Magnus le Rouge

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Artikle pô fini. J’suis en train d’mettre ça
kom il fô pour k’ça soit tout bô tout bien !
- Krapull Kass’Krane, Mékano
et scribe stagiaire Ork.


Magnus le Rouge, Le Roi Pourpre, Primarque Démon de Tzeentch et des Thousand Sons.
Lorsque les incubateurs des Primarques furent mystérieusement dispersés loin de Terra, Magnus eut la chance d’être recueilli par les colons du monde éloigné de Prospero. Ce nouveau-né cyclopéen qui aurait pu susciter l’effroi et l’hostilité sur toute autre planète avait atterri sur un monde reclus, demeure d’une communauté proscrite de Psykers humains, mais ce ne devait pas être la dernière fois que la destinée de Magnus serait si commodément manipulée.

Les habitants de Prospero avaient choisi ce monde en raison de son éloignement de Terra et tout fait pour rompre le contact avec l’Humanité. Située au milieu de la principale chaîne de montagnes se trouvait la Cité de Lumière, leur unique citadelle d’une extraordinaire beauté, dont les tours argentées, les obélisques et les majestueuses pyramides rayonnaient sur les désolations de Prospero. Les besoins en énergie et en produits comestibles des habitants trouvaient leur réponse dans des réseaux de cultures hydroponiques et de collecteurs techno-psychiques. Sur son paradis éloigné, cachée aux yeux des autres hommes, cette communauté se dédiait totalement à la recherche de la connaissance et à la maîtrise de ce potentiel psychique naissant qui faisait sa singularité.

Les légendes parlent de l’arrivée de Magnus comme de celle d’une comète traversant la fine couche atmosphérique pour venir terminer sa course sur la place centrale de la ville. La relative facilité d’approche de leur sanctuaire par la voie des airs était un sujet que les adeptes de Prospero n’avaient jamais considéré. Les temps à venir allaient leur en faire payer le prix.

Ce furent d’emblée les érudits de la communauté qui prirent Magnus sous leur aile. On ne sait s’ils reconnurent immédiatement son potentiel ou s’ils ne virent en lui qu’un mutant jeté parmi d’autres par le fruit du hasard, mais le jeune Primarque commença rapidement à manifester le même genre de pouvoirs que ceux qui avaient forcé ses tuteurs à rechercher l’isolation, en montrant un talent particulier à les maîtriser. Magnus brilla d’emblée dans chaque discipline et surpassa bientôt les capacités des plus grands. À l’approche de l’âge de la maturité physique, il était déjà devenu un géant, tant de corps que d’esprit. Puis vint le jour où Magnus ouvrit son œil unique sur l’Immaterium pour regarder dans le Warp plutôt que pour canaliser son pouvoir, et la vie de Prospero en fut bouleversée à jamais.

À l’instant même où il observa cette dimension faite de puissance, Magnus le Rouge passa du rang d’apprenti à celui de maître absolu.

Le Warp n’est pas plus dépourvu de vie que le monde physique et l’arrivée d’une présence psychique aussi prodigieuse que celle de Magnus ne passa pas inaperçue. Ils furent plusieurs à sentir cette nouvelle vie parcourir l’Empyrean et à la reconnaître pour ce qu’elle était.

Ils furent donc logiquement plusieurs à venir le chercher.

C’est en ces termes que l’Apocryphe de Skaros a conservé la trace du jour où l’Empereur arriva sur Prospero :

« Ils paraissaient être de vieux amis se connaissant depuis toujours. Le visage difforme de Magnus ne perturba pas l’Empereur des Hommes, qui serra le Primarque retrouvé dans Ses bras en l’appelant Son fils. »

Il a depuis été suggéré que ce face à face entre l’Empereur et le Primarque n’était pas le premier, leurs esprits s’étant depuis longtemps déjà trouvés et reconnus dans le Warp. Au cours de cette expédition, l’Empereur avait choisi en guise d’avant-garde Sa quinzième légion de Space Marines habitée du propre patrimoine génétique de Magnus. L’Apocryphe témoigne également de l’instant où le Primarque et sa légion furent réunis.

