Ezekyle Abaddon

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Artikle pô fini. J’suis en train d’mettre ça
kom il fô pour k’ça soit tout bô tout bien !
- Krapull Kass’Krane, Mékano
et scribe stagiaire Ork.


Le titre de Fléau est selon certains porteur d’une malédiction qui apporte la misère à celui dont les lèvres ont proféré ce mot damné et interdit. Ce n’est pas sans raison que l’on attribue à l’appellation d’Ezekyle Abaddon pareil pouvoir, car il fut autrefois un serviteur dévoué de l’Empereur avant de plonger dans les affres de la démence et de la haine. Il porta Sa lumière jusqu’aux endroits les plus reculés de la galaxie, frappant du feu et de l’acier ceux qui n’acceptaient pas que l’Humanité fût manifestement destinée à dominer les étoiles. Il y a plusieurs milliers d’années de cela, Abaddon était Capitaine chez les Luna Wolves, une des plus importantes légions parmi les armées de l’Empereur, mais dont la trahison plongea le genre humain dans l’un des conflits les plus destructeurs à avoir jamais ravagé la galaxie. Ce champion dont Il fut autrefois fier a désormais sombré corps et âme dans une amère colère obsessionnelle.

Au Primarque Horus, premier parmi les fils de l’Empereur, revint le commandement des Luna Wolves, et à Abaddon celui de leur première compagnie. C’était alors un véritable héros à qui nul ne pouvait se mesurer, qui marcha à l’avant de la Grande Croisade, libérant monde après monde de l’oppression extraterrestre ou de l’infâme souillure du Chaos, et les traces de ses actes de bravoure et d’héroïsme remplirent des salles entières du Librarius de sa légion. Il révérait par-dessus tout Horus comme un dieu, le plaçait au-dessus de ses frères, et en retour, celui-ci le traitait comme son fils favori et louait ses mérites à la moindre occasion. Certaines mauvaises langues, probablement jalouses de la faveur dont il jouissait, allèrent jusqu’à avancer qu’Abaddon était en fait le clone d’Horus, résultat des premières expérimentations menées sur les Primogenitors. Le fondement de ces rumeurs ne fut jamais établi et si Abaddon connaît la vérité, c’est un secret qu’il garde seul.

L'Hérésie d'Horus

Alors que la Grande Croisade se poursuivait, il semblait que jamais rien ne pourrait mettre un terme à l’expansion des domaines de l’Empereur, et celui-ci déclara après les succès remportés par les Luna Wolves au cours de la campagne d’Ullanor qu’il s’agissait de la plus grande victoire obtenue jusque-là par un de ses Primarques. Il offrit à Horus le titre de Maître de Guerre et sa légion fut rebaptisée à son nom, puis il le pria de revenir sur Terra pour y recevoir ses honneurs de bataille. Ce qui survint ensuite s’est à un tel degré fondu dans le mythe et teinté de mensonge que l’on ne connaîtra probablement jamais l’histoire exacte de ces temps. Pour des raisons inconnues, le Maître de Guerre se vendit au Chaos et se rebella contre l’autorité de son Empereur sur la route qui le menait à Terra, marquant le point de départ de ce que les historiens ont depuis appelé l’Hérésie d’Horus. Des contingents entiers des forces armées impériales, dont des escadres de la Flotte, des divisions du Collegia Titanica, des factions de l’Adeptus Mechanicus et des régiments complets de la Garde se rangèrent à ses côtés. Pire encore, neuf des légions de Space Marines changèrent de camp et la galaxie sombra dans un terrible conflit qui vit s’entretuer les frères d’hier.

Abaddon joua un rôle essentiel dans cette rébellion, renversant ce qu’il avait aidé à édifier au cours de la Grande Croisade, jetant à terre les statues de l’Empereur et profanant les temples au nom de ses nouveaux maîtres, les dieux du Chaos. Tandis que les Sons of Horus avançaient sans relâche en direction de Terra, massacrant tous ceux qu’ils trouvaient sur leur chemin, le nom d’Abaddon devint synonyme d’une trahison qui n’avait rien à envier à celle de son Primarque.

