Eldrad Ulthran

De Omnis Bibliotheca

Eldrad Ulthran est l’un des plus vieux Aeldaris encore en vie de toute la galaxie. Il est le principal Grand Prophète d’Ulthwé, un psyker aux pouvoirs incroyables. Capable de dévoiler les futurs les plus éloignés, il guide son peuple au travers des méandres du destin. Ses pouvoirs de divination ont permis aux siens d’échapper à de multiples catastrophes, et sans ses talents, sa race se serait sans doute éteinte depuis longtemps.

Les Grands Prophètes sont les plus puissants mystiques de la galaxie. Leurs esprits se déplacent sur les chemins silencieux de la destinée qui forment tous les futurs possibles. Tout événement, même d’une importance mineure, change et réarrange les possibilités infinies de l’avenir. Les Grands Prophètes guident les vaisseaux-mondes à travers des sentiers pouvant mener à l’extinction potentielle. C’est une voie qui doit être suivie avec prudence car le moindre faux pas pourrait facilement mener à la destruction de la race Aeldari.

Chaque fois qu’un cataclysme a menacé les Aeldaris, il a été prévu et évité ou redirigé et neutralisé. Les Grands Prophètes guident les armées et les flottes contre les périls naissants et mettent fin à une menace souvent avant même qu’elle n’ait pris forme. Une frappe anticipée contre un boss Ork mineur peut l’empêcher de gagner en puissance et ainsi stopper le déclenchement d’une Waaagh! Une attaque surprise contre un avant-poste humain peut éliminer le germe du Chaos avant que ses maîtres n’aient imposé leur domination. Pour les étrangers, ces attaques sont des actes d’agression gratuits, mais ils font en réalité partie d’une soigneuse stratégie de manipulation.

Le plus grand des Prophètes d’Ulthwé est Eldrad Ulthran, ce qui signifie « Eldrad Le Premier d’Ulthwé ». Eldrad a vécu de nombreuses années et a brillamment guidé son peuple sur les chemins sinueux du destin. Ce furent ses divinations qui décidèrent l’envoi inattendu des armées d’Ulthwé contre les Orks. À la suite du raid Aeldari, l’équilibre du pouvoir parmi les factions rivales Orks se modifia en faveur d’un puissant boss au détriment d’un autre dont les ambitions n’étaient plus directement dirigées contre les Aeldaris. En conséquence, ce fut le monde humain d’Armageddon qui subit la pleine fureur de Ghazghkull. Ni Orks, ni humains ne soupçonnèrent que ceci était l’accomplissement délibéré de la politique Aeldari pour détourner l’agression Ork des vaisseaux-mondes. Ainsi les Grands Prophètes manipulent le flot du temps, avec habileté et subtilité, sans jamais s’attirer les soupçons des autres races.

La Guerre d’Haran

La plus importante prédiction d’Eldrad Ulthran concerna l’ouverture d’une immense fissure du Warp qui précéda les batailles sur le monde Exodite d’Haran. Ulthran avait prévu que les dieux du Chaos créeraient une brèche dans l’espace, formant un passage par lequel leurs forces pourraient se ruer dans l’univers. L’endroit où la tentative aurait lieu était Haran. La raison de ce choix était difficile à déterminer, mais il est possible que les dieux du Chaos aient projeté d’infiltrer la Toile à partir de ce monde, utilisant les couloirs du Warp pour atteindre d’autres planètes et vaisseaux-mondes.

Lorsque le passage fut ouvert, les Aeldaris étaient prêts. Les Marines du Chaos rejoignirent les démons qui se déversaient par la fissure et la bataille fit rage sur toute la surface d’Haran. Les forces Aeldaris étaient présentes en nombre mais elles purent tout juste contenir les armées du Chaos. Eldrad lui- même conduisit les troupes d’Ulthwé. De toute la galaxie, les Seigneurs Phénix et les Errants arrivèrent pour soutenir la cause Aeldari. La fissure s’élargissait au fur et à mesure que les démons infiltraient le monde mais, quand ceux-ci étaient détruits par les Aeldaris, le passage tendait à se refermer. La guerre d’ Haran dura de longs mois. Parfois le Chaos l’emportait et l’ouverture menaçait d’engloutir la planète et de l’intégrer dans le Warp. À d’autres moments, les Aeldaris prenaient le dessus et la fissure se refermait presque, bannissant pour toujours les démons. Finalement, les Aeldaris triomphèrent et Haran ne tomba pas aux mains du Chaos. Les pertes furent cependant terribles, et la planète fut alors appelée Haranshemash, ce qui signifie le Monde du Sang et des Larmes.