« Le Primarque entendit son Empereur et ne lui donna que cette simple réponse : « Ils seront mes fils autant que je suis le vôtre. » Puis il mit un genou à terre et accepta en cet instant le primauté sur la quinzième légion, celle de ses Thousand Sons. »

La découverte de leur maître perdu tombait à point nommé pour les Thousand Sons. Formée d’après le code génétique de Magnus, la légion montrait un pourcentage disproportionné de mutations à caractère psychique, état de fait auquel l’Imperium naissant ne pouvait remédier. De profondes divergences d’opinion avaient isolé ceux qui reconnaissaient le bénéfice à tirer de mutations stables, comme le fameux « gène navigateur » de la Navis Nobilite, ce « troisième œil » si courant chez les maisons de Navigators et qui leur permettait de tenir une trajectoire dans l’Immaterium, rendant possibles les voyages via le Warp. L’apparition croissante et en apparence aléatoire de mutations chez des êtres humains était pourtant perçue par certains comme une menace interne, pour qui une légion entière composée de mutants potentiels représentait un danger. Certains des Thousand Sons avaient d’ailleurs considérablement souffert de manifestations psychiques spontanées, et ceux qui y survivaient recevaient un entraînement faisant d’eux les plus puissants Archivistes de l’époque. La plupart en mouraient. Le plus préoccupant était que les croisades de « chasse aux sorcières », de plus en plus fréquentes, tenaient l’incontrôlable légion pour preuve des périls de la mutation psychique. Les exigences de purge totale de l’Imperium n’étaient pas rares et celles dirigées contre les Space Marines Thousand Sons étaient parmi les plus virulentes. Magnus était arrivé à temps pour sauver sa légion, il la fit déployer sur Prospero pour consacrer toute son énergie à son instruction dans l’art du Psyker.

Il s’en trouve parmi les Archivistes de certains chapitres Space Marines pour suggérer que la volonté de contrôler rapidement la mutation destructrice de ses fils poussa Magnus à rechercher des solutions de facilité et à explorer d’autres chemins des plus périlleux, transgressant ainsi une limite. D’autres, dont plusieurs membres en vue de l’Inquisition, affirment que Magnus n’eut pas à s’en donner la peine et que les adeptes qui l’avaient jadis recueilli pratiquaient déjà les arts sombres avant qu’il n’arrive parmi eux, d’où son inévitable initiation à leurs rites. Restent ceux pour qui la faim insatiable de savoir que montrait le Primarque fut à l’origine de la suite des événements. On ignorera toujours quand cela se produisit, mais Magnus le Rouge et sa légion s’aventurèrent trop loin dans leur quête de connaissance et se mirent à pratiquer la sorcellerie.

