation de Vashtorr était palpable. « D’inattendues machinations ont permis à l’ennemi de rassembler sur Malakbaël une force bien trop puissante pour une Funesteflotte. La totalité de la quatrième flotte de croisade s’y presse comme de la limaille de fer sur un aimant. L’acquisition est impossible. »

Abaddon ne parvint pas à se retenir. Un rire dur et cruel naquit dans sa gorge et franchit la barrière de ses lèvres. Il éprouvait à une joie mauvaise à l’idée que ce demi-dieu démoniaque ne fût pas aussi omniscient qu’il pensait.

« Expliquez votre joie. » L’irritation dans la voix de Vashtorr était aussi flagrante que son plaisir un instant plus tôt.

« Peu importe le nombre d’armées que les adorateurs du cadavre de Terra amassent sur Malakbäel. Le sort n’est pas tendre avec ces laquais loyalistes. Saint Guilliman pourrait fouler le champ de bataille qu’il ne parviendrait pas à vaincre ce qui s’apprête à fondre sur eux. »

« De quoi parlez-vous, Maître de Guerre ? Quel pouvoir avez-vous déchaîné ? »

Le démon semblait sur ses gardes. C’est aussi bien, pensa Abaddon. Un sourire cruel détonna ses traits quand il prononça le mot, deux syllabes synonymes de morts et de destructions indicibles.

« Angron. »

Le mot sonna comme une malédiction. Il heurta l’air comme un coup de poing et laissa dans son sillage un silence qui dura plusieurs battements du double cœur du Maître de Guerre. Quand Vashtorr reprit la parole, il semblait intrigué.

« J’irai. Je verrais cela de mes propres yeux. »

« Fais donc, et ne me dérange pas sans bonne raison, » rétorqua Abaddon. « J’ai mes propres combats à livrer. »

Il s’apprêtait à couper le canal vox quand il vit que l’influence de Vashtorr s’était déjà évanouie. Les vers métalliques qui tenaient les fragments d’équipement ensemble flétrirent, et l’amas de métal fondu retomba au sol dans un claquement. Le dôme lumen au-dessus d’Abaddon émit une lueur blanche de plus en plus intense avant d’éclater. Ignorant la pluie de morceaux de verre, Abaddon fit jouer les doigts griffus de la Serre d’Horus, brandit Drach’nyen et alla se joindre au massacre.

La bataille pour le Temple Ultima dura encore près d’une heure. Sous le commandement d’Abaddon, les forces de la Black Legion s’engouffrèrent dans la Porte du Levant. Pendant ce temps, des bandes de moindre envergure empêchaient les renforts loyalistes d’atteindre le Mont Sanctique, ou de se frayer un passage depuis le Val de Saint Tarthusa par l’Escalier Consacré. Durant les combats, ses lieutenants lui faisaient des rapports réguliers par vox sur le bon déroulement de la bataille de Chyron Tertius : ils avaient acquis la supériorité orbitale tandis que les derniers moniteurs de défense loyalistes plongeaient dans l’atmosphère sur des ailes de feu ; l’avance des blindés impériaux le long du Col des Pénitents avait été arrêtée net par une horde de Possédés avant que des charges de démolition eussent permis de bloquer définitivement le passage ; les Fils du Tempestus qui tentaient de lancer une contre-offensive par le sommet du Mont Imperator avaient à peine réussi à larguer une poignée d’escouades avant qu’un vol de Métadraks abatte leurs appareils de transport jusqu’au dernier.

C’est cette poignée de troupes Impériales survivantes qui constitua l’ultime résistance face à l’assaut d’Abaddon. Alors qu’il gravissait les marches de marbre et d’or qui menaient au Temple de l’Empereur-Dieu, il fut accueilli par leurs salves disciplinées. Les lasers crépitèrent. Les Bolts s’enfoncèrent dans les corps en armure carapace. Les tirs de plasma explosèrent tels des soleils miniatures.

Les fils du Tempestus étaient retranchés derrière des balustrades de marbre et des statues d’onyx au sommet des escaliers. Déjà les corps de plusieurs Légionnaires gisaient sur les marches, leurs têtes manquantes et leurs cuirasses fondues témoignant de la férocité de la fusillade. Abaddon enjamba les cadavres et activa son vox tout en abattant une guerrière adverse d’un tir bien ajusté.