Le Prophète et le Fléau

Le vaisseau-monde d’Ulthwé monte la garde aux abords de l’Œil de la Terreur, Eldrad a donc déjà eu maille à partir avec Abaddon en personne. Sur le monde verdoyant d’Andante IV, Eldrad mena une expédition pour contrer une attaque sur un ancien portail Warp Aeldari qui, en cas de capture, aurait permis au Fléau d’accéder à Ulthwé même. Il devint néanmoins clair que le but d’Abaddon était de forcer le Conseil des Prescients à s’exposer pour pouvoir en massacrer tous les membres.

La bataille opposant les Élus d’Abaddon aux psykers Aeldaris dura longtemps, des renforts arrivant de part et d’autre, jusqu’à ce qu’Eldrad mène la charge contre le Maître de Guerre. Cela illustre bien la détermination des Aeldaris à mettre un terme au règne de terreur d’Abaddon, car le Grand Prophète n’hésita pas à engager au corps à corps l’un des plus redoutables guerriers de toute la galaxie.

Eldrad parvint à éviter les revers de la lame démoniaque de son adversaire ; tandis qu’il se battait, la conscience de l’Aeldari se divisa en plusieurs fragments, chacun à la recherche d’une voie salutaire pour Ulthwé comme pour lui-même. Distrait, il fut jeté au sol par la Serre d’Horus, et Abaddon se dressa au-dessus de lui pour l’achever. Eldrad avait néanmoins trouvé la voie. Il leva le Bâton d’Ulthamar, le calant sur le sol rocheux et lançant sa pointe vers la gorge d’Abaddon. L’épée démon s’immobilisa à un cheveu du visage du vénérable psyker, vibrant et se tordant dans sa soif de sang, et entraînant davantage son porteur contre la pointe du sceptre.

Au moment où le bâton traversait l’armure du Fléau et pénétrait dans sa chair nécrosée, Eldrad croisa le regard de son adversaire. Il vit alors le dernier des futurs possible, et sut qu’il avait échoué. Abaddon ne pourrait être éliminé aussi facilement, et rien ne serait capable de l’empêcher de lancer sa Treizième Croisade Noire. Le pire était que bien qu’il sût qu’il se battrait jusqu’au bout pour le salut de son vaisseau-monde, il ne verrait pas l’issue de la guerre. Alors qu’Eldrad admettait l’ampleur de la révélation, Abaddon fut enlevé du champ de bataille par ses dieux tutélaires, son regard fiévreux inscrit au fer rouge dans la psyché de l’Aeldari.

  • Le Bâton d’Ulthamar : Ce sceptre de force baroque, encore plus ancien que le vénérable Grand Prophète, est bien plus que le symbole du rang d’Eldrad. Façonné à partir de moelle spectrale pure il est orné des pierres-esprits des membres du tout premier Conseil des Prescients d’Ulthwé. Chaque vaisseau-monde possède un Circuit d’Infinité, un complexe exo-squelette de moelle spectrale englobant les esprits des Aeldaris morts. Le Bâton d’Ulthamar forme un lien hyperspatial avec le Circuit d’Infinité d’Ulthwé. Le babil de milliers de voix fantômes émis par le sceptre aurait rapidement raison de la santé mentale des plus faibles, tandis qu’un puissant psyker, tel Eldrad, utilise le bâton comme un réservoir d’énergie psychique grâce auquel il peut aider ses frères ou abattre ses ennemis.
  • Divination : Eldrad Ulthran est peut-être et le plus puissant de tous les Grands Prophètes Aeldaris, et ses pouvoirs de divination sont légendaires.
LES DERNIERS JOURS
Comme nombre des Grands Prophètes les plus vieux, Eldrad se détache progressivement du monde de chair et de sang et même en ces sombres heures passe de longs moments dans le Dôme de Cristal. Ses mouvements sont lents comparés à la rapidité naturelle des Aeldaris et, comme tous les Prophètes. son corps finira par se transformer en cristal transparent. Même s’il parvient malgré tout à mettre un terme aux incursions du Chaos qu’il a vues en visions, il quittera bientôt son enveloppe charnelle et son âme rejoindra celles de ses ancêtres. Si son dernier combat s’avère être vain, Eldrad sait que sa fin n’en sera que plus atroce, car il tombera sous les coups du Fléau. Quel que sera son destin, le nom d’Eldrad restera pourtant synonyme de volonté indéfectible et de sagesse sans limite, et son deuil sera porté par tous les Aeldaris.