La différence ne fut pas évidente au premier abord, Magnus rejoignit la Grande Croisade et mena avec vigueur les Thousand Sons aux côtés de l’Empereur, des légions des autres Primarques retrouvés et de toutes les forces combattantes de l’Humanité. La campagne qui s’étendit tout autour de Terra permit de libérer des colonies trop longtemps isolées et de prendre possession de nouveaux mondes pour la gloire de l’Imperium. Le fait que les Thousand Sons parvenaient plus souvent à la victoire par le subterfuge que par la force des armes n’attira pas d’emblée l’attention car après tout, seul le résultat comptait. Néanmoins, l’opposition se fit plus farouche à mesure que s’étendaient les domaines de l’Empereur. Les légions de Space Marines ou les régiments de la Garde Impériale procédaient à des atterrissages en croyant trouver des colonies humaines pour se voir opposer la résistance de cultes aux pouvoirs mystérieux accordés par des êtres démoniaques issus de l’Empyrean. Il ne fallut pas longtemps pour que la similitude avec les pratiques de Magnus soit remarquée et que la suspicion naisse chez les proches de l’Empereur. Le premier d’entre eux à émettre des doutes fut Mortarion, seigneur de la Death Guard, dont le passé ne lui avait que trop bien enseigné que la puissance obscure avait un prix. La voix de Leman Russ, Primarque des Space Wolves, pour qui toute victoire obtenue par la ruse et non par la force était par définition entachée, vint bientôt lui faire écho. Le fossé creusé était si profond qu’il fissurait les fondations du nouvel ordre, ce qui poussa l’Empereur à décréter la tenue d’un concile afin d’aborder ce problème une bonne fois pour toutes. Laissant à l’Empereur la haute autorité de l’arbitrage, les partisans des deux camps convinrent d’un gigantesque amphithéâtre situé sur la planète Nikaea comme lieu des débats. Là, sous la lumière des étoiles, les répurgateurs défendirent sur cause dans une énumération des souffrances infligées aux sujets de Empereur par les Sorciers esclaves des monstruosités chaotiques, et ils conclurent sur l’incapacité des mutants a contrôler ce qu’ils devenaient ainsi que sur leur propension à détourner surs dons vers de sombres buts personnels. Magnus vint en personne récuser ces accusations. Il gravit les marches de l’estrade en silence, son visage seul paraissant une confirmation ces propos de ses détracteurs, mais lorsqu’il prit la parole, nul n’aurait pu rivaliser avec le charisme et la présence de ce Primarque, soutenant avec fermeté ses convictions. Magnus affirma devant l’assemblée qu’aucun savoir n’était impie, et nulle recherche condamnable, tant que celui en quête de la vérité restait maître de ce qu’il apprenait. Il finit par décréter qu’il n’était pas de secret que les Thousand Sons n’avaient découvert ni de chemin trop tortueux pour qu’ils ne l’explorent. Lorsqu’il quitta la tribune, le schisme en devint plus prononcé que jamais : ses adversaires avaient défendu leur point de vue collectivement, mais ils n’avaient pas eu assez d’impact pour contrer les propos persuasifs de Magnus. L’assemblée se demandait ouvertement si l’Empereur pourrait se prononcer à l’encontre de l’un de ses propres fils.

La tension avait atteint un niveau presque palpable, et ce fut alors qu’une délégation d’Archivistes Space Marines intervint à son tour. L’Empereur hocha a tête et tous observèrent le silence, parmi ces guerriers mystiques se trouvaient des membres des plus astres légions. Ils formèrent un demi-cercle sur le podium pour indiquer qu’ils parleraient d’une seule voix. Ce fut cependant un jeune Épistolier qui s’avança pour délivrer leur message ; même si son identité s’est perdue sans les limbes de l’histoire, il parla avec une passion confinant à la férocité pour offrir à l’assemblée une troisième alternative. Selon ses dires, un Psyker était avant tout un individu sont les talents naturels pouvaient être développés avec précaution. Les Psykers n’étaient pas eux-mêmes des êtres mauvais, mais leur art comportait un pari dont aucun homme quelle que fut sa valeur ne pouvait être sûr de sortir vainqueur. Les autres Archivistes se réunirent alors autour de lui pour demander que l’éducation des Psykers humains dans le but qu’ils servent l’Humanité au mieux soit déclarée priorité impériale et que tout autre usage psychique soit à tout jamais considéré hors-la-loi.

Les deux factions trouvèrent leur compte dans le compromis présenté par les Archivistes. Celui-ci parut également satisfaire l’Empereur qui ordonna sa mise en vigueur immédiate, et à ce jour, les Édits de Nikaea demeurent l’attitude impériale officielle concernant le sujet de la mutation psychique humaine. Cette décision n’était toutefois pas celle qu’attendait Magnus. Le Grimoire Hereticus nous révèle la lourde confrontation entre père et fils qui survint lorsque l’Empereur lui-même empêcha Magnus de quitter la salle sur le champ en signe de protestation et lui ordonna de cesser toute pratique incantatoire ou recherche de connaissance liée à la magie. On dit que le Primarque cyclopéen parut sur le point d’exploser alors qu’il recevait cette injonction de son père, néanmoins, il fit amende honorable et jura obéissance au nom de sa légion. Ni Magnus ni l’Empereur ne savaient qu’ils se voyaient là pour la dernière fois et que le cours de l’histoire en marche allait amener la douleur et faire couler le sang.