« Maintenant, » ordonna-t-il.

L’air crépita. Des éclairs coururent sur les cadavres. Les Fils du Tempestus se tournèrent de gauche et de droite en poussant des cris d’alarme tandis que des colonnes d’énergie infernale apparaissaient tout autour d’eux. Des formes massives se matérialisèrent comme l’énergie de la téléportation s’estompait peu à peu. Le métalloderme se déforma et les Obliterators nouvellement arrivés firent feu à bout portant.

« En avant, pour la victoire ! » rugit Abaddon. Alors qu’un ouragan de feu et de plasma engloutissait les Fils, il gravit les dernières marches à la tête de ses guerriers. Drach’nyen s’abreuva de sang loyaliste. Le commandant des Fils du Tempestus périt, la Serre d’Horus enfoncée dans sa cage thoracique. Les portes colossales du Temple de l’Empereur-Dieu furent consumées par les flammes, les inestimables peintures qui les ornaient furent liquéfiées puis réduites en cendres en quelques secondes.

Abaddon traversa le rideau de feu, suivi de ses guerriers. La splendeur du temple n’avait aucun intérêt à ses yeux. Il n’avait que faire des piliers majestueux et des voûtes, des verrières ornementées ou des tresses multicolores des bannières de prière qui couvraient le plafond voûté. Ses yeux observaient l’endroit mais il ne voyait rien de la sereine beauté des lieux, car seul importait son objectif.

« Faites venir les sorciers, » ordonna-t-il. Tandis qu’il attendait, une lueur cramoisie filtrait par les verrières chaque fois que les tirs de lance navale frappaient la surface. Il entendait au loin le rugissement des batailles en cours, ultimes tentatives de le priver de sa victoire.

« Trop lent, trop tard, » murmura-t-il. « Tellement prévisible. »

Un cliquètement d’insecte et le râpement d’une respiration difficile annoncèrent l’arrivée des Psykers-esclaves. Abaddon se tourna et vit que c’était Xorphas en personne qui lui avait amené une meute de trois symbiotes à peine humains qui tiraient sur des laisses de chaîne et de peau écorchée.

« Trouvez-le. » ordonna Abaddon.

« Sans tarder, Seigneur Maître de Guerre, » répondit Xœphas, en libérant les Psykers-esclaves.

Ignorant le reliquaire criard qu’illuminait des centaines de cierges au cœur du temple, les êtres difformes se dirigèrent droit sur un des piliers de pierre non loin de l’extrémité est. Ils s’arrêtèrent là, les antennes humides de leurs heaumes démoniaques frémissant d’excitation.

Il suffit d’un revers de Drach’nyen. Le faux parement explosa dans un nuage de fragments de plâtre. Derrière, une petite niche abritait un socle de marbre qui, selon Abaddon, n’avait pas vu la lumière du jour depuis des millénaires. Elle accueillait un calice de pierre poussiéreux. Les bas-reliefs dont il était orné pouvaient représenter des épées, des lances, voire des arbres à demi effacés.

« C’est ce que nous cherchons ? Quelle bagatelle, » remarqua Xorphas.

« Et pourtant, c’est grâce à cette bagatelle que l’Imperium de l’Humanité sera enfin abattu, » dit Abaddon. La perspective de son triomphe enflammait ses deux cœurs.

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« Nous contemplons les millénaires
passés et nous nous croyons vieux.
Le Moyen-Âge Technologique semble
impossiblement loin de nous, avec ses
terreurs régressives et prométhéennes.
Pourtant, notre temps n’est qu’un
bégaiement du pouls de la galaxie.
Beaucoup plus sombre et beaucoup
plus profond, l’abysse de la préhistoire
bâille sous nos pieds. Qui peut dire
quelles horreurs intemporelles
rôdent dans ses tréfonds,
attendant l’heure de leur retour ? »

- Alfredus de theng, cryptohistoritor et
philisohpus primus du Gouverneur de Lorvek II


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À Suivre…

Source

Pensée du Jour : « La Haine est le plus beau don de l’Empereur à l’Humanité. »
  • Les Arches Fatidiques : Abaddon, produit par le design studio Games Workshop, 2023