La salle était aussi silencieuse qu’un tombeau, et Eldrad Ulthran trouvait cela approprié. Il était vêtu d’une robe blanche immaculée, vierge de tout symbole. Il était content d’être libéré du poids des runes, heureux de pouvoir respirer autrement qu’au travers de son casque fantôme.

Ici dans la Chambre Occulte. ces protections n’étaient pas nécessaires. Ici, il était autant que possible à l’abri des attentions de la Grande Ennemie. La barrière psychique au cœur du Circuit d’Infinité pouvait arrêter même les pensées et les présences les plus fortes. Le vieux prophète se permit alors un bref sourire, jouissant de la solitude à la fois physique et mentale et de la plénitude que cela lui procurait.

Ces moments de paix étaient de plus en plus rares. Les souvenirs de guerres et de massacres semblaient à des millions d’années-lumière tant cet endroit l’apaisait. Même hors de la Chambre Occulte, il réalisait qu’il s’éloignait petit à petit de la réalité, son esprit voyageant de plus en plus loin dans l’écheveau des probabilités qui présidait aux futurs possibles de sa race. Même son corps se cristallisait lentement, car sa chair avait de plus en plus de mal à contenir son esprit.

Il était tentant d’abandonner les derniers vestiges de liens avec son enveloppe corporelle, de quitter son corps pour laisser son esprit flotter dans le Circuit d’Infinité. Mais il devait se maîtriser, le temps n’était pas encore venu. II lui fallait se choisir un successeur et il lui restait encore plusieurs devoirs envers les vivants, peut importait qu’il se sente de plus en plus loin d’eux.

Il ouvrit son esprit à ceux qui, autour de lui, parcouraient le Circuit d’Infinité, ressentant leurs pensées. Avec toute l’aisance due à sa grande expérience, il occulta jusqu’à la moindre impulsion de sa conscience individuelle, écoutant uniquement avec son esprit la musique de fond de l’essence même de la race Aeldari. Son esprit fila le long des fibres du Circuit d’Infinité, traversant les barrières entre les étoiles pour entendre les pensées des Circuits d’Infinité d’autres vaisseaux-mondes, tous liés entre eux par la Matrice d’Éternité.

Il poussa son esprit encore plus loin, jusqu’à écouter la race Aeldari dans son ensemble. Eldrad isola un rythme à peine perceptible au sein de l’apparente cacophonie des âmes trépassées : une pulsation sourde, comme si un cœur lointain battait au ralenti. Sans le babillage des individualités. Eldrad pouvait sentir le vide immense qui reposait derrière ce battement sourd, comme l’esprit d’une vaste entité qui ne se serait encore jamais éveillée. Pendant des générations ce battement n’avait cessé de croître en puissance et il s’amplifierait encore pendant bien des générations.

Eldrad savait que l’éveil ne se produirait pas de son vivant, ni de celui de ses cent prochains successeurs. Dans un instant de doute, il se demanda si ce moment viendrait bien un jour ou s’ils étaient tous naïfs de croire que l’on pouvait échapper à Celle-Qui-Boit-les-Âmes. Peut-être mourraient-ils tous, leurs rêves insatisfaits. Peut-être cette entité ne serait-elle pas assez forte. Mettant de côté ces pensées pessimistes, Eldrad se força à croire aux antiques prophéties. Une fois de plus, il écouta le lent battement et son sourire revint.

C’était Ynnead, le dieu des morts.

Ynnead, en qui résidait l’ultime espoir des Aeldaris.

Source

  • White Dwarf N°114 (Octobre 2003)