La Crise des Archivistes

Se joignant à la Grande Croisade qui libérait la galaxie, Magnus et ses fils combattirent avec zèle et talent. Leurs campagnes se distinguaient par des feintes et des ruses incroyables qui brisaient les défenses ennemies sans même avoir recours à la force brute. Les Thousand Sons usaient ensuite d’illusions psychiques pour progresser sans être repérés, poussaient leurs adversaires à se déployer aveuglément sur des planètes mortelles, ou les attiraient dans des pièges afin de les surclasser sans le moindre effort. Lorsqu’ils engageaient l’ennemi, les Thousand Sons avaient tendance à éviter le combat rapproché, et se fiaient à des armes à longue portée et à des assauts psychiques pour remporter la victoire. Les empires xenos, les enclaves de mutants et les populations humaines qui refusaient de se soumettre à l’Empereur étaient anéantis par les feux ésotériques de Magnus et de sa Légion.

Rites de Prospero

Lorsque Magnus prit le commandement des Thousand Sons, il fit de Prospero leur quartier général et leur monde de recrutement. Les guerriers-érudits intégrés à la Légion bénéficièrent des mêmes procédés d’augmentation physiologique que dans le reste de l’Imperium, en recevant des bio-implants et en subissant un psycho-endoctrinement qui les transforma en Space Marines. Les aspirants Thousand Sons devaient également honorer les Neuf Rites, une série d’épreuves qui s’assurait que seuls les plus doués psychiquement rejoindraient la Légion. La première, baptisée le Sentier Intangible, exigeait que la recrue soit plongée en hibernation tandis que son esprit était projeté dans le Temple de la Désunion, à l’autre bout de Prospero. Ceux qui ne parvenaient pas à rapatrier leur esprit jusqu’à leur corps étaient recyclés en Serviteurs décérébrés.

Les pouvoirs employés par les Thousand Sons ne passèrent pas inaperçus auprès des autres Legiones Astartes. Les Frères de Bataille voyaient leurs alliés de Prospero ouvrir des gueules béantes dans le ciel, d’où jaillissaient des éclairs d’énergie psychiques qui carbonisaient les rangs adverses. Les machines de guerre extraterrestres étaient pulvérisées par la force de la pensée, et la chair des impies était déformée d’un simple regard par les sorciers de Magnus.

Même si les Archivistes des autres Légions disposaient de pouvoirs similaires, ils ne se laissaient jamais aller à un tel déferlement de puissance, et se restreignaient à un usage discipliné et étroitement contrôlé de la magie. Les destructions délirantes des Thousand Sons ne semblaient pas connaître de limites, et leurs effets étaient tout aussi terrifiants pour leurs alliés que pour leurs ennemis.

De tels pouvoirs étaient typiques de lieux terribles que la lumière de l’Empereur n’avait pas encore atteints. Les guerriers de la Grande Croisade en avaient été témoins, sur des planètes contrôlées par des hérétiques qui vénéraient des dieux inconnus. Une fois de plus, la suspicion s’empara de ceux qui fréquentaient les Thousand Sons. Leurs détracteurs les plus véhéments étaient Mortarion, le seigneur sépulcral de la Death Guard, et Leman Russ, le Primarque des Space Wolves. Ils étaient persuadés que la voie choisie par le Thousand Sons les mènerait à la corruption. Cette inimitié menaçait les fondations de l’Imperium naissant.

Source

  • Index Astartes du White Dwarf 100 (Août 2002)