Le récit de la chute d’Horus est une des légendes les plus répandues dans l’Imperium de l’Humanité et en donner le détail exigerait bien des pages. Il suffit d’en dire que sa rébellion échoua à la veille de sa victoire, lorsque l’Empereur vint affronter le Primarque déchu sur sa barge de bataille et, à la suite d’un combat aux proportions si titanesques que seuls les narrateurs les plus doués peuvent tenter d’en retranscrire la fureur, il prit le dessus sur celui qui avait été son fils favori. On dit qu’Abaddon, alors occupé à se battre dans une autre section du navire, ressentit la disparition psychique de son maître et que le traumatisme causé par cet événement calamiteux le poussa encore plus loin dans l’antre de la folie. Pris d’une rage meurtrière, il se fraya un chemin au fil de l’épée jusqu’au pont du vaisseau-amiral, en abattant les guerriers impériaux restés à bord pour leur reprendre le corps de son maître vaincu, dont il arracha la griffe énergétique afin de la conserver comme symbole de son héritage. Son cri de désespoir retentit dans l’Immaterium, et dès lors, les assaillants qui se battaient en dessous de lui sur Terra surent que leur cause était perdue.

Quand les flottes du Chaos se retirèrent dans les profondeurs de l’espace, Abaddon prit sous ses ordres la barge du Maître de Guerre et fit mettre le cap sur l’Œil de la Terreur au nord-ouest galactique. Sa colère ne connaissait plus de limite et des systèmes entiers furent mis à feu et à sang dans sa fuite éperdue. Avant qu’il n’eût pu être arraisonné, le vaisseau d’Abaddon s’enfonça dans l’Œil de la Terreur et disparut de l’espace impérial. Beaucoup prièrent pour que l’on entendît plus jamais parler de lui, mais les puissances du Chaos savent ménager les pions qui leur serviront encore. Abaddon devait réapparaître des années plus tard, plus puissant que jamais, à la tête de sa première Croisade Noire.

Le Fléau

Abaddon revint et une vaste armée était derrière lui. Celle-ci dévasta des régions sidérales entières autour de l’Œil de la Terreur, au cours d’une incursion dévastatrice qui parvint pratiquement à pénétrer l’espace impérial. Le noble défenseur de l’Humanité qu’Abaddon fut jadis avait pour l’éternité succombé à l’attrait des dieux obscurs du Chaos, et il détruisait sans pitié le moindre être vivant. Là où Horus avait échoué, il s’était juré de réussir un jour pour voir la galaxie brûler, et sans la riposte coordonnée des légions de Titans impériaux et de plusieurs chapitres Space Marines, il aurait alors bien pu y parvenir. Abaddon fut finalement repoussé dans l’Œil de la Terreur, ce qui mit un terme à la première de ses Croisades Noires. Il ne lui fallut hélas pas longtemps pour en lancer de nouvelles. À chacun de ses retours, Abaddon apporta la mort et la destruction à une échelle incommensurable, grâce aux pactes avec les entités diaboliques du Warp qui lui ont accordé une puissance surpassant l’imagination. Guidé par un étrange messager, il découvrit l’épée démon Drach’nyen sous la Tour du Silence d’Uralan et devint pratiquement invincible.

Les Dieux du Chaos ont transmis une force inhumaine à leur champion et l’ont investi de pouvoirs inconnus des mortels pour se faire rembourser en sang versé. À El’Phanor, ses troupes prirent d’assaut la citadelle du Kromarque, une forteresse qui traduisait toute la ruse de ses architectes, à la muraille percée d’un unique portail d’adamantium épais de trois mètres. Abaddon ne s’en soucia pas et pérora que pour se repaître de la descendance du Kromarque, il mènerait lui-même l’assaut contre la porte. La citadelle était un chef-d’œuvre de conception militaire, et moins d’un dixième de ses soldats survécurent pour atteindre la porte. De chaque côté, les armes ennemies coupaient sa retraite, mais Abaddon se mit à rire, leva son épée baignée de flammes noires et frappa la porte qui vola en éclats en ébranlant les fondations même de l’édifice. Comme Abaddon l’avait prédit, lui et ses compagnons dévorèrent le corps du Kromarque.

Il s’en prit également aux Blood Angels sur les champs de Mackan pour leur faire payer le rôle qu’ils jouèrent dans le trépas d’Horus. Prenant la tête de guerriers fous furieux stationnés devant les positions enterrées où se cachaient les armes lourdes des fils de Sanguinius, Abaddon chargea au travers d’un rideau de feu qui aurait dû causer leur mort à tous. Il parvint néanmoins à atteindre vivant les barricades où une poignée de ses berserks et lui arrachèrent les cœurs encore palpitants des poitrines de leurs ennemis, et lorsque survint l’inévitable contre-attaque, ils se défendirent avec une telle ténacité que les Blood Angels ne purent récupérer les corps de leurs frères tombés. Abaddon avait ses raisons de haïr les Blood Angels, ceux-ci ont depuis la leur.

À ce jour, Abaddon a déjà mené douze Croisades Noires dans l’Imperium, ainsi que d’autres vastes campagnes et raids innombrables aux buts plus obscurs. Il a jusqu’à présent été tenu en échec, mais à un prix exorbitant. La seule route Warp stable partant de l’Œil de la Terreur est la Porte Cadienne, et tout le secteur qui l’entoure est devenu une position militaire dont l’intégralité des ressources est dédiée à l’industrie de guerre. Ses manufactoria produisent chaque jour des millions de tonnes de projectiles d’artillerie, des milliers de véhicules blindés sortent des chaînes d’assemblage de ses hangars-forges, chaque homme, chaque femme y est entraîné dès l’enfance à se battre. Le compte des conflits dans ce secteur a été perdu depuis longtemps, mais l’incursion la plus destructrice menée par Abaddon dans l’espace impérial, depuis appelée la Guerre Gothique, se déroula dans les premières années du second siècle de ce quarante et unième millénaire.

La Guerre Gothique

Le germe de cet événement avait été semé quelques années plus tôt lors d’une série de raids qui ne semblaient avoir aucun rapport entre eux contre des avant-postes du Segmentum Obscurus. Des orages Warp de plus en plus violents s’accumulèrent dans ce secteur et les fanatiques prêchaient qu’ils étaient le signe que l’Empereur était mécontent du comportement de ses sujets. En dépit des efforts d’officiels planétaires, des cultes se formèrent et les oiseaux de mauvais augure firent s’enchaîner les soulèvements, dont des groupuscules secrets profitèrent pour infiltrer certains de leurs membres dépravés dans les hautes sphères de l’autorité. Suite à l’explosion d’engins stationnés dans plusieurs docks, les suspicions de sabotage ne firent rien pour calmer une situation tendue à l’extrême. De nombreux rapports firent alors état d’apparitions de vaisseaux du Chaos, et il devint vite évident que se préparait une invasion majeure du Secteur Gothique.

La flotte d’Abaddon frappa quand les terribles tempêtes Warp ôtèrent aux défenseurs de l’Imperium tout espoir de recevoir du secours. Des dizaines d’avant-postes furent attaqués simultanément dans toute cette région spatiale, des vaisseaux pris en embuscade et des stations orbitales sabotées. Bien qu’elles fussent prises de court, les forces impériales tinrent bon et purent empêcher leur soumission totale. Des dix-sept bases navales du Secteur Gothique, six étaient construites dans les antiques citadelles sidérales connues sous le nom de Forteresses Noires. Le mystère était entier sur qui les avaient bâties et dans quel but, mais elles constituaient pour la Flotte Impériale d’excellentes bases opérationnelles après avoir été équipées des siècles auparavant de sources autonomes d’énergie et de batteries d’armes. Chacune était l’égale du Haut Commandement Naval de Port Maw, et une des fiertés de la Flotte était qu’aucune d’entre elles n’était jamais tombée, mais tout ceci devait changer après la Bataille de la Forteresse IV.

Tandis que la flotte du Chaos s’en approchait, son système énergétique tomba inexplicablement en panne, rendant les batteries inutilisables et laissant le personnel embarqué sans défense. La bataille fut courte et sanglante, et après un appel à l’aide astropathique pressant, il n’y eut plus aucun contact avec la Forteresse IV. Le pire était à venir. Abaddon n’avait pas perdu son temps dans l’Œil de la Terreur : ses millions d’esclaves aidés de sorciers et de leurs pouvoirs avaient assemblé un vaisseau gargantuesque qu’il avait surnommé le Tueur de Planètes. Le monde cardinal de Savaven fut le premier à connaître sa colère quand un tir cataclysmique fit se fendre le noyau de la planète. Un champ d’astéroïdes impénétrable est aujourd’hui l’unique trace de son existence passée. Le moral des impériaux fut comme on se l’imagine gravement affecté par cet acte de destruction catastrophique.

Les sous-secteurs tombèrent les uns après les autres face aux légions du Chaos, à qui certains mondes préférèrent se rendre d’emblée plutôt que d’éprouver la puissance du Tueur de Planètes. La Forteresse Noire de Brinaga tomba aux mains d’Abaddon, et il s’avéra alors que ses serviteurs connaissaient une façon de réactiver les systèmes de défense embarqués depuis longtemps endormis. Abaddon fit attaquer les défenseurs de la Forteresse I près de Fularis II avec toute la puissance des deux Forteresses Noires à sa disposition, combinant leur pouvoir inconnu en un rayon sorti du Warp qui annihila les défenseurs et lui permit de capturer sa troisième Forteresse.

La guerre se poursuivit pendant des années, durant lesquelles les flottes du Chaos continuèrent d’écumer le Secteur Gothique jusqu’à ce que les orages Warp qui l’isolaient finissent enfin par s’apaiser. Abaddon fit une nouvelle démonstration de la force de ses Forteresses désormais au nombre de trois, qui prirent pour cible l’étoile au cœur du système de Tarantis avant de se replier. L’astre agonisa pendant plusieurs semaines que mirent à profit ceux qui pouvaient fuir. Un peu moins d’un mois après l’attaque, l’étoile de Tarantis implosa et détruisit tout dans un rayon de plusieurs milliards de kilomètres, rendant le système à jamais inhabitable.

Le point d’orgue de la Guerre Gothique fut Shindlegeist, où la Forteresse V croisait dans les profondeurs du vide de l’espace. Les Aeldaris, qui avaient choisi de s’allier aux troupes impériales menées par le Seigneur Amiral Ravensburg, découvrirent à temps les intentions d’Abaddon et autorisèrent la Flotte Impériale à emprunter leurs portails Warp pour tendre un piège au Fléau. Lorsque l’attaque contre la Forteresse V commença, les alliés joignirent leurs forces contre ses instigateurs, qui n’avaient plus comme perspective que de mourir au combat. Cette bataille qui dura trois jours fut l’un des pires carnages de cette guerre. Au plus fort des combats, Abaddon ordonna le tir combiné de ses trois Forteresses sur l’étoile pour faire subir au système le même sort qu’à celui de Tarantis, mais le Capitaine Abridal commandant le Flame of Purity vint placer son vaisseau dans le champ d’accumulation pour empêcher le tir. Le vaisseau fut pulvérisé sur le coup par l’énergie emmagasinée, cependant, ce sacrifice héroïque sauva l’étoile et tous les êtres aux alentours d’une disparition certaine. Abaddon se retrouva alors à court de temps.

Il s’enfuit vers le Warp avec deux des Forteresses en laissant une Flotte Impériale vengeresse prendre en chasse la troisième. Les tirs des vaisseaux la martelèrent sans beaucoup d’effet jusqu’à ce que les croiseurs des Angels of Redemption et les embarcations d’assaut du Divine Right parviennent à s’en approcher pour pénétrer à bord. Ils trouvèrent l’intérieur absolument méconnaissable, principalement à cause de l’éclat sombre qui émanait des murs d’où toute modification apportée par l’Adeptus Mechanicus avait disparu. A peine eurent-ils posé pied à l’intérieur de la Forteresse que celle-ci se mit à se fissurer pour se rompre lentement en milliers de fragments. Et ce fut sur cette défaite d’Abaddon que s’acheva la Guerre Gothique.

Partout dans le secteur, les dernières Forteresses Noires se mirent à se désintégrer de façon similaire. On ignore s’il en fut de même pour les deux passées sous le contrôle du Fléau, puisque depuis ce temps ont été apportés des témoignages contradictoires les concernant. Quant au Tueur de Planètes, des rapports ne pouvant hélas être corroborés clament qu’il fut détruit par l’Escadron Omega à Kharlos II, mais lorsque les équipes de récupération de l’Adeptus Mechanicus et l’Inquisiteur Horst atteignirent le site supposé de l’affrontement, ils n’en trouvèrent pas la moindre trace.

Abaddon est depuis resté une menace constante pour l’Imperium, même s’il n’a pas encore rassemblé d’armée comparable à celle de cette sombre époque. Les Hauts Seigneurs de Terra vivent dans la crainte du jour où il unifiera les diverses formations de l’Œil de la Terreur, mais la nature même de ses habitants risque d’empêcher longtemps leur alliance. Une multitude de chefs de guerre se disputent ces régions anarchiques et il est à souhaiter que la plupart n’accepteront pas s’unir sous la bannière d’un autre, à moins que la gloire promise par Abaddon ne prenne le dessus sur leurs propres ambitions. Néanmoins, beaucoup de ceux qui savent les lire parlent de présages néfastes qui annonceraient la venue d’un grand rassembleur. L’identité de cet être reste incertaine, mais connaissant la domination que sait exercer Abaddon, celui-ci demeure l’hypothèse la plus probable. Les rapports sur des vaisseaux du Chaos éprouvant les défenses impériales continuent d’affluer en se faisant plus fréquents. Un avertissement d’Eldrad Ulthran, le Grand Prophète Asuryani, a bien provoqué quelques remous au sein de certains cercles, mais il n’est aucune confiance que l’on puisse prêter aux affabulations d’un Xenos manipulateur.

Source

  • White Dwarf N°97 (Mai 2002)